Talmud, JérusaL Synhédrin, 23, b
céen ne se serait pas résigné à donner un tel exemple d'humilité. Les Sadducéens n'avaient pas un si grand souci de la vie humaine et une exécution capitale de plus ou de moins ne les touchait guère. Mais le fait peint éloquemment l'esprit du Pharisaïsme. Ces scrupules de conscience qui portaient ainsi le premier magistrat de Judée à abdiquer ses éminentes fonctions pour se punir lui-même d'une transgression involontaire, produisaient une impression profonde dans le public et accroissaient l'admiration et le dévouement du peuple pour le parti des docteurs.
Après la démission de Juda ben Tabbaï, Simon ben Schétach le remplaça dans la présidence du Synhédrin. On raconte de lui trois traits qui peignent l'homme.
Sous son administration, il y eut à Ascalon un curieux procès. Quatre-vingts femmes furent accusées de magie. La loi mosaïque était sur ce point aussi sévère que formelle. « Tu ne laisseras pas vivre, dit-elle, » celles qui font profession de sorcellerie '. » Les magiciennes d'Absalon furent jugées par le Synhédrin, condamnées à mort et exécutées ^. Le chef pharisien voulut;, par cet acte de rigueur, combattre et détruire une superstition populaire aussi contraire à la raison qu'à la croyance du Judaïsme en Tomnipotence du Dieu-Un.
. l.nmn N'S nSï^^n.— Exode, ch.xxn, 18, 2. Talmud, Synhédrin, 46, a.
312 LES PHARISIEiNS.
Une autre fois, arrêté par un scrupule légal, il se montra bien moins rigoureux. Étant dans la campagne, il vit un homme qui, tenant une épée nue, se dirigeait vers un petit bois voisin; il le suivit et Tapèrent bientôt auprès d'un cadavre sanglant qui venait d'être assassiné. « Qui a commis ce meurtre? » s'écria- ■ t-il,' et, comme l'autre gardait le silence : « Malheu- » reux, lui dit-il, je devrais te livrer à la justice; mais » je ne t'ai pas vu positivement commettre le crime et » ne puis porter un témoignage formel contre toi ! )> Et il lé laissa fuir \
Le fait capital de sa vie publique fut, s'il faut en croire la chronique, un acte de Brutus, qui atteste son inflexibilité dans l'obéissance à la loi. Le triomphe du Pharisaïsme et les représailles violentes qui l'avaient suivi d'abord, avaient excité dans le parti vaincu de profonds désirs de vengeance. Des ennemis de Ben Schétach, voulant le frapper au cœur, suscitèrent contre son fils de faux témoins qui l'accusirent d'un crime passible de la peine de mort. Tout se réunissait pour faire présumer l'innocence du malheureux jeune homme; mais les déclarations de ses accusateurs étaient précises et les moyens de prouver juridiquement la fausseté de leur témoignage échappaient à la cour de justice. Les juges cependant inclinaient vers l'absolution ; mais Ben Schétach ne voulut pas que sa haute position parût avoir influencé le tribu- 1. Talmud, Synhédrin, 37, b. — Schebouoth, 34, a.
La reine Salomé avait gardé, depuis son avènement au trône, un rôle assez effacé. Il n'y eut d'ailleurs, sous son règne de neuf années, aucune coriipli-
i. THkLïxvh, Jérusal. ffagguigahy 23, h.
nal; il prononça lui-même, avecle stoïcisme de Brutus à Rome, la condamnation de son fils. Gelui-cî, acceptant, dit-on, avec une résignation inouïe cette terrible sentence, et aussi héroïque qu'isaac sous le couteau d'Abraham, disait à son père : « Il vaut mieux que je )) meure plutôt que de voir la loi violée et l'autorité » morale du Synhédrin abaissée. Veux-tu que le salut » arrive à Israël? Laisse-moi, par ma mort, en ouvrir » la voie' ! » Le père étouffa sa douleur et ses larmes, et Tarrêt fut exécuté.
Tels étaient ces Pharisiens, poussant le devoir jusqu'à l'immolation et le respect de la loi jusqu'aux plus douloureux sacrifices. A ce point de vue, quand Josèphe les a assimilés aux stoïciens, il a été dans la vérité. Par leurs leçons, parleurs exemples, ils façonnèrent tellement le peuple hébreu aux plus grands dévoue- -^fp ments, qu'on le vit toujours prêt, dans la suite des siècles, à donner sa vie et à subir le martyre pour rester fidèle à sa foi.
cation extérieure. LaJ.udée vécut en paix avec tous ses voisins, et, par une chance heureuse, la prospérité à rintérieur atteignit alors des proportions inespérées. Les chroniques nous parlent de cette période comme d'une époque où Dieu répandit ses bénédictions sur la terre. Jamais les moissons n'avaient été plus abondantes^; jamais l'aisance n'avait été plus générale; c'est au point que « les verres de cristal n qui étaient alors un objet de luxe, brillaient, dit- on, sur toutes , les tables ^. La Judée était donc heureuse matériellement et moralement; mais ce bonheur ne fut pas de longue durée.
La reine tomba gravement malade. Dès qu'on put craindre pour ses jours, les compétitions de famille, qui étaient devenues la tradition des Hasmouéens, comme elles étaient, jadis, celles des Tsadokites, s'éveillèrent aussitôt. Son caractère,, le respect qu'elle inspirait à ses fils, la sagesse avec laquelle elle avait agi, contenaient toutes les mauvaises passions qui s'agitaient dans l'ombre; mais, quand elle parut atteinte d'un mal mortel, la crise^ longtemps comprimée par sa main maternelle, éclata.
Aristobule, son second fils, partit clandestinement de Jérusalem et se rendit dans les forteresses que sa mère avait remises aux mains des chefs sadducééns. Ceux-ci lui avaient conservé beaucoup de reconnais-
i, MéguillaUi Taanith, 23, a.