LES PHARISIENS AU POUVOIR
Salomé, après la mort d'Alexandre Yanaï, monta sur le trône avec le nom' officiel d'Alexandra '. Le premier acte de son règne fut de suivre lés conseils de son mari et d'appeler à elle les Pharisiens. Ses sentiments personnels l'y poussaient autant que l'intérêt de sa popularité. Son frère, . Simon ben Schétach, était encore en exil avec les autres docteurs. Salomé s'empressa de rouvrir à tous ces proscrits les portes de la patrie et fit mettre en liberté ceux que les Sadducéens avaient jetés dans les cachots.
Alexandre Yanaï laissait deux fils , Hyrcan et Aristobule. Hyrcan, qui était l'aîné, n'avait aucune disposition pour les affaires publiques. Comme sa mère, il était attaché au Pharisaïsme. Salomé fit un acte éminemment politique, en lui conférant la dignité
1. C'est à ce nom grec que spntfrappées les.monnaies de son règne. (De Saulcy, Numismatique juive, p. 106.)
de grand prêtre et en confiant ainsi le sacerdoce à un ami des Pharisiens. C'est dans un but analogue, qu'elle écarta du gouvernement son second fils, Aristobule, esprit entreprenant, caractère plus vif et plus mondain, qui, par affinité naturelle, entretenait avec les Sadducéens des rapports assez intimes. Par suite de l'avènement d'une femme au trône, ce fut la première fois, dans l'histoire du second temple, que le pouvoir politique fut distinct du pouvoir pontifical.
Les Sadducéens qui, depuis la dispersion des docteurs, remplissaient le Synliédrin et la cour de justice, furent destitués et leurs sièges furent donnés à leurs adversaires.
Salomé désirait, naturellement, élever son frère Ben Schétach à la présidence de l'assemblée ; mais celui-ci, ne voulant pas paraître abuser de son influence à la cour, fit nommer à ce poste éminent un remarquable docteur de ce siècle, Juda ben Tabbaï, qui habitait alors Alexandrie où Ben Schétach, pendant son exil, avait pu apprécier ses grandes qualités. Juda ben Tabbaï occupait .en Egypte des fonctions importantes qu'il devait à une" considération unanime. La lettre qui lui fut écrite pour lui offrir la présidence du Synhédrin, montre, par le style même, l'estime qu'on avait pour cet homme illustre. On y lisait ces mots emphatiques : « De moi, Jérusalem, la ville )) sainte, à toi, Alexandrie, ma sœur! Mon époux se-
» journe près de tpi et moi je suis abandonnée '. » Cet appel enthousiaste ne permettait pas au savant docteur d'hésiter; il vint apporter l'autorité de son nom et de son concours à l'œuvre qui devait consolider la victoire dii Pharisaïsme.
Juda ben Tabbaï prit donc la présidence du Synhédrin avec le titre de Nassi. Le second membre du Duumvirat fut Simon ben Schétach, avec le titre d'Abbeth-din ^
Salomé joua alors le rôle d'une véritable reine constitutionnelle de nos jours. Elle laissa sans réserve aux chefs dû Synhédrin l'administration des affaires publiques, se contentant de régner sans gouverner et ne gardant, du pouvoir royal, que la direction de l'armée et delà diplomatie extérieure, avec le droit de paix et de guerre ^
Cette espèce de régime parlementaire où l'assemblée composée de la bourgeoisie libérale posait en principe, comme le fit Sieyès dix-huit cents ans plus tard, que le Tiers-État pharisien devait être tout, fut l'application définitive des idées qui, près d'un siècle auparavant, avaient été le but réel du soulèvement des Macchabées. C'était la mise en Matique dé la dou^
A. Talmud, Soiâ, 47, a. — Ménachoth, 109, b. — Synhédrin 23, c.