‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 101 sur 500 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

fidèle, bien plus qu- on ne le pense, au mo^aïsme primitif qui, organisant un peuple et fondant une société, avait cru devoir laisser daiis l'ombre les dogmes mystérieux delà vie future *. Dociles à cette tradition, les Sadducéens écartaient, purement et simplement, sans cherchera les résoudre, les problèmes de la destinée des êtres après la mort. On ne peut pas dire qu'ils niaient l'immortalité, car on ne citerait aucun témoignage positif de cette incrédulité de leur part ^ ; mais,

1. « L'Éternel, dit Moïse dans le Deutéronome, s'est réservé les » choses mystérieuses; les choses visibles seules nous appartien- » nent. » (Deutéronome, ch. xxix, 29.)

2. L'accusation dirigée à cet égard contre les Sadducéens, vient de l'interprétation donnée par deux de leurs savants, nommés Tsadok . et Boëthus, aux paroles d'un maître illustre, Antigone de Soccho, qui est cité avec honneur comme un des pères du Pharisaïsme. Antigone, à qui Simon le Juste avait transmis le dépôt de la tradition sacrée, avait dit : « Ne soyez pas comme dés serviteurs servant leur » maître avec la pensée d'en recevoir un salaire; mais soyez comme » des serviteurs qui remplissent leurs devoirs sans se demander s'ils » en seront rétribués. » (Aboth, ch. i, § 3.) On prétend que Tsadok et Boëthus, qui furent ses disciples, prenant au pied de la lettre çeite maxime morale, qui n'était évidemment qu'une doctrine élevée lie désintéressement dans le devoir, en tirèrent un argument contre la croyance aux peines et aux récompenses du monde futur. « Si les. » anciens, disaient- ils, qui ont transmis ce principe à Antigone, » avaient cru qu'il y a un autre monde et une résurrection, ils n'au- » raient pas enseigné cela » (Aboth, de R. Nathan. -;- Maimonides; Comment, sur ZaMscftna^, traité Aboth.)— On rattache généra.iement à ce récit traditionnel l'opinion que les Sadducéens, dont on considère les deux disciples d'Antigone comme les chefs, rejetaient l'immortalité de l'âme; mais le raisonnement attribué à Tsadok et à Boëthus n'est établi que sur une lointaine tradition dont il n'est pas question dans les documents originaires.

à l'exemple du Pentateuque, ils n'affirmaient rien sur ce sujet difficile^

Au point de vue philosophique^ ils disaient que ce monde est fait pour la vie présente et non pour la vie future. En conséquence l'homme pratique, surtout l'homme d'État, doit, avant tout, songer aux certitudes qui l'entourent, au lieu de perdre son temps aux hypothèses idéales sur ce qui l'attend au delà du tombeau. C'étaient des esprits positifs et non des rêveurs mystiques. Puis, quand ils étaient forcés dans leurs derniers retranchements par les objections de leurs pieux adversaires, les Sadducéens se tiraient d'embarras en hommes qui n'ont ni le goût ni l'habitude des discussions théologiques. Pour échapper aux argumentations laborieuses des commentateurs, ils déclaraient vouloir s'en tenir strictement à la lettre de la Bible. Donc, ne trouvant rien dans le Pentateuque, ni même, il faut le reconnaître, dans la plupart des prophètes, qui parlât de la résurrection, ils refusaient à en faire profession de fol. Et sur la question ellemêrne de Timmortalité et de l'autre vie, sans les nier peut-être formellement, ils s'étayaient du silence des livrés saints pour ne point s'en occuper.

Ce système évidemment commode pour des hom-

1. Il est certain que les Sadducéens ont persisté, jusqu'au temps de Jésus et des Apôtres, à nier la résurrection ; mais la résurrection corporelle est tout autre chose que l'immortalité spirituelle. On peutbien ne pas admettre la première, saiis nier, pour cela, la seconde.

mes du moiide peu au courant des formes et dés raisonnements scolastiques, explique un dès dissenliments les plus radicaux qui existaient entre les deux partis.

Les Sadducéens étendirent, en effet, à l'ensemble de la réforme' inaugurée par le grand Synode et poursuivie par les Pharisiens, l'objection qu'ils tiraient dû texte littéral de là loi écrite.— Ils repoussaient, comme des innovations manquant absolument de base historique et légale^ toutes les traditions prétendues séculaires que le Pharisaïsme faisait remonter jusqu'à la révélation du Sinaï. Ils critiquaient surtout* les nouvelles pratiques que les réformateurs avaient introduites dans le culte public et dans le culte privé, comme tout à fait étrangères aux prescriptions de la législation mosaïque, à laquelle seule on devait obéissance. Ils n'admettaient enfin aucune des interprétations, par trop libres, au moyen desquelles les docteurs de la loi orale faisaient péniblement sortir d'un texte formel tout autre chose que ce qu'il contenait.

Sur cette divergence de principes, Josèphe est trèsprécis et les monuments traditionnels, comme nous le dirons bientôt, ont conservé certaines controverses qui confirment les paroles de l'historien juif. Parlant des traditions pharisiennes, Josèphe dit : « Les Pha- » risiens ont reçu ces institutions de leurs ancêtres el¥ » les ont enseignées aupèuple; niaislel Sadflucéëris » les rejettent|par la raison* qu'elles ne sont pas

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» comprises dans les lois données par Moïse, qu'ils » soutiennent être les seules qu'on soit obligé de » suivre, et c'est ce qui a excité entre eux de grandes » contestations *. »

Mais, sous cet apparent respect de la légalité stricte, il y avait une question beaucoup plus grave. Le Sadducéisme sentait bien le but réel de la réforme que le Pharisaïsme développait sans cesse, avec une persévérance et une- ténacité qui en attestaient l'importance. Il voyait clairement que la liberté d^examen, . dont la loi orale était le moyen singulier mais irrésis- .tible, et les modifications apportées au culte ancien pour le décentraliser en le spiritualisant, aboutissaient fatalement au triomphe de là démocratie et à la ruine du sacerdoce. C'est pour cela qu'il combattait ces nouveautés révolutionnaires autant comme une altération de la loi que comme une menace contre l'ancien régime dont il était le représentant.

En ce qui concernait les pratiques du cuite, peutêtre y avait-il aussi chez les Sadducéens, un autre sentiment. Hommes du monde, ils étaient peu disposés à se soumettre à ce formalisme minutieux, à cette multitude d'observances journalières qui formaient l'essence du nouveau rituel. Ils n'étaient pas éloignés de prétendre^ comme il arrive généralement .parmi les classes élevées, que le culte n'est bon que pour les masses ignorantes et que les esprits intelli-

l. Antiquités, liv.Xlïl, chw^. Vf m.

gents peuvent aisément s*en passer. Toutefois, par respect de l'opinion, ils consentaient bien à accomplir les cérémonies purement mosaïques et ne manquaient pas de participer aux sacrifices et aux grandes solennités institués par le Pentateuque ; mais ils n'allaient pas au delà. Quand on leur reprochait de négliger les nouvelles pratiques qui, depuis Ezra, étaient devenues si populaires, ils répondaient que rien, dans la loi, ne justifiait ces innovations et que rien, dans l'histoire, ne constatait lès prétendues traditions sur lesquelles on avait fondé la réformé religieuse. '

Cette doctrine étroite qui, par intérêt personnel bien plus que par conviction, et par désir d'échapper aux exigences multipliées du nouveau culte bien plus que par dévouement à Tancien, se plaçait inflexiblement sur le terrain et dans les limites du droit écrit, faisait des Sadducéens, par une conséquence nécessaire, des fanatiques du texte littéral. Rien en deçà, rien au delà! Ce qui n'était pas écrit ne devait pas se faire; mais ce qui était écrit devait s'exécuter rigoureusement. Pour être logiques avec eux-mêmes, ils étaient même entraînés à exagérer la sévérité de la loi, en l'appliquant dans sa lettre stricte, au lieu de l'apprécier sainement dans son esprit.

Les souvenirs de ce ieriips nous font connaître quelques-unes des questions sur lesquelles les deux partis se divisaient, à ce point dô vue. Citons-en deux ou trois exemples.

192 LES PHARISIEÎSS.

L'un est relatif à la peine du talion. Les Sadducéens l'appliquaient dans sa forme textuelle, de la façon la plus barbare : « œil pour œil, dent pour dent, » blessure pour blessure K » Les Pharisiens, au contraire, en matière dé coups et blessures, au lieu d'interpréter la loi dans le sens littéral, ce gui n'eût été presque toujours qu'une monstrueuse iniquité, estimaient qu'il suffisait de compenser, par une indemnité pécuniaire, le dommage causé ^.

La loi mosaïque se montrait d'une rigueur extrême pour les preuves de virginité, dans le cas où un homme nouvellement marié accusait sa jeune femme d'avoir, avant le mariage, violé les lois de la pudeur ^ La peine édictée contre la fille coupable n'était rien moins que la lapidation. Or, les Sadducéens n'admettaient aucune preuve, en faveur de l'accusée, que celle toute matérielle et assez indécente indiquée par le Pentateuque, tandis que les Pharisiens autorisaient toute autre espèce d'indices physiques ou moraux *.

Dans la cérémonie du lévirat, lorsque le beau-frère refusait d'épouser la veuve de son frère mort sans enfants, et « de relever ainsi le nom du défunt en Israël, » le Pentateuque dit que sa belle-sœur lui enlèvera sa chaussure, en signe qu'il renonce à son droite et lui

1. Exode, Qh. xxi, 23 et suiv. — Lévitiqde, ch. xxiv, 19 et s.

2. Talmud, Baba Kama 84, a. — Voir aussi le Scholiaste de Méguillath Taanith. ch. iv. .

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