‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 128 sur 500 · Josèphe l'appelle au contraire Eléazar · texte numérisé non relu

Josèphe l'appelle au contraire Eléazar

une comédie bien plus qu'une réprobation sincère, il conseilla à Hyrcan de traduire Ben Guédidim devant la cour de justice. On pourrait ainsi apprécier comment la majorité pharisienne jugeait l'outrage fait à la majesté souveraine. Hyrcan suivit ce conseil. On connaît l'indulgence que les Pharisiens professaient en matière pénale. Du reste, il n'existait pas de loi formelle punissant le délit de lèse-majesté; enfin l'injure avait été purement verbale et proférée dans les entraînements d'un repas copieux. Les juges ne purent pas y voir un crime digne de mort ; ils condamnèrent simplement le coupable à la bastonnade , (trente-neuf coups de bâton,) ce qui était une des peines corporelles les plus légères du code juif.

L'épreuve avait réussi selon les espérances de Yonathan. Il lui fut facile de démontrer que ce châtiment dérisoire attestait la complicité des Pharisiens et abaissait, devant l'opinion, l'autorité morale du prince. C'en fut assez pour que celui-ci voulût se venger de la double insulte qu'il croyait avoir reçue.

Rompant violemment avec les Pharisiens, il embrassa aussitôt le parti de leurs adversaires. Josèphe prétend que, pour rendre cette rupture plus décisive, il abolit toutes les décisions émanées d'eux, supprima toutes leurs institutions et abrogea toutes les coutumes traditionnelles gui formaient la base de la loi orale *. Ce coup d'État radical, ainsi que le remarque Graetz avec

1, Jo^ÈPHE, Antiq., liv. XIII, ch. xvni.

raison', est peu vraisemblable. Le peuple était trop attaché aux doctrines et aux usages du Pharisaïsme pour qu'on pût jeter un tel défi à ses sentiments sans soulever une insurrection populaire. Les mesures prises par Hyrcan durent se borner à destituer les Pharisiens des emplois qu'ils occupaient. On leur enleva, sans doute, la direction du Synhédrin; on nomma, à leur place, d'autres membres qui constituèrent une majorité résolument saddiicéenne et dont les décisions, désormais empreintes des idées de ce partie furent la contradiction légale de toutes les décisions antérieures. De même la cour de justice, si remarquable par la douceur des juges pharisiens, reprit les traditions de dureté et de sévérité inflexible qui caractérisaient le parti sadducéen.

Les résultats de cet acte d'autorité furent déplorables. La crise, contenue par line politique habile et équitable, remua fortement l'esprit public. Le gouverjiement se faisant un parti, au lieu de rester l'arbitre et le modérateur des opinions et des ambitions rivales, devint odieux au peuple qui se lia, plus étroitement que jamais, à la cause des Pharisiens. La domination des Hasmonéens, jusque-là libérale et respectée, se trouva fatalement amenée, pour contenir les masses frémissantes, à prendre les allures d'un véritable despotisme, et il fut aisé de prévoir que, si Hyrcan était encore assez fort pour maintenir Tordre, il léguerait

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