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Ibid. Eroubim

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doublement, dans sa situation matérielle et morale.

Les prédications pliarisiennes achevèrent l'oeiivre réformatrice commencée par là décentralisation et la spiritualisation du culte; mais elles le firent en élevant le peuple entier à Une grande hauteur morale, en lui inspirant les plus nobles devoirs et en lui donnant une mission considérable.

Le but que poursuivait le Pharisaïsme et l'esprit dont il était animé disent assez ce que devaient être les prédications dont retentissaient les synagogues. Au fond, il s'agissait de réaliser enfin la vraie pensée du Mosaïsme et de faire d'Israël le pontife du Monothéisme, en annulant le pontificat théocratique de la famille d'Aaron; il s'agissait d'organiser une grande démocratie religieuse sur les ruines du privilège sacerdotal et du droit aristocratique. Dans cette pensée, que pouvaient dire à la foule, accourue à leurs sermons, les docteurs pharisiens?

Ils lui disaient que l'autel du Seigneur avait été souillé par l'impureté, par l'impiété et par les trahisons de ceux qui en avaient la garde. Le sanctuaire avait vu s'accomplir des abominations païennes ; les idolâtres avaient profané les parvis sacrés , et, à son tour, le patriciat juif, complice de ces attentats, violateur de l'alliance divine, avait introduit dans la maison de Dieu les mœurs détestables des nations polythéistes. On avait purifié les lieux saints, mais avaient-ils reconquis leur sainteté antique? Et ceux

qui y offraient l'encens et immolaient les victimes à l'Éternel^ étaient-ils assez purs eux-mêmes pour ces hautes fonctions religieuses? Le temple n'était donc plus peut-être ce foyer de sanctification dont le légis^ lateur du Sinaï avait fait l'âme de la nation élue, et le culte qui s'y célébrait ne répondait plus à la majesté du Dieu Un.

Eh bien ! dans cette confusion, c'était au peuple luimême à observer, pour le salut et le triomphe de la foi d'Israël, la pureté lévitique qui s'était altérée dans les familles sacerdotales et dans la maison du Seigneur. N'était-il pas, suivant la parole biblique « le )) royaume pontifical, la nation sainte? » Chaque Israélite portait désormais, en lui, l'avenir du Monothéisme; chacun devait se rappeler et mettre en pratique cette grande maxime du Pentateuque : « Soyez saints, parce que je suis saint, » maxime que la race de Lévi semblait avoir témérairement ou ■ bliée. La sainteté, que l'autel avait perdue, il fallait la faire revivre partout, dans la famille, dans la vie privée, dans la vie publique. Et, sous ce rapport, les docteurs donnaient l'exemple. Ils se faisaient un devoir de conformer , en toute circonstance , leur conduite à leurs principes; ils étaient, on petH? le dire, l'incarnation de toutes les vertus et de tous les dévouements.

Ce programme est le fond même de la doctrine ^harisienne; il en est aussi la gloire et la grandir.

En accomplissant, dans la société juive, une réforme radicale, les Pharisiens ne procédaient pas comme ces révolutionnaires aveugles qui déchaînent brutalement les passions et les appétits populaires, passent un niveau fatal sur l'ordre social tout entier et rêvent Tégalité absolue dans l'abaissement universel. C'étaient, au contraire, des moralistes sévères dont l'ambition généreuse était non pas d'abaisser les sommets sociaux jusqu'aux bas-fonds populaires, mais d'élever le peuple à la hauteur des classes supérieures, en l'éclairant, en le moralisant, en l'honorant à ses propres yeux.

Ils lui disaient bien : « C'est à toi qu'est la souve- )) raineté. Tu es au-dessus des Pontifes ; tu es au-dessus » des Rois ! » Mais ils ajoutaient : « C'est parce que » tu es le pouvoir qui crée la loi que tu dois larespec- » ter. Cette autorité que Dieu lui-même t'a donnée, tu )) ne la conserveras que si tu t'en montres digne, s Étant la plus haute expression du sacerdoce moral, » sois donc saint, sois pur, sois pieux plus que ne )) l'ont été les castes privilégiées qui ont souillé par )) leurs scandales l'autel confiée leurs soins. Sois plus » instruit, plus sage, plus fidèle à ton Dieu, plus dé- )) voué à ta patrie que tous ces fils de l'aristocratie » qui outragent les lois divines et humaines , » qui méprisent tes coutumes les plus sacrées, et » qui, s'aUiant à tes ennemis, ont sacrifié, pour servir » des tyrans étrangers, les saintes traditions de nos

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» pères. En un mot, dans la corruption générale, sois » le vengeur des droits violés, mais sois Texemple » des vertus sociales et religieuses, et sache vaillam- )) ment accomplir la mission que rÉternel te donne » d'observer et de propager, pour que tous la glori- » fient, cette Thorah sublime que Moïse a reçue sur » le Sinaï et a transmise aux sages d'Israël. »

C'est par ces belles et émouvantes exhortations que les docteurs pharisiens attiraient la foule dans les synagogues et inculquaient dans toutes les âmes la pensée intime de la réforme qu'ils poursuivaient.

Le soin avec lequel le Pharisaïsme a multiplié, autour du foyer Israélite et dans la vie de chaque individu, les rites du culte privé, qui prit tant d^importance à côté du culte public, s'explique par.la même préoccupation. Les Pharisiens voulurent que chaque membre de la comimunauté fût élevé à cette sorte de pureté sacerdotale qu'ils recommandaient au peuple entier. Chaque Israélite était, à leurs yeux, comme un pontife, dont la demeure devait être un sanctuaire et la famille une société en miniature, sanctifiant tous ses actes par l'idée de Dieu et l'amour du devoir, ayant toujours présents à l'esprit, au milieu des choses les plus matérielles de l'existence journalière, le souvenir du Créateur, le respect de ses lois et la reconnaissance de ses bienfaits. Ils voulurent que la femme, que l'enfant eussent aussi leur rôle religieux dans ce culte du foyer où, suivant leur expression, « le père

» est le grand prêtre et la mère la grande prêtresse » de l'autel domestique '. » On a beaucoup raillé la multitude de rites et de formules cxue le Pharisaïsme a appropriés à toutes les circonstances de la vie et mis à la disposition des cœurs croyants ; en voilà l'origine et le but élevé.

Ainsi, ce peuple que les réformateurs arrachaient à la thépcratie politique et religieuse, ils le plaçaient désormais dans une atmosphère vivifiante de foi, de piété et de saintes pratiques où le sentiment du devoir et le stimulant d'une grande mission devaient modérer, en les purifiant, les entraînements de la liberté et la passion des droits reconquis.

Certainement ce fut là leur dessein. Et, en cela, ils restèrent dans le possible et dans le réel, au lieu de se jeter dans l'idéal et dans l'absolu, comme le fit bientôt une doctrine sortie de la leur, qui devait transformer le monde païen. Nul d'entre eux ne fit le plan mystique d'une cité de Dieu extra-terrestre j asile céleste des élus, laissant l'humanité livrée, en quelque sorte, à l'esprit du mal; ils bâtirent une cité éminemment humaine, mais dont toutes les pierres portaient le nom et rappelaient la mémoire de celui qui, en créant le monde, l'a livré à l'activité des fils d'Adam pour y sanctifier leur rapide passage par la conscience d'une grande œuvre à accomplir, d'un grand but à atteindre et d'une grande récompense à recevoir.

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