Josèphe, Ibid., ch. v
çantes. D'après son propre récit, les hommes les plus considérables de Jérusalem, revêtus d'un cilice et la tête couverte de cendrés, comme aux jours de calamité publique, intervinrent u auprès du grand nom- » bre de ceux de leur nation qui faisaient cause » commune avec les rebelles, les suppliant de déposer » les armes et de' ne pas exposer leur patrie à une «ruine inévitable*. » Ces conseils furent heureusement écoutés. Éléazar ben Dinaï, réduit à ses propres forces, ne put tenir contre les troupes aguerries de Cumanus ; il se retira de nouveau dans ses moiitagnes inaccessibles.
La montagne et le désert étaient, en Judée, comme sont les Abruzzes en Italie, la Kabylie et le Saharah en Al'gérie, le refuge de tous les mécontents et de tous les criminels. C'est là que se préparaient, se fomentaient et s'organisaient, c'est de là que partaient, à l'heure opportune, toutes les tentatives des patriotes contre la domination étrangère, aussi bien que les entreprises des bandits nomades contre la société. A coup sur ces troupes assemblées pour combattre les autorités souveraines du pays^ contenaient bien des éléments de la pire espèce ; mais n'y voir que les hommes, dqjni soldats, demi brigands, qui les composaient et ne pas considérer aussi le but patriotique de ces audacieuses levées de boucliers, ce n'est ni (Je la vérité ni de la justice,
i. JosÉpjiE, ibid.
Le conflit avec Samarie parut d'ailleurs d'un caractère beaucoup plus sérieux à Numidius Quadratus, gouverneur de Syrie, à qui la question fut soumise. Il punit de mort Dortos et ses quatre complices ; puis il envoya à Rome, pour s'y justifier devant l'Empereur, Ananias alors grand prêtre, le capitaine Ananus, plusieurs des Juifs et des Samaritains qu'on accusait d'être les chefs du mouvement, et enfin Cumanus luimême et un maître de camp, nommé Celer, pour répondre aux soupçons de corruption qui planaient sur eux. L'intervention puissante d' Agrippa, qui était alors à la cour impériale, et la bienveillance d'Agrippiue sauvèrent les Juifs accusés de la peine dont ils étaient passibles. Ils furent mis en liberté, mais Cumanus fut exilé et Celer condamné à être traîné par les rues de Jérusalem jusqu'à ce que mort s'en suivît.
Cet incident était un symptôme du travail intérieur qui se faisait sous l'action du parti révolutionnaire. Il faut dire aussi que ce parti trouvait sa justification dans les exactions et les violences des procurateurs romains. La tyrannie étrangère s'ajoutait à l'anarchie intérieure.
Claude Félix, frère de l'affranchi Pallas si puissant à la cour des Césars, avait été nommé gouverneur de
Judée après la disgrâce de Cumanus. A peine installé, on le voit faire un pacte avec cet Éléazarben Dinaï qui était le chef de l'insurrection de Galilée. Le procurateur le fit venir à Jérusalem avec ses gens, sous promesse de Famnistiéret de lui donner la vie sauve. En effet il se contenta de l'envoyer à Rome^ mais il laissa ses compagnons en liberté dans la ville sainte. Gesj hommes habitués, dans leur vie du désert, à toute sorte de méfaits, remplirent Jérusalem de vols et de meurtres . Chaque jour quelque crime épouvantable venait effrayer les honnêtes gens. Félix, loin de sévir, semblait le complice sscret de ces brigandages. Ce qui est certain, c'est qu'il se servit lui-même de ces bandits pour se débarrasser de Jonatlias, le grand prêtre, ,qu'il haïssait à cause des remontrances sévères que le pontife ne cessait de lui adresser. Plusieurs d'entre eux, déguisés et armés de poignards, se glissèrent parmi les serviteurs du grand prêtre et le frappèrent mortellement ^ . Non-seulement ce crime resta impuni, mais encore ces scélérats, encouragés parla haute protection qui semblait leur être assurée, s'organisèrent, en quelque sorte, en entrepreneurs d'assassinats, mettant leurs poignards au service de toutes les vengeances particulières. Ils choisissaient de préférence, pour accomplir leurs forfaits, le temple et les grandes solennités publiques, où la foule pressée leur permettait d'atteindre à coup sûr leurs victimes et d'échapper ensuite