‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 131 sur 500 · Josèphe, Anliq., liv- XIII^ ch. xix · texte numérisé non relu

Josèphe, Anliq., liv- XIII^ ch. xix

la république à la monarchie. Nous verrons bientôt le parti républicain s'organiser avec une énergie que rien ne pourra dominer. Cependant, à l'époque où nous sommes, on n'était pas encore arrivé à un républicanisme exclusif ; on se pliait assez bien à une république aristocratique sous l'autorité d'un Nassi héréditaire, comme chef politique et religieux, et d'un grand conseil national se recrutant dans tous les rangs de la société juive. C'était, comme nous l'avons dit, une sorte de régime constitutionnel, on pourrait dire un stathoudérat pontifical tempéré par des institutions républicaines. L'opinion alors n'en demandait pas davantage, tout en restant fermement attachée au principe démocratique.

Aristobule,, en se proclamant roi, heurtait donc violemment le sentiment populaire, Néanmoins, comme la république était, de son tenips, plutôt à Tétat d'instinct qu'à l'état de programme, la transformation delà principauté en royaume put s'accomplir sans trop de difficulté. Mais, si, grâce sans doute à la. force matérielle dont le pouvoir disposait, il n^ eut pas de résistance dans l'ordre politique, cette nouvelle forme du gouvernement fournit au Pharisaïsme, dans l'ordre religieux, un très-puissant élément d'opposition. Ceci n'est pas un des points les moins intéressants de la doctrine pharîsienne. Il est nécessaire de le préciser.

Par l'immense action qu'ils ont exercée sur la société juive, les Pharisiens ont prouvé combien ils étaient habiles dans le gouvernement des âmes. Le grand secret de leur influence consistait à inspirer aux masses des croyances, des espérances et des aspirations de nature à enflammer les cœurs, en y exaltant les sentiments les plus généreux et les plus enthousiastes.

Déjà nous les avons vus entraîner le peuple à la guerre sainte par la foi à l'immortalité, à la résurrection et aux récompenses d'une autre vie. Nous les avons vus passionner les esprits religieux de leur temps, contre le sacerdoce, par la déclaration solennelle qu'Israël seul était le vrai pontife de Dieu. Nous les avons vus enfin donner le premier élan à l'idée démocratique contre l'aristocratie de l'État et de l'Autel, par l'affirmation que le triomphe des Macchabées avait rendu à la souveraineté populaire la plénitude de ses droits. Mais leur plus puissant moyen d'action fut l'idée messianique.

Il est naturel qu'à ces époqî:es d'oppression, de confusion et de guerre, le peuple se rattachât, plus que jamais, à l'espoir d'une ère de rédemption, de pacification et de réparation nationale où Israël, délivré de ses ennemis séculaires, obtiendrait le triomphe

universel promis au Monothéisme dans les plaines mêmes du Sinaï. L'attente d'un libérateur providentiel agitait alors profondément la Judée; le Pharisaïsme, très-pénétré lui-même à cet égard des promesses prophétiques, en faisait l'objet de ses plus émouvantes prédications ; mais il s'en servait surtout pour combattre ses adversaires.

D'abord, il n'hésitait pas à dire hautement que, si Dieu ajournait sans cesse la délivrance et la victoire d'Israël, c'était aux crimes des chefs de l'État, aux impiétés des prêtres et des lévites, autant qu'à l'infraction générale des lois divines, qu'il fallait l'attribuer. En parlant ainsi, les docteurs étaient l'écho de tous les grands prophètes, comme ils étaient les interprètes fidèles de l'opinion publique. La foule , qui voyait dans le Sacerdoce et le Sadducéisme les ennemis de ses droits, voyait aussi en eux l'obstacle à ses plus saintes espérances. Elle apprenait doublement à les détester. ■

Cette hostilité prit une forme plus précise et plus personnelle lorsque Aristobule rétablit la royauté en Judée. Le successeur d'Hyrcan dédaigna de demander la sanction de son nouveau pouvoir à un plébiscite, comme l'avait fait Simon, en prenant le titre héréditaire de Nassi. Sans doute craignait-il de rencontrer une opposition générale, mais ce mépris de la souveraineté populaire donna à la monarchie hasmonéenne le caractère d'une usurpation.

Le Pharisaïsme, ne la considérant pas seulement au point de vue politique, mais encore au point de vue religieux, la condamna, à son tour,, comme un sacrilège.

La tradition pharisienne, d'accord avec renseignement prophétique, affirmait que le Messie serait fils de David dont il relèverait le trône comme signe de la royauté d'Israël dans le monde. Elle n'admettait pas qu'un prince étranger à la descendance légitime du roi-prophète, put ceindre son front du diadème. Elle s'était accommodée aisément de l'élévation des Hasmonéens à la dignité de Nassi, ne voyant, en cela, que la substitution de la branche cadette de Yéhoyarib à la branche aînée de Phinées et de Tsadok; mais, quand le nouveau sacerdoce eut la prétention de fonder un État monarchique, ce fut autre chose. Usurper l'héritage de David, s'emparer, illégalement, du titre sacré que Dieu réservait au futur Messie, c'était ajouter une profanation impardonnable à toutes celles dont les hautes classes de la Judée s'étaient si souvent rendues coupables '.

Après la rupture imprudente qu'Hyrcan avait consommée avec le parti pharisien, la résolution audacieuse d'Aristobule fut un défi jeté à toutes les croyances nationales et religieuses touchant l'avènement des

1. Talmud, Jérus, Horaïolh — Abodah Zara, 44, et Babéli, Synliedrin, 21. — L'usurpation du trône de David y est considérée comme un crime de lèse-majesté divine et humaine.

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jours messianiques. Pour les Pharisiens, la famille hasmonéenne fut regardée désormais comme une dynastie usurpatrice qui violait, à la fois, la loi divine et le droit populaire, un pouvoir tyrannique qui^ en s'alliant avec les Sadducéens, cédait aux fatales influences de ennemis de la liberté, de la religion et de la patrie. Dans celte situation, ils semèrent parmi le peuple des sentiments anti-monatchiques,trop conformes aux tendances de l'opinion pour ne pas grandir rapidement. C'est alors que commença à se former en -^ Judée le parti de la République, qui fit chaque jour des progrès et éclata enfin, à l'époque d'Auguste, par un soulèvement redoutable, prélude de la terrible insurrection où devait s'anéantir à jamais la nationalité juive.

On voit par combien d'intérêts communs la cause du Pharisaïsme s'identifiait avec celle du peuple et quel mutuel appui les docteurs donnaient aux masses et les masses leur donnaient à leur tour. La réforme sortait ainsi, de plus en plus, du domaine purement religieux pour agir dans l'ordre politique. C'est ce qui explique le caractère violent que prit alors la lutte entre les Pharisiens et les Sadducéens.

Ceux-ci, on le sait, étaient fort peu soucieux des

questions dogmatiques. Si le débat n'avait porté que sur des principes de théologie abstraite, ils s'y seraient, sans doute; médiocrement intéressés ; mais ils comprenaient que le but de la guerre que leur faisaient sourdement ou ouvertement leurs adversaires, était bien autrement grave. Tous les jours il devenait plus évident que le pouvoir était l'enjeu réel de cette lutte. Il s'agissait donc pour les Sadducéens de rester ou non maîtres de la situation, de garder ou de perdre leur prépondérance dans le gouvernement. L'iUusion sur la portée du mouvement n'était plus possible. Sous la casuistique des docteurs apparaissait clairement la révolution radicale qui voulait complètement détruire l'ancien régime, en renversant le trône et l'autel.

Pour combattre ce double danger, le Sadducéisme n'hésita plus à employer tous les moyens de coercition et. de rigueur. La crise violente que sa résistance provoqua put être cependant évitée pendant le règne si court d'Aristobule ; mais, sous son successeur, elle fît explosion de la façon la plus tragique.

L'année, durant laquelle ce prince occupa le trône qu'il avait si arbitrairement rétabli, fut d'ailleurs marquée par divers faits qui ne blessèrent pas moins le sentiment public. Il afficha, en effet, ces tendances hellénistes qui étaient si antipathiques à la nation. Il paraît qu'il donna des fêtes où parurent les Grâces et les Muses dans le costume mythologique de l'Olympe

païen. Or, on avouera que, pour un prince qui portait sur sa tête la tiare pontificale, c'étaient des divertissements aussi peu compatibles avec les devoirs du sacerdoce qu'avec les mœurs austères du Judaïsme. C'est aussi, pour la première fois, sous son règne qu'on substitua sur les monnaies juives un exergue grec à l'exergue hébraïque des premiers Hasmonéens \ , '■

L'Hellénisme rentrait donc de toutes parts et l'aversion du peuple croissait contre une dynastie qui donnait déjà un si triste démenti à Fœuvre glorieuse de Juda Macchabée.

Les victoires qu'Aristobule remporta sur les Ituréens, auxquels il imposa le Judaïsme, comme Hyrcan l'avait fait à l'égard des Iduméens, n'atténuèrent pas l'impopularité qui s'était attachée à son nom. Ce prosélytisme, plus politique à coup sur que religieux, ne pouvait effacer, dans l'esprit du peuple, le ressentiment que lui inspiraient Talliance des chefs de l'État avec le Sadducéisme, leur rupture avec les Pharisiens et le rétabhssement de la royauté. A la désaffection générale se joignait d' ailleurs un cri unanime d'indignation contre des princes pour qui le fratricide et le parricide

1. Dans le traité de paix entre Démétrius et Siméon, le roi de Syrie avait reconnu au Nassi juif le droit régalien de battre monnaie. Les monnaies de Simon et d'Hyrcan portaient ou les mots : Schékel{s>icle) avec l'exergue « Jérusalem la Sainte, » ou le nom du Pontife. AristobiUe y substitua son nom et son titre en langue grecque, louôa BajtXsuç. (De S^ixûcj, Numismailque juive,]). iQ2.)

lui-même n'étaient qu'un moyen de gouvernement. Aristobule ne survécut pas longtemps à l'assassinat de son frère Antigone. On dit qu'il vomissait le sang et qu'il était tourmenté parles remords de son crime. Il mourut l'an 105 avant J.-C. La foule vit naturellement un châtiment de Dieu dans cette mort précoce et terrible ^

Dès qu' Aristobule eut expiré, sa femme Salomé, que les récits traditionnels nomment aussi Salminon, et qui est connue dans l'histoire sous le nom grec d'Alexandra, mit en liberté les trois frères de son mari qui, on s'en souvient, avaient été enfermés par lui dans des forteresses. Puis, elle fit proclamer roi Yanaï, l'aîné d'entre eux, dont le nom grec était Alexandre.

Les premiers actes du nouveau monarque ne furent pas de nature à lui concilier l'amour de ses sujets. Les mœurs cruelles des despotes de l'Asie avaient définitivement envahi la cour juive. Alexandre Yanaï, soupçonnant un de ses frères d'aspirer au trône, le fit tuer^. Quant à l'autre, il ne l'épargna que sur l'assurance formelle qu'il se contenterait de vivre en simple particulier.

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