LE TALMUD DE BABYLONE
Il y avait eu, à l'époque de R. Yéhoiulah,. une tentative, quasi révolutionnaire, pour transporter en Babylonle le centre officiel de l'enseignement doctrinal. Des esprits ardents, on devrait plutôt dire prudents, frappés des dangers qui devenaient de jour en jour plus menaçants en Palestine, n'avaient pas hésité à conseiller alors d'abandonner définitivement la Judée pour les régions de l'Euphrate. La Babylonie regorgeait de Juifs, qui vivant paisiblement sous la protection des lois,jouissaient d'une entière liberté religieuse , et les écoles doctrinales , moins influencées que celle de la Terre Sainte par les événements journaliers de la politique, y poursuivaient leurs graves travaux dans un milieu beaucoup plus calme
Hananiah, neveu de Yéhoschoua, esprit fougueux et entreprenant, entraîna avec lui tout un parti de disciples et de jeunes docteurs et tenta un coup d'État véritable en transportant avec eux le siège du Judaïsme
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à Pumbédita. Il fit plus. Il établit à Nehar-Pékod un anti-Synhédrin dont il prit la présidence et bâtit même un sanctuaire et un autel où il exerçait les fonctions sacerdotales.
Le Patriarche et le ^ynhédrin de Palestine prirent des mesures énergiques pour combattre cette entreprise. Des délégués spéciaux furent envoyés auprès de Hananiah pour le faire rentrer dans l'ordre. Toutes les décisions prises par l'anti-Synliédrin de Néhar-Pékod furent déclarées nulles et de nul effet '. Hananiah se soumit et renonça à son projet gui n'avait d'autre tort que de devancer les événements.
En effet, après la mort de Yochanan, le fondateur du Talmud de Jérusalem, on a vu que la gravité de la situation en Palestine poussa les docteurs de ce pays à se réfugier généralement en Babylonie et à y fixer le centre officiel de l'enseignement.
L'émigration prit alors des proportions considérables et la Judée se dépeupla rapidement, mais il fallut bien des années avant que la dispersion atteignît les contrées lointaines. Les émigrés ne dépassèrent pas d'abord un cercle relativement restreint. L'ancienne Chaldée, berceau même de la race juive, en attira le plus grand nombre. Les autres, tout en abandonnant
i. Jérusal., Synhédrin, i, § 2. Nedarivi vi, 8. — Talmud, 5yîi/ierfmt, 32, b. Yébamoth. 122. a,
la Judée, se groupèrent dans les villes de la Syrie et dulittoral ; puis, suivant d'Orient en Occident le mouvement de la civilisation, ils se. répandirent en Grèce, en Italie, dans la Gaule, en Espagne, en Egypte et enfin dans une partie de l'Afrique; mais, en général,; ils restèrent près des bords de la Méditerranée, d'où' leurs regards, à travers l'immensité des flots et des cieux, cherchaient encore et croyaient entrevoir à l'horizon lointain la patrie perdue, la cité de David et de Salomon. Un autre essaim juif , établi dans l'Asie Mineure, pénétra, peu à peu, par la mer Noire, dans la Chersonèse Taurique, où il déposa un vieux débris du Sadducéisme, sous le nom nouveau des Karaïtes^' ; puis il s'étendit dans les régions qui bordent les rives du bas Danube, remontant probablement le cours de ce fleuve pour arriver jusque dans la Germanie et gagner le nord de l'Europe.
Ce double courant d'émigration eut pour conséquence une division générale qui caractérisa les deux directions où s'engagea la population juive. La dispersion fut désignée sous deux grandes catégories : l'Exil d'Occident; l'Exil d'Orient. Le premier embrassait
i. La secte desKaraïtes dont la doctrine principale est de n'accepter, à l'exemple des Sadducéens, que le texte des livres saints {Mikrah, d'où le nom de Karaites) en rejetant toutes les traditions pharisiennes, paraît avoir eu pour fondateur vers le viiie siècle, un certain Anan qui n'avait pu réaliser son ambition de devenir le chef des Juifs de Babylone (Voir Giuseppe Lexi, Educatore Jsraelita, septième année p. 2891.
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tous les pays soumis à la puissance romaine. Le second s'étendait sur tous les pays soumis à l'autorité des Perses. Cette classification répondait à l'état du monde à cette époque où les nations civilisées dépendaient, en Europe,- du vaste empire des Césars, et en Asie, du grand empire des Partlies.
Nous connaissons l'organisation qui présidait à Texil d'Occident. Le patriarche de Judée en était le chef, avec le concours du Synhédrin d'abord, puis avec un pouvoir personnel à peu près dictatorial'; mais, nous savons aussi que son autorité fut successivement amoindrie par les empereurs et que la fonction elle-même fut enfin supprimée arbitrairement par Théodose au commencement du cinquième siècle.
Dans la dispersion orientale, le Judaïsme garda des formes plus politiques et plus indépendantes. Là, en effet, les Juifs n^étaient pas des vaincus dont on pouvait redouter les soulèvements. Depuis les temps de Salmanazar et de Nabuchodonosor, ils s'étaient fixés en
1. Pendant assez longtemps, bien que leurs attributions fussent plus religieuses que politiques, les patriarches de Judée eurent le droit de lever un tribut obligatoire sur tous les Juifs occidentaux. Le code théodosien le leur retira sous des peines sévères. « Superstitionis indignœ est quod arcbisynagogi, sivepresbyteri ad exigendum aurum atque argentum a Patriarcha certo tempore diriguntur, a singulis synagogis exactam summam atque susceptam ad eumdem reportant... Quod si qui... ad hoc officium exactionis fuerunt directi, judicibus afferantur tanquam in legum violatores etc. {Cod. Theodos.;. XVI, § 14.)
Babylonie et s'y étaient multipliés. Des relations étroites, généralement sympathiques, s'étaient établies entre eux et le reste de la population. Les rois de Perse les considéraient comme des citoyens utiles et inoffensifs. Aucun nouvel Aman ne s'était levé contre eux dans le but de les exterminer. Ils jouissaient d'une tolérance et d'une protection qui ne se démentirent que plusieurs siècles après, à l'époque des Kalifes. Dans de telles conditions le gouvernement persan devait être mieux disposé que le gouvernement romain à leur accorder certains droits politiques et même une sorte d'autonomie.
Le chef de l'exil oriental portait le titre de Resch- (talouta \. C'était une espèce de vice-roi, ayant à la cour persane une situation princière. Parmi les dig;nit aires de l'Empire, il occupait le quatrième rang après le monarque ^. Il figurait au nombre des grands vassaux. Du reste, il était lui-même de race royale, car cette haute dignité ne pouvait être conférée qu'à un descendant de David ^ La tradition en faisait remonter Torigine jusqu'à Zorobabel qui était petit-fils (lu roi Yéhoïakim *. Les Juifs babyloniens prétendaient ainsi conserver les droits héréditaires de la dynastie
1. Chef de l'émigration. Il est aussi désigné dans les historiens .«0113 le nom grec à'Ecmalotarche qui a la môme signification. ■2. Tai.mud, Schebbouoth, 6. a.