T.M.Mun, GititUn, o9, b. ai Jérusal. même traité, ch. v
La considération dont jouissait Gamaliel, l'influencé qnil avait auprès de ses collègues et parmi le peuple, lui permirent ainsi de faire prévaloir dans le Synhédrinles doctrines d'Hilleltrop souvent combattues par les exagérations et les violences des Schammaïstes. 11 paraît, du reste, qu'avec le rétablissement de la royauté, le Synhédrin prit, lui-même, une forme plus monarchique. Le pouvoir personnel du président se trouva, notamment, agrandi. Soit qu'il agît comme puissance executive, soit qu'il procédât en vertu de son droit propre, il est certain qu'il donnait à toutes les communautés juives de l'intérieur et de l'extérieur des ordres qui avaient force exécutoire. Nous connaissons la formule de certaines circulaires de Gamaliel, écrites par son secrétaire Yochanan ben Nasuf. C'est un chef qui parle avec droit d'être obéi :
« Salut à nos frères de la haute et basse Galilée ! Nous vous faisons » savoir que l'heure est venue de payer les dîmes de vos revenus. »
« Salut à nos frères émigrés en Babylonie, en Médie, en Grèce, et » à tous les autres émigrés d'Israël ! Nous vous faisons savoir que « les agneaux de cette année étant encore trop jeunes, les pigeons » ne pouvant pas voler et le printemps étant généralement en retard, » il m'a plu à moi ainsi qu'à mes collègues de prolonger l'année » courante de trente jours *. »
Ces décrets donnent une idée de ce qu'était alors le
U TAiiMUD, St/nhëdrin, 15, b. — Jéntsalem, ibid. i, 1, 18, d, — Mis- CHMAu, ËdouïotlifVm, %1. — Ce dernier décret confirme ce que nous avons dit plus haut. La prérogative, autrefois essentiellement sacerdotale, de fixer annuellement le Calendrier, était attribuée désormais au Synhédrin et spécialement au président de l'assemblée. {Ibid.'
pouvoir du Synhédrin et de son chef. Il formait évidemment, comme autrefois, le pivot de la puissance publique. Néanmoins on ne voit pas clairement comment cette autorité se combinait avec celle du monarque et celle du grand prêtre. L'exécutif semble s'y confondre avec le législatif. On peut cependant penser que le Synhédrin conserva plus particuhèrement le caractère d'une assemblée représentative à qui appartenaient non-seulement le vote des impôts et des lois en général mais encore leur interprétation et leur application juridique. Le président était, probablement, chargéde promulguer et de publier les décisions prises. Quoi qu'il en soit, on ne peut méconnaître qu'à cette époque les rapports des pouvoirs publics sont confus et difficiles à préciser.
Il est resté aussi du temps de Gamaliel diverses prescriptions légales d'une certaine importance. Elles sont surtout relatives aux divorces, à la position et aux droits des veuves, ainsi qu'à des questions de droit pénal '. Comme elles sont étrangères à l'objet de cette étude, il est inutile d'y insister.
1. Parmi ces derniers points, il en est un qui répond bien à l'esprit du Pharisaïsme en matière pénale. Lorsque des matériaux volés avaient servi à la construction d'une maison, la loi, qui obligeait à les rendre, allait jusqu'à imposer au besoin la destruction de l'édiflce. Gamaliel fit décider qu'une simple indemuité devait suffire, (Talmud, GtiiUin 32. a.)
L'attitude de Gamaliel vis-à-vis des païens n'était pas sans mérite à l'époque où nous sommes arrivés. Il fallait un certain courage pour conseiller et imposer la modération et la bienveillance envers tous lès idolâtres, lorsque ceux-ci, au contraire, montraient vis-à-vis des Juifs uii esprit de haine qui devait bientôt se manifester par tant de persécutions et de massacres.
Déjà Tibère avait fait sentir aux populations juives de Rome combien, malgré la tolérance dont elles étaient l'objet, leur situation était précaire dans la capitale de l'empire. Yoici à quelle occasion. Un filou juif, faisant profession apparente de docteur de la loi, abusa de la confiance d'une personne de condition nommée Fulvie qui avait embrassé le Judaïsme * . Lui ayant persuadé d'envoyer à Jérusalem de l'or et de la pourpre, il se fit remettre la somme et la garda impudemment. Le mari de Fulvie, Saturninus, qui était fort bien en cour, s'en plaignit à Tibère. Celui-ci, sans autre procès, fit chasser tous les Juifs de Rome, ou plutôt les fit enrôler dans les légions et les envoya
i. Ce i'ait est un nouveau témoignage du prosélytisme des Juifs à Rome et du progrès qu'il faisait parmi les femmes romaines des hautes classes.
dans l'île de Sardaigne K Cet acte arbitraire qui punissait tant d'innocents pour un coupable, eut probablement une autre raison. L'ardeur de propagande des Juifs, démontrée une fois de plus par la conversion de Fulvie, commençait à préoccuper à la fois l'opinion et les pouvoirs publics. D'autre part, leur prétention de se soustraire, à cause de leurs pratiques religieuses, au service militaire auquel tous les sujets de l'Empire étaient soumis, indisposait contre eux l'armée. Tibère profita sans doute d'un incident insignifiant en luimême, pour donner iiuu double satisfaction aux réclamations du peuple et des soldats.
Mais un fait plus grave, arrivé, sous le règne de Caligula, à Alexandrie, donna une vive impulsion aux ' passions religieuses qui s'éveillaient de toutes parts contre le Judaïsme.
Des rixes violentes éclatèrent entre les Juifs et les Grecs de cette ville que gouvernait alors Tibère Alexandre, frère de Philon, malheureusement transfuge de la foi paternelle,. Les uns et les autres résolurent de porter le débat devant l'Empereur et envoyèrent des députés à Caïus. Philon était le chef de l'ambassade juives Appion fut celui de l'ambassade grecque. — Nous connaissons, parle récit que Philon a écrit de son voyage - et par la vigoureuse réponse
1. Voir le récit, de cet iucilenl apnd Josèphe, Àntiq., liv. XVIÎT, ch. V.
■2. Legafio apnd Caium.
que Josèphe a faite aux calomnies d'Appiou \ les moyens perfides que les avocats des Grecs mirent au service de leur cause. Ils dressèrent un véritable acte d'accusation contre le Judaïsme ; ils eurent surtout l'habileté d'enflammer la colère de l'Empereur en prétendant que les Juifs, seuls parmi toutes les nations soumises, faisaient un sanglant outrage à sa majesté lorsqu'ils refusaient d'admettre sa statue dans leurs temples et de lui offrir des sacrifices. Ce fut l'argument décisif. On le voit aisément par l'insistance avec laquelle Galigula, dans les audiences qu'il accorde à Philon, lui demande pourquoi les Juifs ne veulent pas se conformer à l'usage universel. « Soit! dit-il, ils offrent des sacrifices à mon intention ; » mais pourquoi ne m'en offrent-ils pas à moi- » même ^? »
Caligula était alors possédé de la folie qui lui inspira les excentricités les plus monstrueuses. Il avait donné à son cheval la dignité de consul ; il avait proclamé déesse une jeune fille qui lui était née ; il se faisait Dieu également et appelait familièrement Jupiter son frère. Il exerçait, en même temps et par une conséquence naturelle de cet orgueil personnel, une tyrannie qui n'épargnait personne et ne connaissait ni loi ni obstacle. Un pareil despote n'était pas difficile à pousser aux rigueurs. Appionfutédouté sans réserve.