Josèphe, ^wi?., liv. XVIII, ch, i
•les déprédations à leurs revendications, mais d'un parti sérieux, redoutable, avec lequel il fallait compter, qui eut d'ailleurs assez d'influence pour soulever le peuple entier et entraîner même les classas élevées par l'irrésistible impulsion du sentiment public ■" .
L'apparition de ce nouveau parti militant détermina dans le sein du Pharisaïsme une scission beaucoup plus grave que ne pouvaient le faire de isimples dissentiments de doctrine.
Nous avons dit combien différaient, dans leur caractère, dans leur enseignement et dans leurs tendances, Hillel et Schammaï. Leurs écoles héritèrent de leur esprit. Celle de Schammaï exagéra encore, s'il était possible, les habitudes du maître. Les disciples d'Hillel continuèrent sa tradition. Ils restèrent des hommes de paix, évitant tout ce qui pouvait exciter la discorde ou provoquer la guerre, mettant au-dessus de tout, comme leur maître, l'amour de Dieu et l'amour de l'humanité. Les disciples de Schammaï, au contraire, apportaient dans les moindres discussions des allures • tranchantes et batailleuses qu'ils avaient aussi dans la vie publique. Ils professaient pour les étrangers.,^ une antipathie invincible. A l'exemple de leur maître, loin d'attirer les prosélytes, ils les repoussaient brutalement. De là à partager la haine des
1. Josèphe, qui se montre si sévère, finit par entrer lui-même dans le parti des Zélateurs, comme on le verra plus loin.
LES PHAMS^ENS. 409
masses contre les dominateurs païens, il n'y avait qu'un pas. Il fut rapidement franchi. Les Schàmmaïstes firent cause commune avec les Zélateurs et donnèrent, dans la personne de Tsadok,' un de ses chefs au parti républicain religieux que constitua Judas le Gaulonite. à l'occasion du cens de Quirinus. -
Cette attitude de l'école de Schammaï donna au mouvement révolutionnaire une force qu'il n'aurait pas eue sans cela. Le peuple, si dévoué auPharisaïsme, aurait peut-être hésité si tout le parti pharisien s'était uni pour lui conseiller la patience et la soumission; mais, quand il vit la fraction la plus active du Pharisaïsme faire écho aux revendications démocratiques, il se jeta dans les râiigs des Zélateurs avec un enthousiasme que rien ne put arrêter désormais.
Les Schàmmaïstes obtinrent ainsi une grande popularité. Les Hillélistes eurent le sort de tous les partis modérés dans les temps de révolution : ils furent dépassés et bientôt délaissés par la foule dans les régions paciffques où ils se maintenaient. La majorité du Synhédrin elle-même penchait plutôt du côté des premiers que des seconds ; le, pression de l'opinion, grâce à la publicité des séances, poussait chaque jour l'assemblée dans le sens des partis extrêmes. Les décisions synhédriales, emportées de haute lutte par les disciples de Schammaï, étaient accueillies par le peuple avec la plus grande faveur, bien que, généralement conçues dans un sens res-
trictif plutôt que dans un sens libéral, eUes eussent pour but d'aggraver les prescriptions légales et les pratiques du culte par des interprétations rigoureuses \ Il est vrai que, si les Schammaïstes formulaient sur les devoirs de pureté lévitique des exagérations qui les rapprochaient de FEssénisme^ ; s'ils professaient, pour l'observation du jour de repos, des opinions excessives qui allaient jusqu'à interdire, en ce jour,- l'instruction des enfants, les soins des malades, la consolation des affligés et même l'aumône ^ ; d'autre part, favorisant les tendances belliqueuses des Zélateurs, ils dispensaient formellement les soldats juifs de toutes les rigueurs sabbatiques, lorsqu'ils étaient engagés dans une guerre contre les ennemis de la patrie et de la religion *. La haine de l'étranger l'emportait ainsi à leurs yeux sur les obligations religieuses. Inflexibles dans l'observation de la loi en temps ordinaire, ils transigeaient avec leur conscience dès qu'il s'agissait de frapper les oppresseurs d'Israël.
Cette nouvelle direction du Pharisaïsme fut vivement combattue par l'école pacifique d'Hillel; mais elle eut le peuple pour elle, et les modérés durent s'incliner devant les résolutions souveraines de la majorité du Synhédrin.