‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 253 sur 500 · Matthieu, ch, XIX · texte numérisé non relu

Matthieu, ch, XIX

religieuse, la base de la doctrine la plus' admirable et

de l'apostolat le plus élevé.

Au reste, il est, dans les Évangiles, un. signe symptomatique qui suffirait, à lui seul, pour prouver Fintimité des rapports qui unissaient les Esséniens au grand docteur de Galilée. Il y apparaît sans cesse en discussion avec les Sadducéens, les Pharisiens et les Scribes; mais jamais un mot ne sort de ses lèvres contre l'Essénisme ; jamais un Essénien ne vient soit l'interroger, soit le contredire. A quel titre, en effet, eùt-il trouvé uii adversaire dans cette secte pieuse dont il exprimait la pensée, dont il affirmait si brillamment les convictions et dont il popularisait les pratiques?

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L'Essénisme, cependant, était une doctrine trop idéale, trop abstraite, pour s'emparer fortement de l'esprit des masses. Elles étaient, d'ailleurs, trop fermement attachées au Pharisaïsme, dont les idées libérales concordaient si bien avec tous leurs sentiriients. C'est en vain qu'on eût tenté d'altérer leur affection et leur dévouement pour ces docteurs de la loi qui, depuis des siècles, étaient les inspirateurs et les défenseurs du peuple. Jésus ne l'essaya même pas. Il tonna contre la corruption des mœurs ; il poursuivit de ses

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courageuses censures les vices de son temps, l'hypocrisie des comédiens de religion, Tavarice des riches, l'injustice des puissants; il se fit le champion des faibles et des opprimés; il apporta à tous les cœurs souffrants la parole d'amour et de consolation; mais, s'il blâmait les actes des chefs spirituels du Judaïsme, il approuvait hautement leurs doctrines et les recommandait au respect de tous. « Les Scribes » et les Pharisiens, » disait-il à la foule et à ses disciples, « siègent sur la chaire de Moïse. Tout ce qu'ils î vous disent, il faut le faire et l'observer..., mais ils » agissent autrement qu'ils n'enseignent ^ »

Cette pensée fondamentale, toute la vie de Jésus la confirme. Il ne se pose point en réformateur qui vient modifier le Judaïsme, mais en moraliste qui vient l'épurer en remettant en honneur les beaux principes spiritualistes des prophètes d'Israël. Il prêche la charité, l'amour de Dieu et du prochain, la vertu dans sa plus haute acception, l'humilité, la douceur, la patience. Comme Isaïe, Osée, le Psalmiste, les hommes du grand Synode et tous les pères du Pharisaïsme, ce n'est pas dans les sacrifices sanglants, mais dans l'élan du cœur; ce n'est pas dans les pratiques extérieures, mais dans l'adoration, la piété, la contrition et le repentir, qu'il fait consister le vrai culte dû à l'Éternel. Il vient, en un mot, ramener le peuple dans la voie qui conduit à Dieu, en lui rappelant les vérités

1, Matthieu, cli, xxxm, 2.

sublimes des livres saints. Il ne veut pas changer la loi ni l'abolir; il veut, au contraire, raccomplir sans réserve. « Le ciel et la terre passeront, » dit-il, u avant » qu'un seul iota de la loi divine soit supprimé ^ » Tout son enseignement proclame, en effet, le devoir impérieux d'obéir à la loi, si l'on veut atteindre la perfection en ce monde et la récompense dans le royaume des cieux.

J'ai longuement établi, dans mon livre des Déicides, la similitude complète de la doctrine de Jésus avec la doctrine traditionnelle du Judaïême. Les principes, les idées, les expressions même, tout est identique ^. Ce qui donne toutefois à la prédication de Jésus un caractère à la fois plus élevé et plus solennel, c'est qu'elle est le résumé complet et magnifique de tout ce que l'inspiration et la sagesse des temps et des hommes qui l'ont précédé, avaient produit. C'est la synthèse admirable où se concentrent et s'illuminent toutes les vérités morales qu'Israël avait déjà reçues par la révélation ou par la tradition. Comme il le dit éloquemment, il ne vient ni les combattre ni les détruire ; il les raffermit et les complète en les exposant sous leur forme la plus pure et la plus saisissante.

C'est pour cela qu'on le voit déclarer en termes si formels qu^ilfaut écouter les docteurs pharisiens parce qu'ils parlent « du haut de la chaire de Moïse »,

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