Traité Aboth, ch. vi
LES PHARISIENS. 29i
plier de mettre un terme à ces viblencés. Les chefs sadducéens rappelèrent les grands services qu'ils avaient rendus et ceux qu'ils pouvaient rendre encore. La Judée était toujours entourée d'ennemis. Était-il sage de donner à] Arétas, roi des Arabes, et à tant d'autres princes dont Thostilité n'était pas douteuse, la joie de voir le gouvernement juif livrer au dernier supplice tant de vaillants hommes de guerre dont le nom seul les faisait trembler? S'il fallait les sacrifier à la haine des Pharisiens, ils suppliaient qu'on se contentât de les exiler dans des forteresses éloignées, situées sur les frontières du rojaume, où, à l'abri de leurs cruels adversaires, ils pourraient^ du moins, par leur courage et leur science stratégique, être encore utiles à leur pays ^
Ces raisons touchèrent l'esprit pratique et le cœur de la reine Salomé. Elle comprit, elle aussi, que ce serait une dangereuse folie que d'enlever à l'armée juive et à la politique extérieure les généraux expérimentés et les diplomates habiles qu'on ne pouvait trouver que parmi les Sadducéens. Aussi intercédat-elle efficacement en leur faveur et, suivant leur désir, elle les envoya dans les plus importantes forteresses, soi-disant comme exilés, mais bien plutôt comme
véritables gouverneurs ^.
1. C'est en ces termes que Josèphe nous fait connaître la démarche des Sadducéens auprès de la reine, (iîiiiy., liv. XIII, ch. xxiv. — Guerre des Juifs, liv. I. ch. iv.)
2. Trois places fortes seules leur furent interdites : Macchérbn à
Aristobule n'avait pas fait cette démarche sans une arrière-pensée personnelle qui se révéla plus tard. En attendant, elle eut le succès qu'il en attendait ; ses amis sadducéens lui en gardèrent une reconnaissance qui ne pouvait manquer de se traduire en faits expressifs sitôt que l'occasion s'en présenterait.
A la suite de c.et incident les représailles cessèrent. Le Pharisaïsme, rentrant dans les principes pacifiques et humains qui formaient le fond de sa doctrine, se mit à l'œuvre pour consolider sa victoire par des réformes utiles au lieu de la déshonorer par des cruautés.
Nous ne connaissons qu'en partie les mesures. qui. furent alors prises parle Synhédrin dans le but d'organiser le nouveau gouvernement ; mais celles que la tradition et l'histoire rapportent donnent une grande idée de la pensée générale qui y présida.
Une des premières décisions de l'assemblée répondit vivement aux vœux de l'opinion publique. Ce fut l'abolition du code pénal des Sadducéens. On se rappelle
l'est de la mer Morte, Hyrcania et Alexandrion, situées dans une chaîne de montagnes qu'on nommait « le Mont du Roi » Har-ka-Mélech ou Tur Malka. C'est là que se trouvaient le trésor et l'arsenal des rois hasmonéens. (Josèphe, Antiq.^ibid. — GHiETZ, Geschichte der . Juden, t. m, p. 127.)
qu*esclaves du texte littéral, les Sadducéens appliquaient les pénalités du Pentateuque avec une rigueur inflexible qui avait excité contre eux l'animad version du peuple. La révision des lois répressives et leur atténuation dans l'esprit pharisien, double réforme par laquelle le Synhédrin inaugura son pouvoir, furent donc considérées cemme un grand progrès libéral ^ Comme complément de la réforme des lois pénales, des dispositions bienveillantes furent introduites dans la procédure criminelle, notamment en ce qui concernait l'audition des témoins. Là encore les Sadducéens, exagérant l'observation littérale du texte biblique, restreignaient les interrogatoires à un formulaire étroit et absolu qui ne comportait, dans les témoignages, aucun développement utile, de nature à faciliter la recherche de la vérité. Le témoin lui-même était souvent fort embarrassé pour répondre dans les termes de droit strict où les ques'tions étaient posées. Désormais l'interrogatoire put être étendu à toutes les circo.nstances accessoires du délit, de sorte que le juge pût décider en fait et en équité sans être enfermé, comme auparavant, dans le cercle infranchissable des formules juridiques ^
1. Le jour où le code pénal des Sadducéens fut abrogé (14 Tamouz (j uillet) 78 avant Jésus-Christ,) est resté dans le calendrier juif .comme une commémoration nationale et religieuse. {Méguillaih Taanith.)
2. Talmud, Synhédrin, 40, a. — Le formulaire sadducéen dans les enquêtes prêtait, dit-on, à des équivoques au moyen desquelles les
C'est à cette mesure que s'applique une maxime favorite de Simon ben S.chétach, qu'on lit dans le traité Aboth : « Interroge les témoins avec beaucoup » de soin et pèse bien les questions que tu leur » adresses, afin qu'ils n'y trouvent pas un moyen de » mentir * . »
Dans Tordre civil, on cite, particulièrement, une loi importante que le Synhédrin vota pour mettre un frein à la fréquence des divorces. Les Sadducéeris, gens de plaisir, amis du changement, se montraient faciles pour la rupture du lien conjugal, laissant au mari une liberté à peu près illimitée de renvoyer sa femme quand elle avait cessé de lui plaire, et appliquant, ici encore, dans toute sa rigueur textuelle, le principe mosaïque '''. Les Pharisiens professaient, au contraire, un grand respect .pour l'indissolubilité du mariage. « L'autel lui-même )) pleure, dit une de leurs sentences, sur celui qui » répudie sa femme ^ » Mais, ne pouvant abolir une loi aussi formelle, qui s'accordait d'ailleurs avec les mœurs publiques, le Pharisaïsme chercha du moins à en entourer l'exécution de grandes difficultés.
accusateurs pouvaient aisément pallier.de faux témoignages. (Gb^etz, Geschich. der Juden, t. III, p. 120.)