D^i.''^Sp niaa Ton înl. — TaLmud, Rosch-haschanahj'n
2. Traite, /l^oife, cli. m, §, 22.— Nous signalerons plus loin le beau: principe de solidarité universelle que le Pliarisaïsme a fait sortir de ' cette doctrine, morale.
A towtes les époques où s'est produit un grand mouvement de réforme, les initiateurs des idées nouvelles ont cherché à en fixer la direction et à leur donner une base solide en les soumettant à un ensemble dérègles et de principes propres à guider les disciples futurs dans la marche delà doctrine vers le but final et dans l'application de la théorie à la pratique. Le choix d'une méthode apparaît alors comme une nécessité de premier ordre. C'est le point d'appui à la fois et le levier avec lesquels les réformateurs soulèvent leur nouveau monde.
Or, le Pharisaïsme avait été jusque-là un parti trop militant pour avoir pu s'occuper utilement de cette question. Sa doctrine reposait sur la tradition ; il lui avait suffi jusqu'alors, pour fermer la bouche aux contradictions, d'affirmer que ce qu'il enseignait venait de Moïse lui-même et s'était transmis, par la coutume, à travers les siècles; mais, en fait, il n'apportait pas de preuves à l'appui de l'authenticité des prétendus usages héréditaires dont il recommandait l'observation. Ce n'avait été, d'ailleurs, pour lui qu'un moyen, plus habile que fondé, d'échapper à la lettre stricte d'une loi qui n'était plus en rapport avec les besoins ni avec l'esprit du moment, et d'accomplir des réformes considérables sans être gêné parle texte du Pentateuque. Le but était trop important pour qu'on put se montrer trop sévère pour le procédé. L'adhésion générale de l'opinion qui en reconnut et en con-
sacra l'utilité, couvrit aisément ce que ce système extralégal avait de hasardeux et d'irrégulier. ''\
Mais, si les Sadducéens avaient tort de ne pas comprendre qu'il fallait, à tout prix, sortir, du cercle étroit de l'ancienne loi pour sauver le Judaïsme des périls dont il était menacé, ils avaient certainement raison eîi soutenant que les opinions et les institutions pharisiennes étaient des nouveautés aussi contraires à la lettre qu'à l'esprit de la législation mosaïque ; ils étaient même, au point de vue légal^, dans leur droit en les combattant.
Le grand art pour réduire leurs objections eût été de pouvoir les battre avec leurs propres armes^ en ' leur prouvant que les innovations pbarisiennes s'appuyaient aussi bien sur le texte de la loi sainement interprété que sur l'autorité des coutunies traditionnelles plus ou moins authentiques. Les docteurs évitaient de se placer sur ce terrain où ils se sentaient peu solides. Après tout, le peuple était avec eux et les Sadducéens eux-mêmes avaient fini par se soumettre, du moins en public, pour ne pas exciter, par de nouvelles résistances, les passions populaires. Mais, depuis l'arrivée au pouvoir des Boëthusiens, dialecticiens beaucoup plus habiles que les Tsadokites, les discussions doctrinales avaient pris une vivacité et étaient conduites avec une logique qui n'étaient pas sans danger. .
Hillel entreprit de mettre la loi écrite d'accord avec
la loi orale et d'enlever ainsi aux ennemis du Pharisaïsme cette arme de la légalité dont ils se servaient contre lui avec tant de persistance. C'est dans ce but qu'il s'efforça, par sa méthode d'interprétation, de satisfaire les scrupules des partisans de la légalité, tout en donnant une grande impulsion à la liberté d'examen. Chose étonnante ! il réussit dans celte tâche ardue. Il parvint à terminer tout d'un coup la longue querelle du Sadducéisme et du Pharisaïsme qui, pendant deux siècles, avait fait si souvent couler des flots de sang. Après ïïillel, en effet, il ne fut plus question de lutte violente entre les deux partis ; ils restèrent encore séparés dans la société politique où leurs intérêts étaient naturellement contraires; mais, sur le terrain des doctrines, l'histoire ne nous les montre plus aux prises.
Hillel nous apparaît ainsi, entre les partis adverses, comme un de ces hommes de transaction et de paix qui, poursuivant la laborieuse conciliation delà liberté et de l'autorité, trouvent une formule heureuse où l'esprit de conservation se combine avec l'esprit de progrès, de telle sorte que l'ancien régime puisse accepter l'ordre nouveau et désarmer sans humiliation et sans rancune.
ni
Il ne faut pas demander à la méthode d'IIillel les
hautes conceptions philosophiques de la science moderne. Nous sommes en Orient, au milieu des subtilités scolâstiques des sectes juives. Là philosophie religieuse n''a pas encore brisé le cercle étroit de la vieille théocratie et elle n'en sortira pas de longtemps. C'est beaucoup que l'esprit humain s'essaie alors à la liberté dépenser et de croire par les moyens singuliers qui sont à sa disposition. Aussi ce qu'il fautremarquer dans Tentreprise d'Hillel, c'est moins la. formule qu'il a donnée à sa pensée, que cette pensée elle-même et le but qu'il poursuivit.
Il voulut faire du Pharisaïsme.une science et assurer à la réforme, désormais triomphante dans les faits, Tautorité légale qu'on pouvait, à bon droit, lui contester. La chose est assez considérable, ainsi définie, pour expliquer l'influencé qu'Hillel a exercée et le nom illustre qu'il a laissé.
"La méthode du savant docteur est connue sous le nom des «sept règles y) {Schébah Midothf. Le principe général sur lequel elle est fondée, c^est que, dans l'interprétation d'un texte, il ne faut pas exclusivement, suivant l'usage sadducéen, s'en tenir à l'expression littérale; il est indispensable de rechercher, en outre, l'intention de l'écrivain, les rapports du texte cité avec d'autres textes, les raisons qui permettent d'appliquer à d'autres cas, par analogie ou par exten-
1. Tosifla Sijnhédrin, cb. vu. — Aboth ùel^. Nalhan, ch. xxvii.
sion logique, le principe posé, les similitudes et les contradictions qui résultent d'autres passages bibliques, en un mot, tout un ensemble de considérations et de circonstances ambiantes qui, mieux encore que la lettre stricte, donnent à la pensée sa véritable signification et à la prescription légale sa véritable portée. De cette observation générale, Hillel a déduit les sept règles logiques suivantes : 1° Possibilité de conclure d'un sujet à un autre par argument a fortiori ; T Analogie des sujets; 3° Examen d'un principe contenu dans un seul texte ; 4° Comparaison dé plusieurs textes contenant des principes semblables ; S° Rapport dé cas généraux avec un cas particulier qu'ils démontrent; 6° Citation d'exemples; 7° Sens général résultant de l'ensemble d'un passage \
On entrevoit sans peine ce qu'une telle méthode d'exégèse pouvait produira entre les mains de dialecticiens retors, aussi rompus à la controverse que l'étaient les docteurs -pharisiens. Grâce à ces procédés de discussion, en puisant dans le vaste réservoir biblique, œuvre de tant d'écrivains successifs, où les inspirations des prophètes avaient imprimé une si large impulsion aux idées primitives, on pouvait faire sortir de la lettre écrite à peu près tout ce
1. Ces sept règles sont formulées dans la scolastique juive sous les dénominations suivantes; 1». Kal-va' homer; 2". Guézérath Schavé; 3". Binian àb mi-katoub échad; 4". Binian db mi-schéné kétouhim; 5». Kélal ou-pherat; 6". Ka-iotsé ba mi makom acher; T. Dabar ha^lamed mé-iniano.
qu'on voulait. C'était la liberté d'examen dans le sens le plus complet possible. Hillel ne la soumettait à des règles précises, que pour donner plus de force et d'autorité à tout ce que la réforme pharisienne avait pu concevoir et réaliser. En cela, il mit le sceau à l'œuvre si laborieusement poursuivie depuis tant ^l' années, et il ne faut pas s'étonner si le Pharisaïsme reconnaissant réleva à la hauteur d'Ezra dont il l'appela « le )) disciple \ »
La méthode d'Hillel était en efCet le complément de la réforme inaugurée par les fondateurs du second temple. Elle constituait la formule scientifique du rationalisme dont ils avaient posé le principe et dont le parti pharisien avait assuré le triomphe.
L'illustre docteur ne resta pas dans les abstractions théoriques de l'exégèse qu'il avait créée. 11 donna l'exemple qu'on pouvait en faire en poursuivant à son tour la lutte séculaire du Pharisaïsme contre le Sacerdoce. La grande discussion qu'il soutint devant le Synhédrin et qui amena son élévation à la dignité de Nassi, portait précisément sur une question intéressant les prérogatives sacerdotales. C'est là qu'il eut l'occasion de développer, pour la première fois,