JosKPHE, Antiq., liv. XX, cli. vi
plus facilemeat. Le poignard, sica, dont ils se servaient invariablement, leur fit donner le nom de iSVcaires. Ils répandaient partout la terreur. « Les gens » prudents, dit Josèplie, osaient, à peine sortir de cliez » eux. Chacun se sentait sans cesse en péril de mort. » On ne voyait approcher personne sans trembler. C'est » à peine siTon se fiait à ses amis les plus intimes *. »
L'épouvante régnait à Jérusalem. La démagogie y avait fait irruption avec les bandits d'Éléazar ben Dinaï pour n'en plus sortir désormais .Naturellementles riches et les principaux de la nation étaient les plus exposés aux coups des sicaires. On vivait en pleine anarchie.
Gomme dix-sept siècles plus tard, la révohition inaugurée jiar le libéralisme de la bourgeoisie, poursuivie parle radicalisme de la démocratie, entrait, par le meurtre et le pillage, dans cette période sanglante qui semble être la loi fatale de l'enfantement de toutes les grandes époques. Le Pharisaïsme avait ébranlé le Sacerdoce et l'Aristocratie. Le républicanisme avait ruiné la Royauté; les Zélateurs et les Sicaires allaient consommer brutalement l'œuvre réformatrice en noyant les institutions antiques dans le sang de leurs représentants, comme les patriotes de 91 et les sansculottes de 93 anéantirent la Féodalité et l'Église dans le massacre des nobles et des prêtres et détruisirent la Royauté en guillotinant le monarque.
Les Sicaires ne se contentèrent pas d'avoir fait de
■J. JosÈi'iiE, Guerre, des Jtiifs, liv. II, ch. xxxiii.
Jérusalem un champ de carnage. Leurs bandes criminelles se répandirent dans les campagnes où elles brûlaient et pillaient les palais et les propriétés des riches, tuant et ravageant sur leur passage. La Judée entière était consternée. Par malheur, comme il arrive toujours dans les soulèvements populaires, ceux, plus honorables, qui ne poursuivaient que le triomphe de la révolution, n'étaient pas, au fond, trop sévères pour ces actes de vandalisme qui les débarrassaient de leurs ennemis politiques et mettaient peu à peu le pouvoir en leurs mains.
k ces maux, se joignit l'invasion d'une quantité de prétendus prophètes, de magiciens, de pseudo-messies qui exploitaient les malheurs du temps, exaltant la superstition et abusant de la crédulité publique. Il en surgissait de tous côtés qui s'annonçaient comme les messagers de Dieu et entraînaient sur leurs pas des foules avides de liberté. Ces apôtres menteurs, prédicateurs d'apocalypses bizarres, prodigues de promesses splendides, passionnaient les esprits jusqu'au fanatisme. Des masses de croyants les suivaient au désert où ils s'engageaient à faire apparaître le signe éclatant de leur mission. Les Romains, effrayés des forces que l'exaltation religieuse donnait à l'esprit de révolte, poursuivaient ces malheureux comme des bêtes fauves et tuaient impitoyablement les soi-disant prophètes et leurs sectaires.
Un de ces charlatans venus d'Egypte, parvint à réunir autour de lui près de trente mille hommes qu'il mena sur la montagne des Oliviers et à la tête desquels il eut l'audace de marcher sur Jérusalem pour en chasser les Romains. Sa troupe fut taillée en pièces. Mais cet exemple désastreux n'arrêta pas le mouvement. Partout apparaissaient de menaçants symptômes. La Judée était pleine d'agitation et de trouble.
Comme si la décomposition et la corruption au sommet de la société devaient aider aux passions démagogiques qui bouillonnaient en bas, c'est principalement à cette époque qu'on voit éclater avec le plus de violence, la lutte entre les fonctionnaires supérieurs et les prêtres inférieurs du Sacerdoce juif. Les uns et les autres s'insultaient et se battaient dans les rues, ajoutant le scandale de ces rixes ignobles à celui des honteuses compétitions^ des abus d'autorité et des vices du pontificat.
La misère était générale. Les travaux du temple, dont on avait reconstruit certaines parties importantes, avaient attiré à Jérusalem une foule de gens pauvres des campagnes et des villes voisines, qui venaient y chercher un modique salaire. Quand les travaux furent achevés, plus de dix-huit mille de ces ouvriers se trouvèrent sans occupation et sans pain. On chercha à leur donner de l'ouvrage. On les employa notamment à paver la ville en pierres blanches ; mais ce fut un travail bientôt achevé, peu lucratif d'ailleurs, une sorte
d'atelier national plus dangereux qu'utile. Cette foule oisive était une proie facile pour tous les agitateurs.
Au milieu de ces événements tumultueux, le Pharisaïsme ne pouvait avoir qu'un rôle effacé. La révolution n'était plus dans les théories ; elle avait passé violemment dans les faits et imposé silence aux discussions de doctrine pour ne laisser parler que la voix orageuse des passions populaires. C'est à peine si l'on aperçoit quelque trace fugitive de l'action pharisienne dans le dernier acte de ce drame émouvant. Elle n'apparaîtra plus dans toute sa puissance que le jour, où sortant pour jamais de la ville sainte vouée à la mort, le Pharisaïsme emportera avec lui dans l'exi'l la patrie spirituelle du Judaïsme.
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Dans cet intervalle, Festus avait succédé à Félix comme gouverneur de la Judée, et Agrippa II, devenu majeur, était retourné à Jérusalem pour y prendre possession de son trône; mais le jeune roi ne devait plus exercer qu'un pouvoir purement nominal entre les Romains, seuls vrais maîtres des pays, et le peuple soulevé.
Festus lui-même ne fit que passer en Judée. Il s'efforça d'y maintenir l'ordre intérieur, laissant à