CHAPITRE QUATRIÈME
LA REACTION SADDUGEENNE
Grâce à l'habile conduite d'Hyrcan, et surtout grâce à son impartialité, les Pharisiens et les Sadducéens n'avaient eu, pendant longtemps, aucune occasion de conflit. Les premiers avaient pu mettre largement en pratique leurs plans d'organisation religieuse ; les autres avaient, sans obstacle, dirigé les affaires extérieures de la Judée. Cependant la paix était plus apparente que réeUe entre ces deux partis divisés sur tant de questions importantes. Ils s'étaient trop profondément blessés l'un l'autre, pendant les péripéties de l'insurrection hasmonéenne, pour que leurs blessures fussent déjà cicatrisées. L'influence du Sadducéisme dans les régions gouvernementales était vue avec impatience par les Pharisiens. La popularité croissante de ces derniers, le triomphe de la démocratie en leurs personnes, enfin la portée évidemment révolutionnaire de leurs nouvelles institutions inquiétaient et irritaient vivement l'aristocratie sadducéenne. Dans de telles
dispositions le moindre incident devait faire éclater la
crise.
Une parole imprudente et irrespectueuse prononcée par un docteur pharisien, et dont Tamour-propre et la dignité d'Hyrcan furent froissés, fut Tétincelle qui mit le feu aux matières inflammables '.
Hyrcan ,, au retour d'une expédition heureuse ^, donna, en réjouissance de sa victoire, un grand dîner où furent invités les principaux des Sadducéens et des Pharisiens. Dans le cours du repas, le prince, s'adressant à ces derniers et leur rappelant le soin qu'il avait toujours mis à observer la loi dans le sens de leurs doctrines, leur demanda s'il avait pu s'en écarter par hasard, les priant, en ce cas, de le lui dire franchement afin qu'il modifiât sa conduite. Le Talmud insinue que cette question était un piège dont l'idée avait été suggérée à Hyrcan parun méchant homme — isch-Bélial^ — ennemi des Pharisiens, nommé Eléazar ben Poïra. Ruse ou hasard, un de ces pieux docteurs, hommes du peuple peu façonnés aux habitudes des courtisans et sachant mal dissimuler leur pensée sous
1. JosÈPHE, (Àniig., liv. XIII, ch. xviiijetle Talmud, {Kiddouschin, 66, a.) racontent le fait en termes à peu près identiques. Toutefois le Talmud rapporte l'incident au règne d'Alexandre Yanaï , successeur d'Hyrcan ; mais, c'est là une erreur de date manifeste, peut-être aussi une erreur de copiste.
2. Le Talmud dit qu'il venait de Kochalit, une ville de la Pérée au nord-ouest, (Gr^tz, Geschichte derJuden, t. ÏII, p. 99), mais sans indiquer le motif de cette expédition.
LES PHARISIENS. 25o
des flatteries, un certain Yéhoudah ben Guédidim ', répondit brusquement : « Puisque tu demandes qu'on » te dise la yérité, ce que tu aurais de mieux à faire, )) ce serait de renoncer au pontificat !» Hyrcan s'étonnant de cette réponse, Yéhoudah ben Guédidim aurait ajouté que, d'après les bruits répandus, la mère d'Hyrcan avait été esclave en Syrie, ce qui rendait son fils inadmissible aux fonctions sacerdotales.
Josèphe affirme que rien n'était plus mensonger qu'une telle allégation ; mais elle révèle le mouvement qui se dessinait parmi le peuple contre les princes hasmonéens. La médisance se répandait déjà contre le nouveau pontificat, en attendant que bientôt l'orage populaire éclatât contre lui comme il avait frappé les Tsadokites.
Hyrcan semontrafortoffense.de cette imputation qui était aussi injurieuse pour sa mère que pour lui-même. Les Pharisiens présents blâmèrent hautement Yéhoudah ben Guédidim; mais, en politiques astucieux, les Sadducéens exploitèrent l'indignation du prince. L'un d'entre eux nommé Yonathan, un de ses plus intimes familiers, lui persuada que ce qu'avait dit tout haut Ben Guédidim, les Pharisiensle répétaient et le propageaient tout bas, fomentant ainsi dans les masses des sentiments hostiles au chef de l'État. Pour prouver qu'au fond leur attitude envers l'insulteur était