‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 326 sur 500 · MisGHNÀH, Kilaïm, vi · texte numérisé non relu

MisGHNÀH, Kilaïm, vi

3. Il consacrait presque tous ses revenus à l'entretien de jeunes tilles juives à qui la guerre avait enlevé leurs parents. — {Nédarim, 66. a.)

qui ne se contentait nullement des hypothèses fantaisistes d'Akiba. Il n'admettait pas que le législateur eût caché un sens mystérieux sous chaque mot du texte sacré. « La loi, disait-il avec un grand bon sens, a été » rédigée par des hommes et a parlé naturellement le M langage humain ^ » Il ne faut donc pas donner à de simples formes de syntaxe, à des figures de rhétorique, un sens et une portée qu'elles ne sauraient avoir. C'était aussi rationnel qu'évident. Ismaël ben Élissa était, à coup sûr, comme l'avait été Néchuniah ben Hakanah l'adversaire de Nachum de Guimzou, bien plus dans la vérité qu'Akiba. Mais le Pharisaïsme éprouvait trop vivement lé besoin d'échapper, par tous les moyens possibles, aux limites étroites du texte littéral, pour se montrer si scrupuleux. La méthode d'Akiba triompha des objections logiques d'Ismaël aussi bien que des attaques passionnées de José le Gahléen, d'Éhézer et de Tarphon.

Toutefois, si ce dernier se convertit à la nouvelle doctrine, Ismaël résista jusqu'au bout; mais, il ne put s'empêcher de reconnaître lui-:même que les temps nouveaux réclamaient sans cesse de nouveaux progrès et qu'il fallait tenir constamment la loi orale au niveau des besoins de l'époque. Dans cette conviction, il développa d'une manière très-large et très-Hbérale les sept règles d'HiUel. . Il les porta à treize formules de

•1. D"IN laa ViXhZ) min mm {Jervsal. Nédarm, 1. 1. - Baba MlziaM.n.)

raisonnement et en fit une théorie syllogîstiqiie qui est devenue, avec le système d'Akiba, la méthode didactique de l'école pharisienne ^

Ismaël ben Élissa avait cependant bien raison, lorsqu'il adjurait ses collègues de rester sur le terrain solide de la logique, au lieu de se jeter dans les hypothèses arbitraires de la méthode d'Akiba. Celui-ci, grâce à la supériorité de son intelligence, n'employa son système qu'à la démonstration des principes spi-

1. Les règles de logique formulées par Ismaël, sont analysées en ces termes : « La loi peut être interprétée au moyen de treize règles : 1° En tirant une conséquence de majeure à mineure ou de mineure à majeure ; 2o par l'analogie des sujets ; 3° par application d'un texte à d'autres concernant la même matière ; 40 par comparaison de deiix textes relatifs au môme sujet; S*» par déduction du particulier au général et réciproquement ; 6° si, de deux textes, l'un est général, l'autre spécial, c'est suivant le spécial qu'il faut décider; 7° il faut observer si le texte général n'est pas restreint par un texte particulier ou si un texte particulier n'est pas étendu par un texte général ; 8° quand , par déduction d'un terme d'un texte général, on a reconnu certain principe, ce principe ne doit pas s'appliquer seulement au terme d'où il est déduit, mais à l'ensemble du texte ; 9" tout argument déduit d'un texte général pour s'appliquer à un cas analogue, doit être employé a minori et non a fortiori ; 10" si le cas est de nature différente, on peut raisonner également par la mineure ou par la majeure ; 11" on ne peut appliquer un principe à un cas nouveau que si le texte le permet; 12° observer si le sujet s'explique de lui-même ou par ses conséquences ;13o deux textes contradictoires s'expliquent par un troisième qui les concilie.

ritualistes et moraux qui formaient l'essence de la

doctrine pharisienne , mais la foule des imitateurs dé-

, passa bientôt la limite où il s'était prudemment arrêté. On ne se contenta pas d'interpréter les mots de l'Écriture en cherchant un sens caché sous l'expression matérielle, on les bouleversa capricieusement. On altéra le texte sous prétexte de lui arracher ses mystères.

L'influence que l'école kabbalistique avait exercée sur le système symbolique de Philon, elle l'exerça aussi sur le système grammatical d'Akiba. Fille du Mazdéisme chaldéen et du mysticisme égyptien, la Kabbale s'était acclimatée en Judée et avait donné naissance à une secte obscure, vouée à l'étude des sciences occultes, dont les rangs ne s'ouvraient qu'à un petit nombre d'initiés. Or, si les docteurs kabbalistes employaient essentiellement le symbolisme pour appuyer sur la Bible leurs idées théosophiques, ils recouraient aussi, pour justifier leurs hypothèses sur Dieu et sur la création, à un procédé tout à fait analogue à celui d'Akiba. Comme lui, ils tiraient des expressions littérales du livre saint, détournées de leur signification ordinaire, des déductions inattendues

* par lesquelles ils résolvaient les problèmes éternels de rinfmi et de l'Immatériel. — Ils allaient plus loin encore. — Les mots devenaient, à leur gré, des anagrammes et des acrostiches. Ils en renversaient les lettres pour en former des mots nouveaux. Ils fai-

saient de chacune d'elles la première lettre de mots distincts, qu'ils prétendaient être enfermés mystérieusement, sous cette forme abréviative, dans le mot primitif. Ils substituaient à l'Alphabet ordinajire un autre Alphabet de convention, de manière à trouver, dans les phrases apparentes du texte, d'autres phrases' ayant un sens tout à fait différent et correspondant à leurs idées. Ils donnaient aussi à certains mots une signification idéale, qu'ils appliquaient chaque fois que ces mots se montraient dans l'Écriture sacrée. C'est ainsi, par "exemplCj que "ja^, {Ebén), l'SlD SniN» {Oheé Moêd), plï {Tsédék), ne veulent plus dire, dans leur langage, pierre, tente d' assignation ^ justice, mais expriment diverses manifestations de la divinité. 3N' {Ab), père, etûN [Ém), mère, se changent en attributs divins de sagesse et d'intelligence, '"^ii {Escâ), feu, a^B, {Maïm) eau, deviennent la justice qH^ miséricorde. Abraham, Isaac et Jacob, ne sont plus des noms de patriarches, mais des symboles de vérité, de clémence et d'équité. D'autres fois on faisait l'addition numérique d'un mot ^, pour y substituer un autre mot de valeur numérique égale. On appelait ces procédés d'altération et de transmutation, le Notarikon et la Gué-

1. En hébreu, les chiffres sont représentés par les lettres de l'Alphabet. L'Apocalypse a employé ce procédé pour transmettre aux initiés le nom de la Bête, qui, dit-elle, est un^ nom d'homme et forme le nombre 616. On sait maintenant que c'est la valeur numérique du nom de Néron, en hébreu. (Voir Renan, VAntéchrUl.)

matria. C'étaient les principaux, mais il en existait

une foule d'autres analogues.

Or, quand Akiba eut formulé sa méthode d'exégèse, le mouvement se lança, à sa suite, dans les exagérations mystiques, dans les procédés bizarres et dans l'excès des interprétations extra-littérales qui caractérisaient l'enseignement kabbalistique. Les livres talmudiques sont pleins de passages où le système ésotérique est employé sans réserve pour la transfiguration des mots *, de telle sorte que la Bible entière se transforme en un livre nouveau qui n'a rien de commun avec l'ancien ^

Hâtons-nous de dire que ces excentricités ne portent en général le nom d'aucun docteur éminent. Les chefs du Pharisaïsme d'alors n'ont vu dans le système d' Akiba qu'un moyen ingénieux et utile de donner une base légale aux principes de la loi orale, en l'appuyant sur l'autorité même de la Bible, au moment où ils en voulaient établir le code et en fixer les traditions. Mais, si ni Akiba ni ses collègues n'ont employé directement les procédés kabbalistique s à

1. Voir sur ces procédés bizarres que nous ne pouvons étudier ici en détail, outre le grand ouvrage de M. A. Franck, la Kabbale, un très-curieux travail de M. le grand rabbin Klein, la Vérité sur le Talmud, Mulhouse, 1839.

2. La tradition dit qu'Aldba s'occupa aussi des sciences kabbalistiques et que, seul, parmi quatre autres de ses collègues, il sortit victorieux de cette étude dangereuse. (Weill, le Judaïsme, t. I, p. 55.) Il est possible qu'il en ait tiré l'idée de son système.

l'appui de leurs interprétations doctrinales, ils sont certainement responsables de l'usage et de l'abus que dés disciples imprudents en ont fait.

Quoi qu'il en soit, la méthode d'Akiba fut accueillie comme un progrès considérable par ses contemporains. Les chroniques de Tépoque, tout en constatant l'opposition de ses adversairei?, font connaître lés manifestations enthousiastes de ses partisans. On le compara à Moïse lui-même et peu s'en fallut qu'on ne relevât fort au-dessus du législateur du Sinaï, car ses disciples répétaient à l'envi que « beaucoup de pres- » crip tiens légales que Moïse n'avait pas connues, » avaient été révélées par Akiba ^ » En cela, on ne se trompait guère. Moïse aurait eu beaucoup de peine, sans doute, à reconnaître la loi primitive dans les interprétations par lesquelles Akiba en transformait si profondément le sens et l'application.

•La légende s'est emparée, à son tour, d'une façon assez originale, du rapprochement que les contemporains ont fait entre le révélateur du DécalOgue et le docteur de l'Académie de Yabné. — Elle nous montre le premier, au moment où il écrivait la loi sous là

\. Pésikta Rdbbaii, Paraschah 14. — Bamidhar Rabba, ch.xix . Ti. iZ

dictée de l'Éternel, s'étonnant de la forme singulière qui était souvent donnée à l'idée. « Pourquoi, disait-il, » tous ces signes accessoires? Pourquoi ces répéti- » tiens de mots? Pourquoi ces particules inutiles? » Dieu lui apprit alors qu'après une longue suite de générations, Akiba ben Joseph découvrirait le sens caché de ces formes grammaticales et. en ferait sortir d'importantes solutions. — Moïse fut naturellement pris d'un vif désir de connaître d'avance cet homme extraordinaire ; mais, il fallait, pour cela, percer les ténèbres qui couvraient jm avenir très-éloigné, et le Fils d'Amram dut renoncer à la pensée de voir celui qui devait le compléter *.

Ce récit légendaire atteste l'importance qu'on attacha à la nouvelle méthode. En restant sur le terrain des faits humains, Yéhoschoua ben Hananiah en caractérisa plus exactement la portée en ces termes : a Les disciples de Yochanan ben Zakkaï peuvent ju- » ger maintenant combien leurs craintes étaient vai- » nés de voir une Halachah (décision, coutume) sub- » sister sans être appuyée sur le texte de l'Écriture. » Akiba a trouvé ce point d'appui ^. »

C'est là, en effet, l'intérêt sérieux et pratique de cette innovation. Le Pharisaïsme, par ce moyen^ put affirmer hautement qu'il n'avait rien de révolutionnaire ni d'hétérodoxe et que tous ses principes se ratta-

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