II
oO LES PHARISIENS.
N'oublions pas qu'il existait à cette époque deux Pharisaïsmes très-distincts, celui d'Hillel et de son école, tolérant, libéral, pacifique, enclin à l'indulgence et supportant, avec beaucoup de mansuétude et de patience, les contradictions de ses adversaires; et celui de Schammaï et de ses disciples, violent, fanatique, intolérant, partisan de la répression rigoureuse, n'admettant pas d'opposition. Il est possible que les Schammaïstes se soient plus ou moins ouvertement associés aux ennemis de Jésus ; mais on peut affirmer que les Hillélistes ont tenu une conduite beaucoup plus modérée ; l'Évangile lui-même en fournit la preuve en des occasions importantes.
N'oublions pas non plus que, par suite de la nouvelle organisation de l'État juif, les grands prêtres étalent redevenus les chefs du pouvoir. Le i)arti des docteurs avait, encore une fois, perdu beaucoup de son influence et de son autorité dans le gouvernement. Il n'avait plus ni l'initiative des poursuites en cas de délit, ni le pouvoir de les arrêter. L'administration était tout entière aux mains du Sacerdoce et du Sadducéisme, son éternel allié. Or, les véritables ennemis de Jésus étaient les Sadducéens, c'est-à-dire le parti des riches contre lesquels il tonnait avec tant d'énergie et le parti pontifical qu'il attaquait sans ménagement. Mais ses plus grands dangers venaient du parti Hérodien, mélange des deux autres, parti essentiellement politique qui s'efTrayait de l'agitation que
la parole du fils de Marie provoquait parmi le peuple.
Hérode, le tétrarche de Galilée, dont le prophète de Nazareth et ses disciples étaient plus particulièrement justiciables, avait incarcéré Jean-Baptiste qui, à ce qu'il paraît, le censurait vivement pour avoir épousé la femme de son frère Philippe '. 11 voulut de même faire saisir Jésus ^. Or, ce furent les Pharisiens qui vinrent avertir ce dernier des mauvais desseins du tétrarche et lui fournirent les moyens de se sauver à temps ^. Une telle démarche prouve que ce parti était loin d'être malveillant'à l'égard de Jésus.
L'Évangile avoue d'ailleurs que les Pharisiens étaient divisés sur la conduite à tenir envers lui. Ce dissentiment est notamment signalé dans une circonstance Caractéristique où éclate la divergence des écoles d'Hillel et de Schammaï. 11 s'agissait de l'observation du Sabbath sur laquelle les Schammaïstes étaient très-rigoureux. « Certains Pharisiens, rapporte l'Évan- )) gile, disaient: « Cet homme ne peut parler au nom de » Dieu car il transgresse le sabbath. » — Les autres » disaient au contraire : «Comment un homme pourrait- )) il être pécheur et accomplir des actes aussi mer- » veilleux? » — Aussi n'étaient-ils pas d'accord*. » Les paroles mises dans la bouche des premiers carac-