Talmud, SuMah, 42, a
'2. Il est fort probable cependant qu'il existait des écoles en Judée avant cette époque. M. Michel Nicolas {Des doctrines religieuses des Juifs, p. 43), croit que leur établissement fut très-antériéur aux'Macchabées. Mais ce n'étaient à coup sûr que des écoles privées. — Il n'y a pas trace d'institutions d'instruction publique avant Salomé. Il ne faut pas confondre avec l'enseignement pédagogique les grandes écoles doctrinales où les docteurs groupaient leurs disciples et exposaient leurs idées sur les questions philosophiques et religieuses.
moral et politique. Il s'agissait, sans douté, de combattre l'ignorance, mais il s'agissait aussi de répandre de plus en plus les doctrines pharisiennes surtout parmi les classes moyennes et élevées, seules en position de suivre les cours de ces établissements, qu'on, peut appeler avec raison (( les Facultés juives. »
La mesure fut donc, peut-être, inspirée-par un esprit départi, dans l'intérêt du Pharisaïsme ; mais elle n'en constitua pas moins un salutaire progrès.' Ce n'est pas, du reste, un faible honneur pour les Pharisiens que leurs intérêts spéciaux aient toujours été d'accord avec ceux de la civilisation et de la liberté.
Ils ne croyaient pas, comme d'autres doctrines religieuses, que l'ignorance dès masses fut un bon moyen de gouvernement; ils pensaient, au contraire, que, dans le monde moral comme dans le monde physique, la lumière vaut mieux que l'obscurité : « Une » ville où il n'y a pas d'école, disaient- ils, doit néces- » sairement périr. » — « Plusieurs docteurs, rapporte )) une ancienne chronique, avaient été chargés d'or- )) ganiser l'instruction publique dans diverses locali-. » tés de Judée. Ils arrivent dans une ville où ils ne )) trouvent aucune trace d^enseignement. Indignés, ils )) demandent à être conduits auprès des administra- » teurs du pays qui portaient le titre honorifique de « gardiens de la cité. » Dès qu'ils sont en leur pré- « sence : « Eh quoi! s'écrient-ils ce sont là les gar- » diens de la cite? Non ! c'en sont plutôt les destruc-
» teurs. » — « Qui sont donc les gardiens? répondent » avec surprise les assistants. » — « Qui? reprennent » les docteurs; les écrivains, les professeurs, ceux » qui instruisent la jeunesse. Yoilà les véritables gar- » diens des cités *. »
Simon ben Schétach, en fondant un système général d'instruction publique, fut le fidèle interprète des doctrines pharisiennes. La réforme dont il posa les bases ne tarda pas à dépasser les limites de l'enseignement supérieur ; elle embrassa bientôt l'enseignement élémentaire. Ben Gamlah, un des rares membres du clergé juif qui adhérât au Pharisaïsme et s'inspirât de ses idées, alla plus loin encore; il fit adopter le principe de l'instruction obligatoire. Dès l'âge de si? ans, tout enfant fut tenu de suivre les cours publics, sous la responsabilité du père de famille. En même temps il fut prescrit à chaque communauté d'ouvrir des écoles dont l'administration intérieure était réglée avec beaucoup de prévoyance : un professeur par vingt-cinq élèves; deux pour cinquante; il y avait un assesseur entre vingt-cinq et cinquante écoliers. Les études y étaient graduées suivant l'âge; elles s'étendaient de six à dix huit ans ^.
N'est-ce pas une chose étrange que de voir ainsi, il y
1. Cette intéressante tradition tirée du Talmud de Jérusalem {Hagguigah) est rapportée sous cette forme dans YÂntologia Talmudica de Guiseppe Lévy, (Florence 1859) p. 292.
2. Traité Aboth, ch. v, § 24. — Anthologia Talmudica, loc. cit.
a près de vingt siècles, le Pharisaïsme résoudre, dans le sens le plus large, la question, aujourd'hui encore si controversée, de renseignement obligatoire? Les Pharisiens ne voulaient pas qu'il pût y avoir un seul illettré en Israël. C'est grâce à eux, en effet, que la race juive a puisé, à toute époque, dans une instruction libéralement donnée dès l'enfance, cette intelligence pratique et ce sentiment des vérités élé.mentaires qui l'ont toujours distinguée, tandis qu'autour d'elle, les populations des autres cultes étaient tenues systématiquement dans la plus regrettable ignorance.
Les réformes accomplies à cette époque ne se bornèrent certainement pas aux mesures qui précèdent et qu'on ne détache qu'avec peine des restes si incomplets de la chronique contemporaine . Mais , si les détails de cette révolution intérieure nous échappent. On peut juger de son importance par l'enthousiasme avec lequel le peuple salua l'avènement du nouveau régime.
Le jour où, après l'abolition des lois sadducéennes, les coutumes pharisiennes furent remises en vigueur, est resté célèbre dans l'histoire de ce temps. Il fut marqué par de grandes manifestations populaires auxquelles les chefs du Synhédrin donnèrent le carac-
tère et Féclat d'une solennité religieuse et nationale,*. L'illumination resplendissante du temple et de la ville entière, des danses aux flambeaux, des chants et des divertissements de toute nature tinrent, pendant toute la nuit, la foule dans les rues de Jérusalem. Puis, à l'aurore, une imposante cérémonie succéda à l'ivresse des plaisirs nocturnes. On se rappelle que la libation d'eau sur l'autel, à l'époque de la fête des Cabanes, avait amené la persécution des Pharisiens. Ils firent du rétablissement de cette pratique pieuse, une fête particulière. Suivis d'une foule immense, les prêtres et les lévites, au son des instruments sacrés, allèrent, au lever du soleil, puiser, à la fontaine de Siloé, dans une coupe d'or, l'eau destinée à l'aspersion sacrée, que le grand prêtre, probablement Ifyrcan luirmême, fit ensuite dans la forme voulue. — Ce fut . partout une telle joie que l'on disait plus tard proverbialement : « Celui qui n'a pas vu cette allégresse » (Sim'hath beth-ha-Schoëbah) ne sait pas ce que )) c'est qu'une fête populaire. »
De telles démonstrations prouvent le prix que les Ph-arisiens et le peuple attachaient à leur victoire. Ce n'était pas une école dogmatique qui l'emportait sur une autre ; le résultat d'une lutte de doctrines abstraites n'aurait pas remué aussi profondément la nation tout entière. C'était la démocratie religieuse et politi-
1. Voir les détails de cette fête populaire dans Gv^tz, Geschichte der Juden, t^ III, p. 121.
que qui triomphait de l'aristocratie sacerdotale et patricienne. C'est pourquoi le peuple qui s'était insurgé quand il avait vu massacrer les docteurs, ses amis, ses défenseurs, ses tribuns, éclatait en transports joyeux quand ceux-ci reprenaient le pouvoir et quand les Sadducéens étaient vaincus.
Il faut aussi signaler à cette époque une fête d'un caractère moins solennel et beaucoup plus gracieux où éclata également une manifestation contre le Sadducéisme. Elle fut fixée au 15 du mois d'Ab, (août) sous le nom de fête du bois. Josèphe en parle souvent en la désignant par le nom grec &q Xylophone *.
Les Pharisiens regardaient comme un acte de piété d'offrir du bois pour le service de l'autel, et les plus humbles parmi le peuple aimaient à accomplir ce devoir religieux qui avait le grand avantage de ne rien coûter, tandis que les offrandes de bétail, de colombes et même de farine étaient le privilège des classes aisées. On reconnaît encore, dans ce détail minime, la sollicitude du Pharisaïsme pour les classes inférieures. C'était une de, ces pratiques en rapport avec la condition modeste des masses, attestant que l'obole dupauvre est aussi agréable à l'Éternel queleshécatombes du riche. Or, le gouvernement sadducéen avait brutalement interdit cet usage, sous prétexte qu'il n'était pas écrit dans la loi, mais, en réalité^ parce
1. Notamment, Guerre des Juifs^ liv. II, ch.xvii. — On la nommait en hébreu Korban-Etsim, (oifrande du bois.)
que c'était une pensée d'égalité sociale. Des gardes avaient même été placés à l'entrée du temple pour empêcher qu'on y apportât du bois *. Le nouveau Synhédrin rétablit la coutume traditionnelle et en fit même une commémoration spéciale.
Comme elle avait lieu en été, c'était l'occasion d'une fête champêtre, pittoresque et charmante. Tandis que les gens pieux coupaient le bois destiné à l'autel, des jeunes filles, toutes vêtues de blanc, se répandaient dans la campagne, dansant au son des toupim (tambours de basque) et des instruments de musique. L'usage voulait que leurs vêtements ne leur appartinssent pas. Elles les empruntaient à leurs voisines et à leurs amies, afin que les jeunes filles pauvres, qui n'avaient pas les moyens de se parer également, n'eussent pas à rougir de leur infériorité. Une égalité absolue régnait ainsi, ce jour-là, parmi les belles filles d^Israël, toutes confondues et se livrant ensemble aux plaisirs de leur âge. Les jeunes gens accouraient auprès d'elles pour assister à leurs danses, entendre leurs" chansons et se mêler à leurs jeux. Et elles chantaient :
1. On raconte que certaines familles, qui avaient l'habitude d'offrir du bois chaque année aux époques consacrées, usèrent de stratagème pour tromper la vigilance des gardes. Avecle bois qu'elles voulaient offrir, elles formèrent des échelles et firent entrer, sous cette forme, leur pieux fardeau dans le temple. Les auteurs de cette ruse étaient les familles Salma de Nétofah, Gombé ,Ali et Kozé-Kézioth. Elles obtinrent, en récompense, un privilège héréditaire. Le premier bois brûlé sur l'autel fut désormais celui qu'elles offraient. (Gr/etz, ibid.)
« La beauté est éphémère et passe comme un songe. » Jeunes hommes, cherchez .vos compagnes dans » d'honorables et saintes familles. Préférez la vertu et )) la pieté à la grâce passagère. » C'est là en effet que se formaient presque toujours les premiers liens des unions juives ^,
Les fêtes populaires furent d'aillëurs,à toute époque, un dés plus efficaces moyens d'influence du Pharisaïsme sur l'esprit des masses. Il fît consacrer, par une solennité nationale et religieuse, tous les faits importants qui s'accomplirent pendant la guerre de l'indépendance contre la domination syrienne, à l'époque des Macchabées, ainsi que tous les incidents de sa lutte contre le Sadducéisme. — Il faisait ainsi pénétrer et gravait dans toutes les âmes, par le spectacle des yeux autant que'par les sentiments du cœur, avec le souvenir de ses services, la conscience de son dévouement infatigable^aux intérêts et aux vœux de la nation. Aussi chacune de ses victoires devint un jour de joie, comme chacune de ses défaites, un jour de deuil pour le peuple entier.
Il est juste, d'ailleurs, de remarquer que les chefs pharisiens ne cherchaient pas à entraîner la foule en la corrompant, comme l'avaient fait les chefs sadducéens au temps d'Antiochus Épiphane. Ils ne lui don-
1. Voir sur cette charmante cérémonie, qui était, comme la fête du bois, un symbole touchant, de l'égalité originelle,MrscHNAH,il!/(^^î«7Zai{À 2'«&m</i, IV 8. et JosÈPHB, ioc, d^.
naient ni les jeux du cirque^ ni les combats d'hommes et d'animaux, ni les gymnases ni les lupanars de la Grèce païenne. Loin de là, ils élevaient l'esprit public et le moralisaient en l'émouvant par de belles cérémonies religieuses^ par de charmantes fêtes de famille ou par de grandes réjouissances populaires. Tout cela concourait puissamment à leur but : Faire d'Israël un peuple religieux à qui une foi inaltérable servirait de patrie spirituelle , quand sa patrie matérielle serait détruite.
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Le Synhédrin couronna son œuvre par une institution qui eut, plus que toute autre, un grand caractère national, en opposition avec les idées sadducéennes.
Nous avons dit qu'une discussion très-vive s'était élevée entre les deux partis au sujet des dépenses du sacrifice journalier. Les Pharisiens voulaient qu'elles fussent supportées par le trésor du temple ; les Sadducéens voulaient qu'il y fut pourvu par les dons volontaires des particuliers. Comme toujours, cette question de casuistique voilait un intérêt de parti. La question était de déterminer si le trésor du temple était la propriété du sacerdoce ou de la nation et, s'il devait avoir une destination générale ou spéciale.
A ce point de vue la gravité du débat n'était pas douteuse. '
Quand les Pharisiens arrivèrent au pouvoir, ils s'empressèrent de mettre, à cet égard, leurs doctrines en pratique. En conséquence, le Synhédrin décida que, dorénavant, le sacrifice quotidien serait offert aux trais du trésor. Mais, en faisant ainsi de Tun des rites les plus caractéristiques du culte officiel, une cérémonie nationale au lieu d'un acte de piété individuelle,, on fut naturellement amené à établir que chaque citoyen devait y contribuer d'une manière régulière et permanente. Ce fut le principe d'un vaste système d'impôts* qui eut des résultats considérables.
Il fut décrété que chaque Israélite, âgé de vingt ans et au-dessus, habitant en Judée ou à l'étranger, devait? payer un impôt de capitation d'un demi-sicle, {machzitha-schekel) destiné au trésor du temple ^ La contribution du demi-sicle existait depuis Moïse, mais sans avoir de sanction particulière. On la payait spontanément dit le texte, « comme un tribut expiatoire » kopher ha-néphesch \ Toutefois une sorte de superstition excitait à ce point le zèle des fidèles, que, de toutes parts, les dons volontaires affluaient, dans ce but, vers le trésor du temple.
Le Synhédrin, profitant des circonstances opportu-
1. MiscHNAH, Schékalim, l, § 1, 3. — Méguillath Taanith, I, 1. — La valeur du sicle a été l'objet de beaucoup de discussions. L'opinion la plus vraisemblable la fixe entre 1 fr. et 1 fr. 50.