VI
Après la répression de la révolte provoquée par rétablissement du cens, Coponius ne resta pas longtemps gouverneur de Judée. Il fut remplacé par Marcus Ambivius, qui, lui-même, eut pour successeur Annius Rufus, pendant le gouvernement duquel Auguste mourut.
Tibère monta sur le trône impérial (an 14, de l'ère vulgaire). Il nomma gouverneur de Judée, à la place de Rufus, Yalérius Gratus, dont Tadministration dura onze ans (de 17 à 28), et à qui succéda Ponce Pilate.
Jusqu'à ce dernier procurateur, il ne se passa aucun événement important. Les gouverneurs romains avaient assuré Tordre intérieur grâce aux forces mises à leur disposition. Ils avaient continué à choisir à leur gré les grands prêtres, puis à les destituer sans façon. Le sacerdoce semble même être devenu alors une fonction annuelle, car on voit tous les ans un nouveau pontife en exercice. Ainsi Gratus, ayant enlevé le pontificat à Hanan, le donna à IsmaëlbenPhabi, qu'il déposséda au bout d'un an au profit d'Éléazar, fils d'Hanan. Un an après, il ôtala tiare à ce dernier pour la remettre à Simon,flls deCamith, à qui succéda, un an plus tard, Joseph Kaïapha, ou Gaïphe, celui qui joua un rôle si mémorable dans le jugement de Jésus.
Pendant que la tétrarchie de Judée et de Samarie était ainsi régie comme province romaine, Philippe et Hérode gouvernaient paisiblement leurs tétfarcliies respectives, qu'ils fortifiaient et embellissaient à la fois, entretenant avec les Romains les relations les plus intimes, élevant des villes en l'honneur des Césars, leurs alliés et leurs amis \ Quant à Agrippa, le fils d'Archélaûs, qu'Auguste avait trouvé trop jeune pour régner, il grandissait à Rome, où il achevait son éducation, très-lié avec Drusus, fils de Tibère, menant la vie dissipée des jeunes patriciens et faisant des dettes en attendant de conquérir un trône qui lui permît de les payer ^
C'est dans ces circonstances que Ponce Pilate arriva en Judée. Lors de son entrée à Jérusalem, il se produisit un fait qui peint l'état des esprits. Les étendards des troupes qu'il avait fait venir, de Césarée portaient l'image de l'empereur. Le fait fut dénoncé par les Zélateurs comme une profanation ; ils disaient qu'en promenant ces drapeaux devant le peuple, on voulait forcer les Juifs' à honorer le simulacre impérial et à accomplir ainsi une pratique païenne. L'émo- ^ tion arriva à tel point qu'une démarche fut tentée'^ auprès de Pilate pour le prier de ne pas laisser ces drapeaux dans la ville sainte. Le procurateur, qui ne comprenait rien à ces singuliers scrupules, fit envelop-