Josèphe, liv. II, ch. xii
fallait soigneusement s'affranchir. Une fraction de l'Essénisme admettait cependant l'union légitime des sexes, pour obéir à la loi de Dieu qui a prescrit au genre humain « de croître et de multiplier » ; mais ceux qui se mariaient, ne le faisaient qu'au bout de trois années pendant lesquelles ils avaient pu se rendre compte des mœurs de celle dont ils voulaient faire leur compagne. Quant à celle-ci, en épousant un Essénien, elle- prenait l'engagement de se soumettre, comme lui, aux lois de la pureté la plus sévère.
C'étaient, d'ailleurs, des modèles de vertu, de probité, de désintéressement et de stoïcisme. « On peut » , dit Josèphe, « ajouter plus de foi à leur simple parole » qu'aux serments de tous autres. » Ils proscrivaient en effet tout serment à l'égal d'un parjure. On se souvient qu'Hérode, lorsqu'il exigea du peuple un serment de fidélité, en exempta les Esséniens, pour ne pas blesser leurs scrupules de conscience K
Avec de telles idées sur les devoirs de la vie, ils ne pouvaient professer que la plus haute doctrine spiritiialiste. L'immortalité de l'âme, sa responsabilité
i. Josèphe, Antiq.y liv. XV, ch. 3.
dans une autre vie, étaient naturellement leur dogme et leur espérance. Pour eux^ la mort était une délivrance qui ouvrait les portes de rÉternité; ils la voyaient arriver sans crainte; ils la bravaient héroïquement, ne reculant pas devant le martyre quand il fallait sacrifier la vie à leur devoir et à leur foi *.
Le peuple, frappé de leur sainteté presque surhumaine, leur attribuait un pouvoir merveilleux. Dans les époques calamiteuses, c'est à eux qu'on recourait pour intercéder auprès de l'Éternel^. Que les Essé- > niens eussent la réputation de faire des miracles à une époque où tout le monde avait la prétention d'en faire, et lorsqu'il y avait partout des magiciens exploitant la créduhté publique, à Rome, en Asie, en Egypte aussi bien qu'en Judée, cela ne peut nullement surpendre; tous les hommes de Dieu en avaient fait, et la foule voyait volontiers dans les Hassidim Esséniens les successeurs des anciens prophètes, comme eux inspirés de l'esprit saint, (Rouah-ha-Kodesch), « maîtres de l'œuvre », {Ansché-Maasséh). Ge qui est plus certain, c'est que les Esséniens étaient profondément versés dans les études médicales et connaissaient les vertus spéciales des plantes et des minéraux comme = moyens curatifs ^ Toutefois, en cet âge de superstition
. 1. JosÈPHE, Gwer/'edes /î«/s, loc, cit. ..
2. C'est aiasi, comme on l'a yu plus haut, que le peuple arracba l'Essénien Onias à ses pieuses contemplations, pour faire cesser, par ses prières^ une longue sécheresse. (Talmud, Taanith. 19. a.)