‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 292 sur 500 · II · texte numérisé non relu

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i)8 LES PHAHISIEÎS'S.

Agrippa le soin de choisir etcle révoquer les grands prêtres et de réconcilier, s'il le pouvait, la Royauté amoindrie avec la république grandissante. Peu de temps après Albinus lui succéda.

Les actes du nouveau procurateur donnèrent une impulsion décisive aux idées de révolte. Il faut lire dans Josèphe le tableau de l'administration romaine en Judée, pour comprendre l'indignation générale qui poussa tout le peuple à Tinsurrection. « Albinus, dit- » il, ne se contentait pas de se laisser corrompre par » des présents dans les affaires civiles, de prendre le » bien de tout le monde et d'accabler le pays de nou- » veaux tributs ; il mettait en liberté, pour de l'argent, )) ceux que les magistrats de la viUe avaient fait arrê- » ter et ne réputait comme coupables que ceux qui » n'avaient pas le moyen de lui rien donner. 11 recevait » des riches des dons corrupteurs, et ceux du bas » peuple qui ne désiraient que le trouble, trouvaient » en lui Un appui assuré. Les plus signalés malfai- » teurs, environnés de gens semblables à eux, étaient » les auxiliaires du gouverneur que l'on pouvait. ap- » peler lui-même « le principal chef des voleurs. » Il » les faisait soutenir par ses gardes, pour prendre le •» bien des faibles qui ne pouvaient résister à ces vio- » lences. Ceux que l'on pillait de la sorte, n'osaient » se plaindre, et les plus riches, de peur d'être traités » de même, étaient contraints de faire la cour à des » gens dignes du supplice. Il n'y avait personne qui

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n ne tremblât sous la j^ominatioii de tant de tyrans.

» Gessius Floriis, qui succéda à Albinus, fit passer, » par comparaison, ce dernier pour un homme de bien . » Il semblait qu'au lieu. d'être venu pour gouverner » une province, il était envoyé, comme un bourreau, )) pour exécuter des criminels. Ses rapines n'avaient )) pas de bornes, non plus que ses autres violences... » C'était peu, pour lui, de s'enrichir aux dépens des » particuliers ; il pillait des villes entières; il ruinait » toute la Judée et peu s'en fallut qu'il ne fît publier à » son de trompe qu'il permettait à chacun de voler » pourvu qu'il eût une part du butin *. »

Ce cri d'indignation que le souvenir d'une oppression intolérable arrache, malg;ré lui, à Josèphe, rend à l'insurrection juive son véritable caractère. Il est impossible de ne voir que des mécréants et des bandils dans ces opprimés, las de la servitude, qui se levaient pour reconquérirleur indépendance, dans ces patriotes qui, auprixdeleurvie, demandaient à la guerre sainte de briser le joug de fer des Romains, comme elle avait brisé, à l'époque glorieuse des Macchabées, le joug de la (irèce et de la Syrie.

Il suffisait désormais d'une étincelle pour que l'incendie s'embrasât. Un incident, qui arriva alors à Césarée, mit le feu aux poudres. Quelques Grecs, par

l. JosÈPHE, Guerre des Juifs, liv. II, ch. xxiv. — Lé consulter d'ailleurs sur tous les faits qui précèdent.

mépris pour les cérémonies juives, vinrent immoler des oiseaux en sacrifice sur la porte même de la synagogue, pendant le service sabbatique. Malgré les conseils de prudence des Anciens, les jeunes gens exaspérés en vinrent aux mains avec les contempteurs du Judaïsme. Le combat fut sanglant. Jucundus, qui tenait garnison à Césarée, envoya de la cavalerie pour rétablir Tordre. Elle ne put contenir les Grecs qui voulaient tout massacrer. Les Juifs effrayés s'enfuirent à Narbata^ petite ville éloignée de soixante stades, en emportant les livres de la loi. Florus reçut à Sébaste, où il se trouvait, une députation, envoyée par eux pour demander justice; mais, animé d'une inexplicable partialité, le procurateur ne voulut pas même écouter les réclamants et les fit jeter en prison.

Cette décision excita Une grande émotion à Jérusalem. L'irritation s'accrut, lorsque, à la suite, Florus envoya prendre d'autorité dix-sept talents dans le trésor du temple. Par un sentiment d'ironie injurieuse, quelques zélateurs parcouraient les rues, tenant une sébille à la main, et demandaient l'aumône pour le gouvernement romain et le procurateur , donnant ainsi à entendre que ces derniers étaient tellement pa.uvres qu'il leur fallait se procurer de l'argentpar tous les moyens possibles *. Cette insulte était accompagnée d'imprécations contre Florus et d'appels violents à la révolte.

Florus marcba aussitôt sur Jérusalem avec des

l . J03ÈPHE, Guerre des Juifs, liv. II, ch. xxv.

forces imposantes. Les principaux de la ville, les chefs du sacerdoce et du patriciat intercédèrent auprès de lui pour qu'il ne rendit pas le peuple entier responsable de l'action outrageante de quelques exaltés. Rien n'y fit. Le farouche procurateur, ne pouvant mettre la

' main sur les auteurs de l'offense qui lui avait été faite, fit piller par ses soldats le haut marché et passer au fll de l'épée tous ceux qui s'y trouvaient. Trois mille six cent trente personnes furent massacrées, parmi lesquelles une foule de femmes et d'enfants à la mamelle. Plusieurs personnages de condition,, honorés du titre de chevalier romain, furent déchirés à coups de fouet et crucifiés ensuite. Ces cruautés ne firent qu'augmenter les désirs de vengeance.

Agrippa se trouvait alors à Alexandrie où il était allé visiter Tibère Alexandre récemment investi par Néron du gouvernement de l'Egypte. Ce fait concourt à prouver que la royauté de Judée n'était plus qu'un vain

. titre honorifique. Le roi pouvait s'absenter à son gré; ni le peuple ni le procurateur ne s'occupaient guère de sa présence ou de son éloiguement.

Néanmoins, dans ces circonstances, Bérénice, sœur d' Agrippa, tenta une démarche personnelle pour adoucir la rigueur de Florus. Les magistrats et les prêtres, en ha,bits de deuil,, vinrent, à leur tour, l'implorer. Tout fut inutile. Le procurateur laissa pourtant entrevoir qu'il s'apaiserait si les Juifs consentaient à aller rendre solennellement les honneurs à

deux cohortes qu'il faisait venir de Césarée ; mais ce n'était qu'un piège. Quand la foule paisible vint donner aux soldats arrivants le salut de bienvenue, ceuxci, obéissant à un mot d'ordre, chargèrent le peuple inoffensif qui se sauva en désordre dans la ville, laissant beaucoup de morts sur le terrain.

La colère alors exaspéra les plus pacifiques. Après la première épouvante, la foule fit volte-face contre les troupes qui la poursuivaient. On ^e retrancha dans l'enceinte du temple ; on mit, en toute hâte, la forteresse Antonia à l'abri d'un coup de main, tandis que les insurgés, montés sur le toit des maisons, accablaient les Romains à coups de pierres. Les troupes de Florus, au milieu des rues étroites et tortueuses, ne pouvant se défendre, furent forcées de se retirer.

L'émeute prit bientôt les proportions d'une insurrection redoutable. Florus jugea prudent de revenir à Césarée, d'où il informa des événements Gestius, gouverneur de Syrie. Celui-ci eut du moins la sagesse de ne rien précipiter. Il dépêcha un de ses officiers vers Agrippa qui venait de débarquer à Yamnia (Yabné,) au retour de son voyage en Egypte. Le roi juif convainquit aisément l'envoyé romain qu'il fallait recourir aux moyens de conciliation. Tous deux vinrent ensemble à Jérusalem. Ils y trouvèrent le peuple dans une excitation inexprimable contre Florus, demandante grands cris qu'on le délivrât de ce tyran. Agrippa tint une assemblée publique pour tâcher

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dé calmer les esprits. L'importance des paroles que Josèphe met dans sa bouche, atteste la gravité, de la situation et l'étendue du mouvement. On y voit clairement qu'à côté des démagogues et des bandits pour qui le désordre était une occasion propice, toute la jeunesse et beaucoup d'hommes sérieux, amis de la liberté et de l'indépendance nationale, étaient dévoués au pîirti de l'action. Agrippa, dans son discours, prouva, en termes éloquents, que c'était une folie de vouloir lutter contre les forces colossales del'Enipire. Il crut, un moment, avoir ramené les assistants à des idées plus modérées. Yain espoir! Les exaltés étaient désormais maîtres de l'opinion, et le prestige de la royauté n'avait plus aucune influencé. Le sort en était jeté. Rien ne put contenir l'impétuosité du sentitiment public. Agrippa, méprisé, outragé, fut chassé de Jérusalem, et la révolution, livrée à une démocratie furieuse, organisa partout l'insurrection. (An 66 do l'Krc chrétienne.)

Josèphe a accusé les généraux romains d'avoir systématiquement provoqué un soulèvement, afin d'y trouver un prétexte pour étouffer, dans une vaste extermina;tion, l'agitation permanente de la Judée. La conduite de Florus, qui retira les troupes destinées à

maintenir Tordre, celle de Gestius lui-même qui ne prit aucune mesure pour comprimer le mouvement, la facilité avec laquelle put se développer la révolte, donnent quelque vraisemblance à cette opinion. ïl est certain que les troubles incessants de Judée impatientaient et irritaientles Romains \ Ces Juifs, si difficiles à dominer et à gouverner, apparaissaient d'ailleurs, même aux modérés de Rome, comme des gens dangereux qui, de la simple défense étaient arrivés à l'offensive contre la société tout entière. Les Chrétiens commençaient peu à peu à se distinguer de leurs anciens coreligionnaires. Leurs débats qui, depuis la prédication de Paul à Rome, de plus en plus opposée à la loi juive, avaient pris une certaine vivacité, attestaient qu'un ,abîme se creusait entre eux; mais, si leurs doctrines étaient déjà contraires, leur origine était semblable et la haine que Ton portait aux uns rejaillissait inévitablement sur les autres- ^

Or, la fureur du peuple romain contre les Chrétiens venait de se manifester de la façon la plus épouvantable.

Cet artiste de cruautés, ce curieux de monstruosités, qui mettait la poésie dans l'horrible et le raffinement dans l'obscène, Néron, après avoir incendié Rome,

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