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LES PHARISIENS. 49b
chaient indissolublement à la révélation sinaïque; Au moment où la dispersion allait éparpiller dans le monde entier tous les représentants du Judaïsme, ce n'était pas une chose indifférente que d'établir, sur un fondement aussi sacré, l'édifice de la nouvelle loi.
Il faut bien prendre les docteurs pharisiens tels qu'ils étaient, tels que le comportaient surtout leur situation et leur époque. Très-sincères et très-énergiques réformateurs, ils n'entendaient pas et d'ailleurs ils n'auraient pu impunément devenir des schismatiques. Devant eux se dressait un monument historique qui se nommait la loi écrite et dont l'origine divine ne pouvait être contestée alors sans impiété. Ils en étaient sortis depuis longtemps sans doute; mais, en Tabandonnant, ils étaient tenus de le respecter. Pour concilier ce devoir de conscience avec leurs idées progressives, ils avaient construit, à côté, un nouvel édifice où ils avaient entraîné avec eux le peuple entier et qui se nommait la loi orale ; mais il ne fallait pas laisser supposer que l'ancien palais du Judaïsme fût dédaigné, pour iiela, et dût être détruit. Au contraire, il importait de rattacher fortement la construction moderne à la construction primitive. Hillel^ Nachum, Akiba et Ysmaël, chacun à son point de vue, travaillèrent à cette œuvre difficile. Ils entreprirent de solidariser le présent avec le passé de façon à ce que les deux lois ne formassent qu'un seul tout et que la Réforme qui, en réalité, renversait tout l'ordre ancien.
semblât au contraire en sortir tout, naturellement, comme lé fruit sort de la fleur. Grâce à eux, la loi orale, c'est-à-dire la loi du progrès, de la liberté et de la raison, triompha désormais de toutes les objections et de toutes les hostilités, trouvant de fortes assises dans le texte biblique lui-même interprété d*après certaines règles positives.
Toutes les subtilités déforme ne pouvaient changer le fond des choses. On donnait un titre légal à la Réforme; on lui faisait, comme à tous les parvenus, une généalogie et une noblesse de fantaisie ; ce pouvait être utile pour fermer la bouche à ses détracteurs ; ce ne pouvait faire illusion à personne. Elle restait ce qu'elle était réellement : la liberté d'examen et de discussion poussée aussi loin que possible ; l'autonomie religieuse substituée à l'ancienne centralisation; le culte' spirituel remplaçant le culte matériel; le savant détrônant le pontife ; le droit populaire succédant au droit divin, le mouvement à l'immobilité, le progrès à la résistance. Elle avait beau s'appeler la Légitimité, elle était la Révolution, et son étiquette d'emprunt ne modifiait point sa nature.
Akiba s'est fait ainsi un nom dont rien n'a affaibli la célébrité. Du reste, en dehors de cette œuvre capitale, il se distingua autant par son caractère que par
son enseignement. Il résidait habituellement à Béné- Bérak, petit bourg situé au nord-ouest de Joppé, non loin de Yabné ^ Ses collègues venaient souvent l'y visiter et s'entretenir avec lui ^. Un grand nombre de disciples, plus de mille, d'après les récits traditionnels ^, s'étaient groupés autour de lui. Les principaux furent Simon ben Yocbaï qui passe, à tort, pour être l'auteur d'un grand traité kabbalistique, le Zohar, et R. Méir de qui on connaît ces maximes morales : « Ne » te livre pas trop aux affaires ; occupe-toi aussi de » l'étude de la loi et sois humble envers tout le » monde. » — « Ne considère pas le vase, mais exa- » mine ce qu'il contient. Il y a des vases neufs remplis » de vin vieux et des vases vieux qui ne contiennent » pas même de vin nouveau *..»
L'enseignement d'Akiba était aussi remarquable par l'élévation des sentiments que par le libéralisme des principes. C'est de lui que vient cette belle parabole qui définit la liberté et la responsabilité humaine : « Le » marché est libre; le marchand fait crédit; le livre de » compte est ouvert; une main y écrit. Quand la dette
1. On dit qu'il y avait eu déjà en ce lieu une école importante dont les fameux Schémaia et Abtalion auraient été les chefs. (Talmud, Synhédrin 32, b. et 96, b.)
2. Les Israélites ont l'habitude de lire le soir de la fête de Pâques un récit talmudique [Agada) qui roule sur la sortie d'Egypte. C'est un entretien entre les principaux docteurs de Yabné, avec Akiba, à Béné-Bérak.