Ezra, cli. vi
— A partir d'Ezra, le cycle de la révélation est clos ; celui de renseignement commence. La religion qui, jusqu^'alors, avait été surtout une croyance, devient une science. Les prophètes disparaissent pour toujours et sont remplacés par les docteurs. Au supernaturalisme des temps anciens succède un rationalisme pratique. En même temps, une loi à peu près inconnue auparavant^ la loi orale, se dégage des coutumes vagues du passé, et, modifiant, de la façon la plus hardie, le texte et l'esprit [de la loi écrite, introduit, dans les codes, dans les institutions et dans les mœurs de la Judée, les innovations les plus imprévues.
Lorsqu'on passe des chroniques du premier temple à celles du second, il se fait dans l'histoire juive comme un brusque coup de théâtre. Nous étions en plein merveilleux ; le divin et le surnaturel éclataient partout et remplissaient la scène ; nous voici maintenant rentrés, complètement , dans les conditions contingentes du mouvement humain.' Les événements se déroulent avec les vicissitudes dont est semée la vie de tous les peuples, au milieu des combinaisons laborieuses des hommes d'État et des hommes de science, mais les hommes de Dieu n'y jouent plus nn rôle direct et décisif. Au moment même où la fin de l'exil semble renouer, pour Israël, la chaîne des temps, la voix de l'Éternel, qui, depuis Moïse, n'avait cessé de parler au peuple hébreu par la bouche des
voyants; se tait tout à coup dans le monde ; la voix de l'homme retentit seule désormais pour proclamer et expliquer la loi.
La nouvelle phase dans laquelle entra, à cette époque, le Judaïsme, est précisée par tous les documents traditionnels en des termes qui prouvent à quel point ceux qui prirent l'initiative de la réforme, eurent le sentiment de la situation.
« Avec Aggée, Zacharie et Malachie, dit le livre )) de la tradition, l'esprit saint s'en est allé de ce » monde \ » — « La loi n'est plus dans les cieux, dit » fièrement un des grands docteurs Juifs ; elle a été )) donnée à l'homme pour l'apprécier avec sa propre » raison, et c'est à la majorité des sages qu'il appar- » tient d'en fixer l'interprétation ^ » — « Le savant » est supérieur au prophète » porte un autre texte non moins significatif ^.
En effet celui qui, à l'avenir, donnera l'impulsion, ce n'est plus a celui qui voit » mais « celui qui sait, » ce n'est plus celui qui ordonne, mais celui qui instruit. Ezra, lui-même, le fondateur de la société nouvelle, ne se présente pas au peuple comme le messager de Jéhovah, qui parle au nom de Dieu et courbe toutes les volontés, mais comme un homme savant et pieux,
1. Talmud, Sijnhédrin, ii.— Malachie qu'on a surnoinmé « le sceau de la prophétie » HNIl^n DniH, fut le dernier prophète d'Israël.