Tosifta Eroubim, ch. m, — Schabbath, 19, a
LES PHAiUSIENS. 4ii
Le parti pharisien se trouva dès lors diyisé en deux fractions que séparaient les principes les plus fondamentaux, et le débat fut presque aussi vif entre les deux écoles qu'il l'avait été av«c les Sadducéens.
En réalité, les Hillélistes conservaient la vraie tradition pharisienne. Les ScHammaïstes eii étaient la déviation et l'exagération malheureuse.
On se rappelle, en effet, ce qu'étaient les Pharisiens tels que nous les avons décrits depuis leur origine. Ils représentaient cette bourgeoisie intelligente et libérale, toujours conservatrice par instinct et par intérêt, mais qui, malheureusement, oscille sans cesse de la liberté à l'autorité, et fait presque toujours le jeu de la révolution lorsqu'elle revendique les droits de la liberté, ou le jeu du despotisme lorsqu'elle veut maintenir les prérogatives de l'autorité. Les Pharisiens, que, dans l'ordre religieux, nous avons nommés les Protestants du Judaïsme ^ pourraient aussi exactement en être appelés /e5 OzVowi/ms dans l'ordre politique. Pour combattre lé Sacerdoce et le Pàtriciaty pour faire arriver au pouvoir le tiers-état libéral et réformateur, ils avaient imprimé une vive impulsion aux idées démocratiques. Ces idées avaient grandi, à leur tour; elles avaient enfanté un radicalisme politique et religieux dont les pacifiques docteurs n'étaient plus maîtres^ et qui les entraînait fatalement à l'abîme avec l'ensemble de la nation. ,
Ils virent bien le danger et cherchèrent à. réagir
contre le mouvement désordonné où tout menaçait de
s'engloutir dans un vaste désastre. Gomme lès vrais lil)éraux de tous les temps, après avoir lutté contre l'aristocratie pour conquérir la liberté, ils tentèrent de faire entendre à la multitude la voix de la raison, afin de sauvegarder la société. Vains efforts! ceux qui assumèrent cette mission ingrate, devinrent suspects à la foule, malgré leurs services. Si le dévouement qu'elle conservait pour les Pharisiens en général préserva les disciples d'Hillel des excès de la populace, il est certain qu'ils perdirent beaucoup de la considération et de la confiance qu'ils inspiraient, tandis que les disciples de Schammaï, énergiques instigateurs du parti populaire, étaient acclamés comme les vrais défenseurs de la patrie et de la loi. Quant au pontificat et à l'aristocratie sadducéenne, leurs représentants étaient, plus que jamais, aux yeux du peuple, des ennemis et des traîtres. Leur perte était d'avancé résolue et le moment n'était pas éloigné où, les Zélateurs, semblables aux Terroristes de 93, noieraient l'institution sacerdotale et patricienne dans le sang de ceux qui en étaient la plus haute expression.
Le grand prêtre Yoazar, de la famille de Boëthos,
qui portait la tiare lorsque Judss le Gaulonite vet Tsadok soulevèrent le peuple, avait fait tout son possible pour empêcher une rébellion qui ne pouvait aboutir qu'à des catastrophes. Il était, par suite, devenu odieux à la foule. Quand Quirinus eut çomprinié la sédition, il lui fallut donner, à cet égard, satisfaction au sentiment public. Yoazar fut destitué et Hanan, de la famille de Seth, fut nommé à sa place*.
Chose singulière! malgré lia décadence morale et l'impopularité du Sacerdoce, nous le voyons, tout d'un coup, reprendre la puissance qui lui avait échappé et reconstituer^ à son profit, un gouvernement aristo-cratique analogue à celui qui précéda Tépoque des Macchabées. Cette restauration inattendue est, à coup sûr, un fait étrange. L'histoire ne nous dit pas comment et par quelles circonstances elle fut amenée ; mais Josèphe l'affirme en des termes qui ne permettent aucun doute. « Après la mort d'Hérode et » d'Archelaus, » dit-il, «le gouvernement de notre na^ » tiôh redevint aristocratique et ce furent les grands » prêtres qui possédèrent la principale autorité ^ »
La chose cependant s'explique parl'analogie des situations où se trouvait la Judée sous le gouvernement des Syriens et sous celui des Romains. Devenue une province romaine, elle fut naturellement administrée, au point de vue politique, par les procurateurs im-