‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 475 sur 500 · AiiOTH, ch. m, § 1, ch. iv, § 21, ch. ii · texte numérisé non relu

AiiOTH, ch. m, § 1, ch. iv, § 21, ch. ii

LES;PHAÏirSIENSw 49d

» Celui .qui rhpnoreà ses propres yeux et qui le rend » respectable aux yeux des autres ^ »

Est-il ppssihje^ après de telles citationsv d'accuiser la morale pharisienne de n'être, fondée? Jque sur .un formalisme minutieux et une réglementation étroite ? D'autres philosophies ont pu définir en meilleurs termes, la , règle du devoir,, aucune ne l'a élevée à une plus grande hauteur. ; ■

Aimer Dieu sans arrière-pensée d'égoïsme ; aimer son procha,in .comme soi-même, et lui faire tout le bien possible ; considérer tous les ; hommies comme des frères et se sentirtoujours solidaire de leur destinée j enfin tendre sans cesse à se i rapprocher,, de plus en plus, du type de perfection qui est en Dieu; voilà la doctrine supérieure du Pharisaïsme. Où trouve-t-on de plus belles et de plus saines notions de la loi morale? Où a-t-pn formulé de plus larges conceptions sur le devoir de l'homme ici-bas?

Quand on étudie l'application que récolepharisienne a faite dé ces principes à toutes les conditions de la vie, on la voit toujours d'accord avec elle-même pour

i. Aboth, cil. n, % {.

mettre ces vérités essentielles au-dessus de toutes les pratiques extérieures.

Ce qui frappe surtout dans les maximes morales du Pharisaïsme, c'est leur caractère pratique et humain. On sait le peu de goût qu'il avait pour ce qui est mystérieux, hors du domaine de l'intelligence et de la raison. 11 n'en avait pas davantage pour cet ascétisme exagéré qui, afm d'éviter tout danger de souillure, sépare l'homme de la société, l'absorbe dans un isolement stérile, ou bien anéantit le corps au profit de l'âme et sacrifie la vie actuelle à la préoccupation de la vie future. Contrairement aux mystiques qui ont dit que l'homme, s'il veut être parfait, ne doit songer qu'à son avenir éternel et que « le royaume de Dieu » n'est pas de ce monde, » les docteurs pharisiens proclament que l'homme est fait pour la vie, que l'Univers entier est le domaine du divin créateur et que le premier de nos devoirs est d'employer vaillamment au bien toutes les facultés qui nous ont été départies.

La morale, à leurs yeux, n'est pas faite pour de purs esprits, mais pour des créatures terrestres. Elle doit tenir compte de leur double nature. Elle n'a pas le droit, pas plus d'ailleurs qu'elle n'en a le pouvoir, de. condamner la matière et de voir dans la chair une ennemie de l'esprit. Les sens sont les instruments providentiels de l'intelligence. S'ils peuvent être une cause de chute, ils sont bien plus encore les forces et

les auxiliaires que Dieu a donnés à râuïè pour accomplir ici-bas une œuvre permanente de perfectionnement et; de progrès. Il n'est pas perMs de 'désunir sur cette terre ce que le créateur à si puissaminént solidarisé, te corps a sa mission comme Fâme a la sienne. Nous- devons travailler sans rèlâch.e à les faire concourir ensemble au noble but que sa nature et sa ^ responsabilité assignent à l'homme vivant, au lieu de séparer et démettre en lutte ces éléments nécessaires de l'activité kumaine.

Un sage législateur, un vrai moraliste ne peuvent se placer que dans ces conditions contingentes. Ils prennent Itiomme tel qu'il est, ' avec ses imperfections et ses faiblesses, avec sa double organisation matérielle et spirituelle, mélangé de bien et de mal, de lumière et d'ombre, de pureté et d'inipuretè ; touchant à Dieu par son aine immortelle, mais tenant à la terre par son corps périssable ; soumis à des lois de contraste, à des besoins, à des passions qui sont sa vie, son triomphe et, par cela même, sa gloire. Dès lors, tout en croyant à une autre vie comnie terme et aspiration de rhumanité, il n'est pas permis de négliger, encore moins de condamner les devoirs que l'état social, qui est l'état naturel des familles humaines, leur impose, et c'est sur une juste pondération des deux éléments dont se compose rhomme terrestre qu'on doit fonder la loi morale.

Tel est le point de vue éminemment pratique des TI. 32

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docteurs pharisiens. Soigner le corps et spigner;râme ; vivre dans la société et pour la société, tout en vivant en vue de la, rémunération éternelle; c'est, en deux mots, toute leur doctrine, rr-,. Aussi, à l'exception de rinfimeminoritéessénienne, on ne trouve, dans l'histoire du Judaïsme, aucune de ces utopies, qui, suivant la prédominance qu'elles ont donnée à la matière sur l'esprit ou à l'esprit sur la matière, ont abouti, tantôt à un matérialisme abject, tantôt à un spiritualisnie excessif, tantôt à un , mysticisme effréné. On, n'y trouve aucune de ces corporations,, contraires à la loi de la famille, qui désertent les obligations de la vie sociale pour se vouer, sans réserve, à de vagues contemplations. Il n'y a jamais eu, dans le monde Israélite, d'institutions monastiques, vivant en dehors de la société et quelquefois contre elle, soumises à des règles, à des chefs et à des principes étrangers aux pouvoirs et aux lois sous lesquels vivent les autres hommes. On n'y a jamais vu aucun de ces ordres religieux qui, sous prétexte de terrasser la chair, mènent, dans les macérations, dans les tortures corporelles, ou bien dans l'immobilité et l'atonie, une existence qui pourrait être plus utilement consacrée au progrès de la civilisation et aux intérêts de l'humanité. Si, dans les traditions juives, l'homme est exhorté à considérer ce monde comme un lieu de passage et d'épreuve qui conduit vers un monde meilleur, et le corps comme une enveloppe où l'âme

est prisohhiëre jusqu'au jour de rémancipation éternelle, jamais 11 ne lui a été prescrit de réagir folle-, riient contre le mouvement qui l'environne, le pénètre et l'entraîne, ni d'annihiler la matière qui sert de démeure à l'esprit immortel pendant son pèlerinage ici-bas.

« Note séparé jamais dé l'ensemble du peuple, dit » énergiquement Hillei, et là où les hommes man- » quentj sois-en un ^. » — « Tu n'es sans doute pas » en mesure d'achever l'œuvre, ajoute Tarphon, mais )) tu n'as pas le droit d'y refuser ton concours \ »

De tels préceptes ne pouvaient avoir pour corollaire que la glorification du travail.

(( Aimé le travail et fuis les vains honneurs, disait Schémaïa ^. » — « Les devoirs sociaux, disait Rabban » Gamàhel, se concilient fort bien avec les devoirs re- » lïgieux. L'observation dés uns et des autres nous » fait éviter le mal. Toute étude religieuse qui n'a- » boutit pas à une occupation utile, mène plutôt au )) péché qu'au salut *. »

(( Celui qui vit du travail de ses mains est supérieur » à celui qui se rerifermé dans une piété oisive ^ » « L'Écriture a dit : « choisis la vie. » {Deufe'ro-

I; Aboth, cil. n, § 5 et G.

,2. Ibid., §2L

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