Légmn ÀUegovix, iii
2. QùàdaDéo mittuntur somnia. .• Z.^iàgwm, Àllegoriss., — BeChériibim, — De specialibus legibus,-
pmsinii ' ■ j'-^' ■ '
LES PHARISIENS. 4b7
Nous ne pouvons qu'effleurer ici le système symbolique de Philon, en en indiquant sommairement les origines et le but général. Pour l'exposer avec plus de détails, nous devrions sortir de l'objet de cette étude. Il nous suffit de définir par quels moyens le philosophe, alexandrin cherchait à convaincre les sages de son temps de la supériorité du Judaïsme.
Mais, s'il y avait, dans ces caprices de Timagination, l'avantage de pouvoir faire accepter plus aisément par les philosophes les principes du Mosaïsme, en en transportant les termes du réel à l'idéal, il y avait aussi un grand danger au point de vue de robservation de ces principes comme religion positive. Si tous les faits, tous les préceptes de la Bible ne sont que des symboles, à quoi bon y croire ? à quoi bon les respecter? S'attacher à la vérité abstraite dont ils ne sont que l'enveloppe, doit suffire. La foi ni la philosophie n'ont évidemment plus be|pin ni d'un culte ni d'un autel. C'est bien là en effet la conclusion logique du système de Philon. Il est convaincu que la raison seule a assez de force pour Imener leà hommes au monothéisme, sans qu'ils aient besoin de se soumettre formellement à la loi juive. Ils seront Juifs par cela même qu'ils arriveront à la connaissance du vrai Dieu '. ,
On ne saurait trop remarquer ici combien, de tous côtés, le Judaïsme s'efforçait de rendre facile aux
■ ■■ V'V ï. Michel Nicolas, Doctrines j;:eligieuses des Juifs, p. 153.
païens Taccès du sanctuaire de Jéhovah. Cette formule de Philon n'est que la traduction philosophique de la maxime pharisienne qu'on a lue plus haut et d'après laquelle on reconnaissait comme Juif quiconque abandonnait l'idolâtrie. Le philosophe alexandrin et le Pharisaïsme ouvraient ainsi la voie que suivit ensuite, avec tant d'habileté et d'énergie, l'apôtre des Gentils, lorsque, pour faire accepter le Christianisme par les nations païennes, il les affranchit sans réserve des prescriptions gênantes de l'ancienne loi.
Néanmoins, ce libéral système n'était pas sans inconvénient; il était évidemment de nature à ébranler la foi des Hébreux eux-mêmes en leurs traditions les plus sacrées. Le Pharisaïsme avait évité le péril, en n'admettant pas encore dans toute la plénitude de l'alliance d'Israël, « le prosélyte de la porte », qui axait simplement renoncé au culte des idoles. Phi- Ion se préoccupa également de la portée qu'on pouvait donner à ses déclarations ^ . Aussi fait-il les plus grands efforts pour démontrer que^ plus les principes de la loi sont élevés quand on les considère comme l'expression des grandes vérités philosophiques, plus on
1. Il était d'ailleurs lui-même très-attaché aux traditions paternelles. Chaque fois qu'il allaita Jérusalem, il se rendait au. temple et y faisait des offrandes (Qr^tz, ib. p. 300). Il répète souvent dans ses écrits que le vrai Dieu n'a pas d'autre sanctuaire que le temple de Jérusalem. {D6 monarchiàiXl, 1-3.— Legatio apvd Coïttm^§ 36.)
leur doit d'obéissance. « Il y a deux choses, » dit-il, -^« qu'il faut considérer: la vérité de la loi et la loi » elle-même. La première esil'iàme ; la seconde est le » -corps. De même qu'il faut soigner le corps comme » étant le siège de l'âme, de même il faut rester » soumis aux lois positives \ » Philon partage, également, toutes les idées des prophètes et des docteurs pharisiens sur la mission providentielle qui est réservée aux enfants d'Isra,êl. « Ils sont les pontifes et les prophètes de l'humanité tout entière ^. » Or, pour accomplir cette œuvre magnifique et devenir les instituteurs du genre humain, il importe qu'ils connaissent bien eux-mêmes le sens spirituel de leur loi ' .
A tous ces points de vue^ Philon fut, dans l'ordre philosophique, l'auxiliaire le plus influëiit de la propagande que le Pharisaïsme ;fatsaif dans l'ordre religieux. Au fond, il poursuivait le mênie but, aussi bien dans le monde païen, en attirant au Judaïsme les penseurs du Paganisme, que dans la société juive, en spiritualisant, au plus haut degré, les croyances , et les pratiques de l'antique religion du Sinaï. . Lui aussi mettait la prière bien au-dessus des sacrifices et l'offrande du cœur bien au-dessus de i'offrande des mains. Il affirmait j à l'exemple des docteurs
i. De Cherubim h
2. r-rcèp (ÎTîavTOî àvBptoitwv ysvouç £epQ!TuVT;v %zl itpoipr^xéwv. {De Abrah. 19.) ^. De prxmiis et pœhiSi% iS.
pharisiens, que lé culte doit consi ster essentiellement en chants pieux inspirés par une adoration sincère, plutôt qu* en formulés banales récitées machinalement du bout des lèvres \
Ses travaux exégétiques avaient d'ailleurs beaucoup d'analogie avec ceux des écoles juives de la Palestine. Le principe d'où il part pour interpréter, le livre saint, est exactement le même que fit prévaloir le célèbre Akiba à l'école de Yabné, et qui fut adopté par le Pharisaïsme. tout entier pour l'explication de la Bible. Pour lui, comme pour les docteurs de Yabné, le texte biblique est aussi sacré que l'inspiration. Il n'y a pas une phrasé, pas un mot, pas un signe qui ne soient une émanation de l'esprit saint et n'aient un but et un sens profond *. Grâce à une dialectique habile, aidée d'un symbolisme excessif, on comprend tout ce qu^Philon pouvait faire sortir de la lettre des saintes Écritures, dans l'intérêt > denses doctrines philosophiques. De même on verria plus tard tout ce qu'en tirèrent lessdocteurs pharisiens au profit des innovar tions radicales de la loi traditionnelle ^^