‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 104 sur 500 · VIU · texte numérisé non relu

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Josèphe, ainsi que nous l'avons observé déjà, a affecté de ne voir dans les partis juifs que des écoles philosophiques ayant, sur Dieu, sur la religion et sur la destinée de l'homme, des doctrines diverses. Jérusalem devient, sous sa plume, une sorte d'Athènes palestinienne où les sages de la Judée, les Platons et les Aristotes du Judaïsme semblent discuter gravement, au sein de paisibles académies, leurs systèmes de théodicée, de psychologie et de morale. Il les élève dans les régions sereines de la pensée, au-dessus et en dehors du mouvement agité des faits contemporains. — Or, rien n'est plus contraire à la réalité que cette manière de voir.

Ni les Sadducéens, ni les Pharisiens ne furent des sectes spéculatives; c'étaient des partis militants, intimement mêlés aux événements de leur époque, dirigeant, chacun à sa manière, les hommes et les choses qui les entouraient ; les Sadducéens cherchant à maintenir le peuple sous leur autorité ; les Pharisiens soulevant les masses contre l'aristocratie et le sacerdoce complices de l'oppression étrangère; les premiers, faisant peser sur tous le joug de la loi ancienne et

veillant à son exécution littérale ; les seconds^ réalisant des réformes radicales et substituant un Judaïsme populaire et libéral au Judaïsme presque théocratique du Mosaïsme primitif ; ceux-là, doctrinaires du droit divin, défenseurs du principe héréditaire, solidarisant le trône et l'autel; ceux-ci, initiateurs du droit populaire, faisant prévaloir le principe électif vis-à-vis des chefs religieux et des chefs politiques.

Voilà ce que ni Josèphe ni la plupart des historiens n'ont bien apprécié lorsqu'ils ont classé le Pharisaïsme et le Sadducéisme dans l'ordre philosophique, \ tandis que leur véritable place est dans l'ordre politique et social. Pour se combattre, ils ont sans doute pris leurs armes les plus redoutables dans l'arsenal des croyances religieuses; mais leur but a toujours été autre que d'affii-mer une opinion théorique ou de réfuter une erreur ; il a été de conserver ou de saisir le pouvoir.

Tel est le point de vue vraiment historique où il faut se placer pour juger les idées métaphysiques dont Josèphe faille fond de leur doctrine.

Leur principal dissentiment, d'après cet historien, aurait consisté en ce que les Pharisiens attribuaient toutes choses au Destin et à Dieu S tandis que les SadducéeHS rejetaient aussi bien le Destin que la Providence, prétendant que Dieu ne se mêlait nullement

1. 4>apca-aîot et(Aap[iev/\ xai GstS irpoairToufft'JravTa. — Guerre des Juif 8, • liv. II, ch. XII. — Peut-être conviendrait-il, en ce cas, de traduire le mot Ei[iaptj.svï\ par Providence, plutôt que par Dessin.

de nos actions et qu'il appartenait à Fhomme de se diriger librement ici^bas. Toutefois il reconnaît que les Pharisiens admettaient la liberté humaine dans une certaine mesure.

Rien n'est plus inexact que cette double affirmation si on la prend dans le sens philosophique que lui donne Josèphe. En étudiant les doctrines pharisiennes, nous verrons, au contraire^ que nul n'a proclamé plus largement le principe du libre arbitre et de la responsabilité. Bornons-nous ici à rapporter trois maximes caractéristiques qui sont, en quelque sorte^ la profession de foi du Pharisaïsme.

(( Tout est dans les mains de Dieu, excepté la crainte » de Dieu, c'est-à-dire, la liberté morale ^ »

« La Providence veille sur tout, mais le libre arbi- ^ » tre a été donné à l'homme ^ »

« Le marché est libre; le marchand fait crédit ; le » registre est ouvert ; une main écrit ; chacun traite à )) son gré ; mais les collecteurs font, un jour, leur tour- » née et viennent exiger le paiement ^. »

Quant aux Sadducéens rien ne prouve qu'ils aient jamais nié l'action de la Providence sur l'humanité. Il leur aurait fallu, pour cela, oublier tous les enseignements des livres saints auxquels ils reconnais-

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