Talmud, SIénacholh, 6b, a. — Méguillath, Taanith. r
Ces faits prouvent une fois de plus avec quelle persévérance le Pharisaïsme continuait la guerre contre le Sacerdoce^ guerre qui ne cessa que lorsque l'institution pontificale eut entièrement disparu.
■Hillel, qui fut, parmi les docteurs, l'Aigle de la Synagogue, eut, peut-être, cependant, moins d'action dans le monde des faits que dans le monde des idées. Il dirigeait avec éclat le mouvement intellectuel de son temps, mais Schammaï, son collègue, était plus mêlé que lui au mouvement politique. Plus près du peuple, il exerçait parmi les masses une influence aussi décisive qu'Hillel parmi les savants. Les disciples de Schammaï, de leur côté, sans négliger plus que ceux d'Hillel les hautes études, participaient beaucoup plus que ces derniers à la vie et aux passions de la foule. Le peuple partageait ses sympathies entre les deux docteurs, mais, s'il admirait Hillel, il était plus attaché à Schammaï qui répondait mieux à ses aspirations secrètes. .
L'orage où devait s'engloutir la Judée montait alors à l'horizon. L'agitation des esprits à l'intérieur attestait l'effort encore latent du parti révolutionnaire, ayant fatalement la démagogie pour complice et l'anarchie pour résultat. Ai l'extérieur, des signes mena-
çaats présageaient des complications fatiales à la nationalité juive. Hillel, effrayé de ces symptômes, faisait, dans le sein du Synhédrin^ tout son possible pour modérer les partis impatients et prêcher à tous la paix comme le seul moyen de préserver le Judaïsme d'une inévitable catastrophe. Schammaï favorisait, au contraire, les idées républicaines, ne voulant pas qu'on fit des concessions aux ennemis de la religion et de la patrie. En montrant une telle énergie, il était entièrement dans le courant de l'opinion. L'heure n'était pas éloignée, en effet, où les modérés ne pourraient plus contenir les exaltés et où les hommes de la révolution violente repousseraient tous les conseils de la sagess,e.
Ni Hillel ni Schammaï ne devaient assister à ce déchaînement des partis extrêmes,, où leurs disciples jouèrent un rôle important. La date de la mort de Schammaï n'est pas bien connue ; mais Hillel mourut l'an 5 avant l'ère chrétienne, deux ans avant la mort d'Hérode et précisément au moment où Jésus allait naître '.
Sa mort fut un deuil public. Les paroles prononcées sur sa tombe le peignent éloquemment : « Il est mort, » le pieux, le doux docteur, le disciple et le contintia- » leur d'Ezra-. » Comme témoignage éclatant de la
1. Il faut remarquer que la uaidsanr.e de Jésus est antérieure de quatrp années à la chronologie officielle de Tère clirétienne; il est (lôîifcnic l'an 4 avant l'ère vulgaire. /'■^^ .
reconnaissance nationale, on décida que la prési-. dence du Synhédrin serait héréditaire dans sa famille. On constitua ainsi, en Thonneur de cet homme éminent, une sorte de royauté de la Science qui dura près de quatre siècles, et l'on mit sur sa tête et sur celle de ses descendants, cette « couronne de la loi » qui, diaprés le principe pharisien, était si supérieure à celle de la royauté et du sacerdoce ' .