JosKPHE, Guerre des Juifs, liv, IV, ch. xii
tion. Les Zélateurs furent contraints de se réfugier dans l'enceinte du temple où ils se fortifièrent et dont il fallut faire le siège. La guerre civile dura plusieurs jours^ répandant le sang à flots ; malheureusement ce n'était pas le parti de Tordre qui devait l'emporter.
Les Zélateurs appelèrent à leur aide des troupes d'Iduméens qui battaient la campagne aux environs, et, sous le manteau de Finsurrection, se livraient à un véritable brigandage. Quand ces auxiliaires de la démagogie arrivèrent sous les murs de Jérusalem, Hanan leur en fit fermer les portes^ et Jésus, l'un des grands prêtres, leur adressa la parole du haut d'une tour ; il les engagea à abandonner leur dessein de se joindre aux factieux et à garder au moins la neutralité entre les hommes d'ordre et de désordre. Mais -cela ne faisait pas l'affaire des Iduméens. Le désordre était précisément ce qu'ils voulaient. Leur unique but, en accourant à l'appel des Zélateurs, avait été de prendre part à une curée dont les riches et les grands seraient les morceaux. Ils n'avaient garde de laisser échapper leur proie.
Leur réponse est modelée sur la phraséologie creuse, emphatique et menaçante des révolutionnaires de tous les temps. Ils sont venus, disent-ils, pour défendre la patrie et la liberté, appelés par leurs frères que les réactionnaires veulent opprimer. C'est une insulte que de leur refuser l'entrée de la ville. Ceux qu'ils viennent aider de leurs bras, pour com-
battre as outrance les étrangers, ont bien fait de punir les traîtres qui veulent livrer la Judée aux Romains. Ils n'ont eu qu'un tort; c'est délaisser vivre les aristocrates et les prêtres, qui trahissent le peuple encore plus impudemment que ceux dont on a déjà fait justice. Mais, si les Zélateurs ont été trop faibles, les Iduméens ne les imiteront pas. Ils arrivent, bien réâolus à défendre la maison de Dieu et le sol national contre leurs ennemis du dehors et du dedans '.
Ces paroles étaient un arrêt dé proscription qui ne devait pas tarder à s'exécuter. Introduits de nuit dans la ville par quelques Zélateurs qui, à la faveur d'un épouvantable orage, se glissèrent, sans être aperçus, jusques aux portes et les ouvrirent à leurs alliés, les Iduméens firent tout à coup irruption et s'empressèrent de réaliser leurs menaces dé mort. C'est sur les prêtres et les patriciens que s'assouvit d'abord leur fureur. Hanan et Jésus furent les premières victimes. Leurs cadavres, dépouillés des vêtements sacerdotaux, furent traînés dans les rues et livrés en pâture aux chiens et aux bêtes immondes. Près de neuf mille personnes furent égorgées ; les assassins n'épargnèrent, dans les rangs du peuple lui-même, aucun de ceux qu'on soupçonnait d'avoir pactisé avec le parti aristocratique et sacerdotal. Les principaux de la nation furent entassés dans les cachots où on les massa-
l.JosÈPHE, (/wej'rei/esJîw/s, liv.IV, cl), xviii.
crait ensuite, jetant leurs corps à la voirie pour faire place à d'autres victimes.
Par une monstrueuse ironie, les terroristes voulurent donner à leurs violences une apparence de légalité. Ils créèrent une espèce de Synhédrin de fantaisie et le constituèrent en tribunal révolutionnaire ; mais ce tribunal, ayant acquitté un des personnages les plus honorables de la ville, Zacharie ben Baruch, les Zélateurs irrités assassinèrent cet homme de bien au moment où il sortait de Taudience. Quant aux membres du Synhédrin, ils les chassèrent par toute la ville, en les frappant à coups de plat d'épée. La terreur régnait sans réserve. (Janvier, an 68.)
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Ces cadavres des patriciens et des grands prêtres, c'est plus qu'un meurtre: c'est plus qu'un acte de vengeance populaire ; c'est plus que la mort tragique de quelques personnages éminents ; c'est la fin d'une société ; c'est l'anéantissement d'une institution séculaire. LeSacerdoce juif expire dans l'agonie d'Hanan. Le Sadducéisme tombe pour jamais dans l'assassinat de Zacharie. C'en est fait ! La férocité du Zélotisme a tranché, par un coup de force criminelle, la question politique et religieuse qui, depuis quatre siècles, s'agitait eu Judée.
I)e ce grand mouvement de doctrines et de partis qui remplit, d'une manière si saisissante, toute la période du second temple, il ne restera bientôt plus que le Pharisaïsme, car les Zélateurs vont disparaître à leur tour, après s'être dévorés les uns les autres, dans les décombres de Jérusalem vaincue et incendiée. La garde du Judaïsme, errant désormais dans le monde païen, sans patrie, sans appui, va être ainsi confiée tout entière au parti des docteurs. Qu'en feront-ils ? Comment préserveront-ils la barque fragile d'Israël au sein des flots et des orages ?
Nous l'avons dit : depuis longtemps déjà, ils s'attendaient à la catastrophe finale et leurs projets étaient arrêtés d'avance en prévision de ce sinistre événement. Lorsqu'ils virent la démagogie triomphante, lorsqu'ils comprirent que Jérusalem était irrévocablement perdue, mortellement atteinte par l'anarchie intérieure et trop faible pour résister aux légions de Rome, ils se dirent que l'heure était venue de réaliser leurs desseins secrets et de mettre le Judaïsme à l'abri des éventualités formidables où il pouvait périr. C'est à cette œuvre suprême qu'ils se dévouèrent alors sans réserve.
Dans les convulsions de la guerre civile, on les vit rarement apparaître sur le théâtre des événements. Le président du Synhédrin, Simon, fils de Gamaliel, qui s'était maladroitement compromis avec le parti de l'action, avait perdu toute influence au sein de
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l'école pacifique d'Hillel. Celui qui y occupait alors le premier rang était le plus jeune des anciens disciples du grand docteur de Babylone. Il se nommait Yoclianan ben Zakkai et était fortement imbu des doctrines généreuses de son maître. ïl fit, mais en vain, les plus nobles efforts dans le sens.de la paix; la tradition nous a transmis divers incidents populaires où on le voit adjurer les Zélateurs de ne pas exposer la ville sainte à un inévitable désastre K Malheureusement les conseils de la sagesse n'avaient plus aucun empire sur ces foules de forcenés qui, s'ils n'avaient pas fait un pacte avec la victoire, en avaient, malheureusement, fait un avec la mort.
Le respect que le caractère et l'autorité de Yochanan ben Zakkai inspiraient généralement, empêcha ces furieux de porter la main sur lui; mais, voyant bientôt qu'il n'y avait aucun espoir d'en être écouté, il ne songea plus qu'à abandonner une ville manifestement vouée à la ruine.
Tous ceux qui, à Jérusalem, n'étaient pas enrôlés dans le parti des Zélateurs, cherchaient à émigrer.. On disait avoir entendu, dans les profondeurs du sanctuaire, des voix mystérieuses s'écrier : u Sortons d'ici i » sortons d'ici ! - » En effet, pour tous les gens de bon sens et de bonne foi, le seul acte raisonnable était de se séparer de cette tourbe d'énergumènes bien autrement