Talmud, Yébamothy 106, b
dans celui des faits, ils formaient le parti de Fimmobilité, tandis que les Pharisiens formaient le parti du mouvement. En religion comme en politique, les Sadducéens étaient le passé, c'est-à-dire les réactionnaires; les Pharisiens étaient le présent et l'avenir, c'està-dire les novateurs. Les premiers peuvent être appelés l'aristocratie doctrinaire ; les seconds la démocratie progressiste.
Telle nous avons vu la noblesse juive, dans la marche des événements, s* attachant au pouvoir, alliée du sacerdoce et s'étudiant à conserver une influence prépondérante sous tous les gouvernements, telle nous la retrouvons dans le mouvement des opinions, luttant contre le progrès et enfermant la loi dans une enceinte infranchissable, comme elle aurait voulu y enfermer l'autorité.
Cette attitude systématique ne fut peut-être pas sans effet sur les mœurs et le caractère des membres du parti aristocratique. A l'orgueil et à l'arrogance, défauts habituels du patriciat de naissance, elle ajouta quelque chose de rude et même de froidement cruel qui faisait détester les Sadducéens parmi le peuple. Leur sévérité excessive en matière pénale, que mettait surtout en relief la douceur des juges pharisiens, les rendait odieux à la foule.Un jeu de mots populaire, caractéristique de l'état des esprits, disait d'eux que c'étaient non pas « des juges suprêmes, » dayané-quézérothj mais bien « des juges de brigandage n dayané-
LES PHARISIENS. f9S
guêzéloth. Ils se montraient généralement peu sociables, ne frayaient qu'avec leurs égaux et affectaient une hauteur impertinente vis-à-vis des classes inférieures. Josèplie leur attribue même « une humeur » farouche *» qui ne pouvait qu'accroître rantipathie dont ils étaient l'objet. Ce qui est non moins positif, c'est qu'il régnait parmi eux une grande corruption. Leurs vices, résultat trop naturel de leur richesse et de leur amour du luxe et des plaisirs, les signalaient, autant que les défauts de leur caractère, à la haine des masses.
Tout autres étaient les Pharisiens. Ils conquéraient partout une popularité du meilleur aloi, non-seulement par leur dévouement aux intérêts du peuple, non-seulement par leur enseignement empreint de cette morale spiritualiste qui donnait à tous les malheureux de si douces consolations et de si hautes espérances, mais encore parleur science, par leur piété, par leur urbanité et surtout par l'austérité de leur vie publique et privée ^.
Ces traits principaux font suffisamment connaître les deux partis puissants qui entrèrent en lutte à l'époque où le gouvernement de l'État juif fut déféré aux Hasmonéens. Ils nous permettent de redresser certaines erreurs dans lesquelles est tombé à leur égard Josèphe lui-même, égarant, après lui, les historiens
1: Josèphe, Guerre des Juifs, liv. II, ch. xii. ^. 3ostpnu, Guerre des Juifs, ibid.
qui sont allés chercher dans ses écrits leurs renseignements sur ces grandes sectes.