Matthieu, ch. xxm
vrais sages du Pharisaïsme n'avaient pas attendu cette juste flagellation de l'hypocrisie religieuse, pour condamner hautement les faux pharisiens, « les pharisiens teints », suivant la spirituelle expression d'Alexandre Yanaï, qui couvraient, les plus mauvaises passions du masque de la piété *. Comme Jésus, les docteurs éminents s'éloignaient de ces hommes à double face, qui cherchaient à capter la confiance publique en s'affublant mensongèrement du manteau pharisien, et qui ne pouvaient que compromettre la cause dont ils affectaient d'être les plus ardents défenseurs. Ils dénonçaient publiquement ces simagrées de dévotion comme un acte coupable digne de la colère divine ^.
i. Nous avons cité dans les Déicides (page 175), et nous devons reproduire ici, le passage original du livre traditionnel du Pharisaïsme, où les faux dévots sontpeintsen termes aussi vifs que pittoresques. « Il y a sept sortes de Pharisiens: 1° Les forts d'épaules ; ils écrivent » leurs actions sur leur dos pour se faire honorer des hommes ; 2° les » bi'oncheurs, qui vont par les rues traînant, pour se faire remarquer, » les pieds contre terre et les heurtant sur les cailloux ; 3» les cogne- » têtes qui ferment les yeux pour ne pas voir les femmes et se co- » gnent le front contre les murs ; 4° les humbles renforcés, qui « marchent plies en deux ; ,5" les Pharisiens de calcul, qui n'obser- » vent la loi que pour les récompenses qu'elle promet ; 6o les Phari- » siens de la peur, qui ne font le bien que dans la crainte du châli- » ment ; 7° les Pharisiens du devoir ou les Pharisiens d'amour. » Ceux-ci seuls sont les bons ; parmi les autres, il n'en est pas un qui » soil digne d'estime. » (Tauiud, Sotà 22, h.)
2. « Le tribunal suprême, » dit un autre passage caractéristique, « saura punir les hypocrites qui s'enveloppent du voile sacré (taleth) » pour se poser en vrais Pharisiens, et qui ne le sont pas. » (Talmud, ibid.)
Du reste, si Jésus critiquait à bon droit l'attitude de certaines gens qui faisaient profession de Pharisaïsme, les Pharisiens, de leur côté, lui adressaient des observations qui ne manquaient pas de fondement.
Ainsi, bien qu'ils admissent, en général, la violation du sabbath, en cas de nécessité urgente *, ils s'étonnaient de voir Jésus et ses disciples se montrer, à cet égard, d'une indifférence qui paraissait systématique^. Ainsi encore, ils avaient peine à comprendre comment un maître aussi initié que Jésus aux pratiques de l'Essénisme, négligeât, généralement, les soins de pureté traditionnelle, l'ablution des mains avant le repas, la purification des vases servant à l'alimentation, le choix des mets permis ou défendus ^. Ses réponses à ces observations ne sauraient être trop admirées. « Ce qui entre dans le corps, » disait-il, « ne n souille pas l'âme ; ce qui la souille, ce sont les vi- » ces et les passions. » — « La vraie pureté ne consiste » pas à se laver les mains avant de manger, mais » à préserver son esprit du mal ^\ » En disant cela, il restait sans doute très-supérieur à ceux qui discutaient avec lui. Leur divergence venait de ce
1. On a vu, dans l'histoire d'Hillel, que Schémaïa et Abtalion n'avaient pas hésité à soigner et à réchauffer leur jeune disciple le jour du sabbath. — Schammaï lui-même admettait la violation du sabbath pour la défense du pays.