‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 171 sur 500 · Talmud, TosiftaYadaim, iv,l · texte numérisé non relu

Talmud, TosiftaYadaim, iv,l

Rappelons-nous la comparution d'Hérode , alors gouverneur de Galilée, devant le Synhédrin et nous comprendrons l'intérêt qui s'attachait à ce point juridique. L'esclave coupable, c'est l'ambitieux fils d'Antipater; le maître, c'est Hyrcan I", vainqueur de ridumée. Le parti sadducéen veut absoudre Hérode et il écarte la responsabilité de la tête du soi-disant esclave iduméen, pour la rejeter sur son prétendu maître, c'est-à-dire sur le prince hasmonéen. Les Pharisiens maintiennent énergiquement, au contraire, au point de vue légal, la responsabilité personnelle d-Hérode,. *

Dans le même ordre d'idées, il faut mentionner une autre discussion théorique en apparence, trèspolitique en réalité. Une eau, pure en elle-même, perd-elle sa pureté en passant d'un vase pur dans un autre qui ne Test pas? Les Sadducéens le pensent; les Pharisiens le nient et ils reprochent aux premiers d'être illogiques avec eux-mêmes, car ils leur attribuent l'opinion qu'une eau peut être pure en sortant d'un champ plein de cadavres. Que signifie cette controverse et pourquoi la tradition l'a-t-elle conservée ? En voici le motif. L'eau pure, c'est la descendance hasmohéenne qui, pour être arrivée en la personne d'héritiers moins recommandables que les premiers Macchabées, ne s'est pas altérée cependant, quoi qu'en prétendent les Sadducéens, désireux de légitimer l'usurpation d'Hérode en discréditant la valeur morale

des derniers hasmonéens. Le champ de cadavres, ce sont les massacres sur lesquels Hérode a fondé son pouvoir, pouvoir que les Sadducéèns déclarent légitime et respectable, bien qu'il vienne de cette criminelle origine'.

Ainsi s'éclaircissent, à la lumière des faits historiques, ces controverses étranges que le Talmud nous a transmises avec un soin qui aurait dû cependant mettre en garde contre des préventions dédaigneuses les écrivains qui s'en sont occupés sans en rechercher le sens réel. — Gomme au temps des Macchal)ées,les luttes des partis revêtirent, sous Hérode, une forme singulière, mais on voit, par ces exemples, quel intérêt politique se cachait sous cette casuistique bizarre. C'était l'arme avec laquelle l'opposition pharisienne combattait le nouveau Tégime comme elle avait combattu l'ancien, et a&iblissait la monarchie dans l'esprit du peuple en développant^ en même temps, les aspirations démocratiques.

Cette opposition n'était pas sans péril. — Hérode voulait être obéi ; il n'hésitait pas à briser par la force

1. Voir sur ces curieuses contrQverses les intéressantes observations de M. Ab. Geiger, Urschrijfttmd Ùedersetzûngen der Bibel, liv^ II, eh. I.

toute résistance. Ce fut, pour les Pharisiens, un second Alexandre Yanaï. Les lois les plus sévères furent édictées afm d'annuler leur influence et leurs manifestations. On avait fermé les écoles, ou du moins on les avait soumises à des conditions qui en éloignaient les classes inférieures ; on supprima le droit de réunion et l'on interdit les associations particulières et les agapes où les Pharisiens avaient coutume de s'assembler ^ Des hommes apostés surveillaient l'exécution de ces mesures, arrêtaient et mettaient en prison ceux qui y contrevenaient.

Qu'y avait-il donc dans ces réunions pharisiennes et dans ces repas en commun qui put alarmer le gouvernement? Il faut l'expliquer, car c'est un des éléments delalutte obstinée duPharisaïsme contre le Sacerdoce, auprès duquel Hérode, par son alliance avec la famille de Boëthos, avait trouvé un appui qu'il ménageait.

Si nous avons bien fait comprendre le but de la réforme pharisienne, on sait qu'elle tendait, d'un côté, à modifier profondément le culte officiel en le décentralisant et même en l'individualisant, de l'autre, à supprimer le pontificat en en transportant la sainteté d'une famille privilégiée à l'ensemble du peuple. Cette entreprise était pleine de difficultés, mais le Pharisaïsme en avait posé le principe dès le jour du

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