Nombres, ch. xr
3. Le traité Aboth, qui est la généalogie du Pharisaïsme, affirme ce fait comme une vérité hors de doute : « Moïse, dit-il, reçut la loi du
pas à voir sortir les docteurs pharisieiïis, héritiers de leurs idées et apôtres infatigables de la réforme dont ils furent les initiateurs.
Les preuves vraiment historiques de cette allégation n'existent point et les adversaires du Pharisaïsme en ont, à toutes les époques, tiré parti pour le comhattre* V Néanmoins, il n'est pas possible de broire qu'une révolution aussi considérable que celle qui s'est accomplie alors dans la société juive, une révolution qui a produit tout un ensemble d'institutions, de lois, de mœurs et de croyances nouvelles, et à laquelle il a fallu plus de trois cents ans de combats acharnés pour réussir, n'ait pas eu de profondes racines dans les traditions du passé. — Lorsque la chronique, à défaut de l'histoire positive, fait remonter aux prophètes et jusqu'à Moïse lui-même la loi traditionnelle qui a transformé la loi écrite, cette affirmation est loin d'être dénuée de vraisemblance. Un rapide aperçu du véritable esprit du Mosaïsme et de l'œuvre des prophètes va le démontrer.
» Sinaï; il la transmit à Josué et aux anciens, qui la transmirent aux » prophètes, qui la transmirent aux hommes du grand synode. » (ch. I, § i.) Ces mots « la loi » indiquent à la fois la loi écrite et là loi orale.
1. Ce fut, en effet, sous les Macchabées, le grand argument des Sadducéens contre les Pharisiens.
En délivrant les Hébreux du joug égyptien, Moïse entreprit une œuvre colossale à peu près impossible. Il voulut faire de celte foule d'esclaves, abrutis par une longue servitude, un peuple modèle aussi grand par ses lois et ses institutions que par ses mœurs. Il rêva d'élever, tout d'un coup, aux plus hautes régions du spiritualisme le plus pur et le plus absolu, une race qui avait vécu jusque-là au milieu des religions les plus matérialistes. Sa pensée dominante fut d'inculquer la foi monothéiste à des âmes tout imprégnées de la contagion des pratiques idolâtres, et de faire de la nation qu'il fondait le Pontife de l'Unité de Dieu parmi les familles humaines. C'était une conception splendide, mais ni les hommes ni les choses n'étaient préparés pour en assurer la réalisation. L'éducation morale, religieuse et sociale du peuple hébreu ne répondait ni à Tapostolat auquel il était appelé ^ ni aux vérités qui lui étaient révélées, ni aux devoirs qui lui étaient prescrits.
Moïse comprit qu'il fallait tenir compte de la nature et de la mauvaise qualité des éléments dont il pouvait disposer pour son immense dessein. Il se résigna à plier la vérité qu'il apportait au monde aux exigences du milieu où il vivait, et le dogme le plus spiritualiste
qui ait jamais été conçu dut transiger avec les mcèurs inatérialistes de son époque. C'est dans ce but que, pour satisfaire Tesprit encore grossier d'Israël, le législateur hébreu emprunta aux cultes païens les sacrifices sanglants et les cérémonies plastiques qui contrastent si violemment avec le principe même du monothéisme. Par une conséquence nécessaire, il fut également entraîné à organiser, pour le service de l'autel, un système sacerdotal entouré de droits et de privilèges qui ne contrastaient pas moins avec le principe éminemment démocratique de sa législation générale et avec sa propre déclaration : « qu'Israël tout
..«entier était une nation de pontifes*. » Il fit plus; il incarna ce pontificat suprême dans une seule famille, la race d'Aaron, de manière à former une caste à part
. qui contrastait étrangement, à son tour, avec l'égalité originaire des tribus de Jacob.
D*un autre côté, ce peuple qui, dans son programme, devait être le type et le guide de rhumanité, ce peuple à qui il promettait la domination universelle et par qui la vérité révélée devait se répandre sur toute la terre, Moïse, effrayé des périls dont il le voyait environné, épouvanté des défaillances dont il le savait capable, le sépara brusquement de toutes les autres nations. Élevant comme un mur d'airain entre Israël et le reste du monde, il substitua à la grande pensée
t. ExODÉ, ch. XII, 6.
de la fraternité de tous les fils terrestres du divin créateur, un esprit national, jaloux, étroit,, qui devait nécessairement faire naître et entretenir des haines vivaces entre les Hébreux et les peuples étrangers.
Enfin, afin de frapper plus fortement l'imagination inculte de cette race sur laquelle le témoignage des sens avait plus d'influence que les inspirations de l'esprit, la loi qu'il lui donna et qui avait Dieu, c'està-dire l'Infini, l'Éternel, l'Invisible et l'Immatériel, pour principe et pour but, matérialisa les notions du devoir et delà responsabilité en un système de peines et de récompenses purement terrestres qui a permis aux détracteurs du mosaïsme de se demander si le prophète du Sinaï croyait ou non à l'immortalité de l'âme et aux consolantes espérances d'une autre vie.
Ces contradictions furent, toutes, des concessions faites aux mœurs et à l'esprit du temps; mais, en transigeant ainsi, en prudent politique, avec les nécessités de la situation, Moïse ne cessa pas d'affirmer solennellement les vérités fondamentales dont le Décalogue était la synthèse. S'il cède sur la forme, il est inflexible sur le fond. Il place le culte d'amour audessus du culte des holocaustes, le peuple entier audessus du sacerdoce, l'humanité tout entière audessus même d'Israël, TÉternel au-dessus de tout\
1. « Tu aimeras l'Étemel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton 1) âme et de tout ton pouvoir. (Deutér., ch. vi, 5.)/) — «Qu'est-ce que » demande l'Éternel sinon que tu le craignes, que tu marches dans ses
LES PHAJRISIENS. 41
Ce double caractère de la loi mosaïque où les difficultés de r application contrariaient la simplicité des principes, ne pouvait produire qu'un résulM funeste. Le- peuple, incapable de s'élever d'abord aux régions supérieures du spiritualisme unitaire, ébloui par l'exemple et la séduction des nations voisines, glissa rapidement sur la pente des erreurs polythéistes. A peine la parole divine avait-elle cessé de retentir sur les sommets embrasés du Sinaï^ qu'Israël se faisait de nouvelles idoles et adorait un veau d'or, souvenir de l'Apis égyptien. Bientôt après la mort de Moïse, au lendemain même de la conquête et du partage de la terre promise, il abandonnait le Dieu-Un, l'Être invisible qui ne parlait pas assez directement à son intelligence encore sauvage, et se livrait à toutes les aberrations des idolâtries chananéennes.
Le Sacerdoce, à son tour, bien plus préoccupé des soins matériels du culte que de l'esprit de la loi, plus ambitieux de maintenir ses privilèges que d'instruire les masses, plus désireux de dominer le peuple que de l'éclairer et habile à se servir de la superstition et de l'ignorance pour mieux conserver et étendre son
« voies et que tu l'aimes?» (Deutér., cli. xi, 12.)— C'est bien le culte d'amour dans toute sa pureté. — La supériorité du peuple sur le sacerdoce est proclamée dans la déclaration de I'Exode : « Vous êtes «pour moi une nation de prêtres. » (Vid.sup.)— L'idée humanitaire éclate dans cette parole de I'Exode (ch. xix, 5): « Vous serez mon plus » précieux joyau entre les peuples, mais toute la terre est également » à moi : >> et dans les touchantes recommandations où sont énumérés les devoirs fraterbels envers les étrangers.
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pouvoir, loin de combattre ces mauvaises tendances, sembla, au contraire, les favoriser. C'est Aaroh luimême qui fabriqua le Yeau d'or et bâtit l'autel où fut célébrée la fête de cette divinité bizarre. , Ses successeurs ne suivirent que trop son exemple. La liste est longue, en effet, des prêtres d'Israël qui désertèrent les autels de Jéhovah pour ceux de Baal et d'Astaroth. Mais, parmi ceux mêmes qui restèrent fidèles, que de scandales et que de fautes ! Le trafic des choses saintes, les désordres du foyer domestique, les prévarications et les abus d'autorité furent poussés à un tel point qu'à l'époque de Samuel, le livre sacré prononce, en termes indignés, contre toute la race sacerdotale de ce temps, représentée par le grand prêtre Héli et sa famille, une condamnation solennelle et terrible \
Au point de vue politique et social, c'était bien pis encore. L'épisode saisissant de la femme du Lévite dans la tribu de Benjamin, donne une idée de ce qu'étaient les mœurs publiques à l'époque des Juges ^ Le sentiment national n'existait pas plus que le sentiment moral et religieux. La fédération Israélite n'avait ni consistance ni solidité. Les tribus elles-mêmes se déchiraient ei^tre elles ', et l'anarchie était partout. Un tel peuple offrait évidemment une proie facile aux nations