JosÈPUE, AntVji- liv. XI, ch. iv
LES PHARISIENS. o
concevoir raudacieuse pensée de recouvrer, en même temps, leur indépendance, l'armée des Perses leur aurait aisément fait comprendre qu'ils n'étaient pas d^. force à exécuter un pareil dessein. Bien que la liberté matérielle leur eût été rendue , ils restaient toujours sous le pouvoir souverain de leurs vainqueurs. Leur patriotisme en éprouvait sans doute une vive peine, mais le sentiment de leur impuissance dominait l'amertume de leurs regrets. Ils ne purent que pousser vers le ciel ce cri de détresse que nous ont transmis les chroniques contemporaines : « Nous ne » sommes ici que des esclaves ! Seigneur, en ce pays » même que tu as donné à nos ancêtres, nous sommes » encore en servitude. Nos richesses sont>pour les » rois que tu fais régner sur nous à cause de nos pé- » chés ; ce sont eux qui sont les maîtres de nosperson- » nés et de nos troupeaux^. ))
Le sentiment national et même le sentiment religieux étaient d'ailleurs profondément affaiblis dans l'esprit de ceux qui rentrèrent en Judée. Quand Ezra vint rejoindre la première colonie conduite par Zorobabel, il la trouva dans un tel état de confusion et de corruption, que, désespéré, il fut sur le point d'abandonner son œuvre. Quelque temps après, Néhémie, favori d'Artaxerce, etde race sacerdotale comme Ezra,
1. Néhémie, ch. ix, 36 et 37. — Des gouverneurs étrangers continuaient à administrer la Judée qui était, comme auparavant, une province de l'Empire des Perses.
étant venu, à son tour, apporter à ce dernier un concours officiel et puissant, dû à la bienveillance du roi de Perse \ se trouva, comme lui, en face de difficultés graves quivenaient plus encore de la mauvaise nature des éléments dont ils disposaient que des dangers extérieurii dont ils étaient menacés. — < Il fallut employer, pour en triompher, les moyens les plus énergiques. Partout, les fils de Juda, les lévites et les prêtres eux-mêmes, s' alliant aux races idolâtres des pays voisins, avaient pris les mœurs, le langage et les coutumes des peuples au milieu desquels ils vivaient. Du reste, ils étaient, comme autrefois, environnés d'ennemis. Les haines nationales et religieuses des vieilles peuplades chananéennes s'étaient réveillées aussitôt que Jérusalem parut devoir se relever de ses ruines, et les intrigues de rivaux jaloux ajoutaient de graves complications à ces antagonismes séculaires.
C'est ainsi que les Samaritains ou Guthéens^, comme on les appelait également, héritiers de l'ancien territoire du royaume d'Israël, ayant été repoussés dans leur prétention de concourir à l'édification du