Bereschith Rabba, ch. xs.xvn
3. Yochanan mourut vers l'an 280. Ben-Lakisch était mort en l'an 275.
un long temps s'écoula encore avant que cette mission put s'accomplir.
Après la mort dé R. Yqchanan, les écoles palestiniennes tombèrent dans une sorte de crise latente qui amena une décadence rapide. On était alors vers la fin du troisième siècle et la situation des Juifs devenait de plus en plus précaire en Judée, où il n'y avait plus de sécurité pour les savants et studieux docteurs.
Le Christianisme triomphant s'était fait à son tour persécuteur. Coriime les innombrables hérésies qu'il avait à combattre dans son prOpre sein, s'appuyaient toutes, plus ou. moins, sur les antiques vérités du Judaïsme, les Empereurs et les Évêques chrétiens espéraient les détruire dans leur principe même en opprimant les Juifs et en les réduisant au silence. — L'Arianisme surtout, qui niait la divinité de Jésus et qui, par le nombre d'évêques qui s'y rallièrent, faillit mettre en péril le Christianisme tout entier, était un reste des premiers Judéo-Chrétiens, des Ébionitesdè la Terre sainte, fidèles à la loi juive et adversaires inflexibles des transactions païennes de saint Paul. C'est là qu'il -faut chercher une des raisons principales de la haine que les chefs de l'Église montrèrent, dès cette époque, contre les Juifs dont la protestation permanente donnait des armes si redoutables au mouvement hérétique.
La Judée, livrée à l'arbitraire de l'Épiscopat et des Césars, vit, peu à peu, émigrer ses docteurs les plus
éminents. La plupart se réfugièrent en Baliylonie où ils trouvaient du moins la sûreté pour leurs personnes, la liberté pour leurs opinions, et la tranguillité pour leurs études. Les autres traînèrent en Palestine une existence agitée qui n'était guère propice aux grands travaux de rintelligence.
Cependant, avant que le patriarcat, qui, du reste, n'avait plus qu'une ombre d'autorité, fut brusquement aboli par Théodose (an 426), les derniers Amoraïtes de Judée, et en particulier R. Tanchuma-bar-Abba, tinrent à honneur d'achever la compilation commencée par R. Yochanan. Il est probable que ce fait eut lieu vers le milieu du quatrième siècle. On appela ce recueil le Talmud de la Terre d' Israël {hii'ivi^ yix Su nnSn) ou le Talmud Occidental (nïQ ^W? nabn) K Mais le nom historique qui lui est resté est celui de : Talmud de Jérusalem. Les autres dénominations lui auraient pourtant mieux convenu, caries docteurs de Jérusalem, s'il y en avait encore, par hasard, dans cette ville, ne concoururent en aucune manière à sa création.
Le Tjalmud de Jérusalem, bientôt éclipsé par le recueil analogue, mais beaucoup plus complet, qui fat composé par les -docteurs babyloniens, n'a jamais joui d'un grand crédit dans le Judaïsme. Le style en est généralement obscur. Il est écrit dans le dialecte de la
1. On appelle également le Talmud, Goémarah, Complément. On le considère en effet comme le complément delà Mischnah.
Judée qui, déjà à cette époque, était d'un usage peu fréquent et qui n'était plus intelligible pour le plus grand nombre. — Les questions n'y sont pas toujours exposées avec une clarté suffisante ; Tordre et la méthode y font surtout défaut. — C'est un entassement confus de matériaux, pris un peu au hasard. On voit bien que les compilateurs, troublés sans doute par la ' situation difficile dans laquelle ils vivaient^ n'ont eu ni le temps, ni la liberté d'esprit nécessaires pour un aussi vaste travail. Le récit et l'exposition des discussions doctrinales n'ont pas également la netteté et la logique qu'on désirerait. D'ailleurs, l'ouvrage ne nous est pas parvenu tout entier. Ces diverses conditions d'infériorité durent toutes concourir à le reléguer à un rang secondaire, lorsque les grands travaux de l'école babylonienne furent réunis, à leur tour, dans d'immenses pandectes.
Cependant, il est un point sur lequel il est bien supérieur à son rival des bords de l'Euphrate. Plus près des sources historiques, il a conservé, avec plus de soin et de fidélité, les anciennes traditions et le souvenir des faits importants. Sous ce rapport, c'est un guide très- sûr, qu'on peut suivre de préférence et qui conduit les esprits curieux du passé à des trésors de renseignements, de science et d'érudition. Les savants allemands, qui sont nos maîtres en fait de critique historique, ne s'y sont pas trompés. Le Tàlmud palestinien a été mis largement à contribution dans leurs
lumineuses recherches sur la période du second temple.
Cette œuvre fut le chant du cygae des écoles de Judée. Elles s'éteignirent ensuite dans le silence et l'obscurité et la Babylonie prit, sans partage, la dU'eetion du Judaïsme universel.