‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 50 sur 500 · I Samuel, ch. xv, 22 et · texte numérisé non relu

I Samuel, ch. xv, 22 et

2. Il faudrait citer tous les prophètes et la plupart des psaumes ; mais qui ne se rappelle la superbe apostrophe d'Isaïe? « Que m'im- » porte, dit l'Éternel, la multitude deYOS sacrifices? J'ai assez des ho- » locaustes et de la graisse des victimes ! Je n'aime point le sang des » taureaux, des agneaux ni des boucs. "Vos ablutions, vos parfums » me sont edr abomination ; je hais vos néoménies, vos schabbaths » et vos convocations sacrées. Je ne puis supporter l'iniquité et les » fêtes. >) (l9AiE,.ch. I, II et s. — Conf. Jérémie, ch. vii, 4-15. — EzÉCHiEL, ch. XX, 25-31. — Osée, ch. vi, 6. —Malachie, ch. ii, 4-6.)

Moïse, leur principale préocupation fut de détacher le peuple élu du culte de sang pour lui inspirer, dans toute sa pureté, le culte d'amour. En préparant ainsi le jour où les sacrifices ne souilleraient plus l'autel du Dieu un, ils minèrent peu à peu le sacerdoce, léguant à leurs héritiers le soin de le renverser tout à fait.

L'action permanente du prophétisme répondit donc, en tout temps, à l'esprit réel de la loi du Sinaï. Elle consista essentiellement à dégager le mosaïs'mé des transactions auxquelles le législateur. d'Israël avait été contraint. Dans l'ordre religieux, les prophètes furent les apôtres du spiritualisme contre le culte matérialiste; dans l'ordre politique, ils furent les champions de la liberté contre le despotisme ; dans l'ordre moral, ils furent les missionnaires de la vertu contre les vices des rois et du peuple.

On peut dire que le prophétisme a établi, dans la société juive, la réforme en permanence, réforme des mœurs, réforme du culte, réforme des institutions et des lois. Il est incontestable d'ailleurs qu'il a lui-même progressé et étendu ses horizons avec le développement des faits contemporains. On aperçoit, en efTet, dans son histoire deux grandes périodes distinctes.

Les premiers Nabis vivent plus dans le présent que dans l'avenir. Ils se vouent plus particulièrement à la tâche laborieuse de maintenir en Israël les principes fondamentaux du monothéisme, d'arrêter le peuple élu sur la pente de l'idolâtrie et de combattre la démoralisation des chefs et des masses. L'ceuvre fut alors plutôt intérieure qu'extérieure. Avant de faire dés Hébreux les pontifes de la foi monothéiste dans le monde, il fallait les initier, d'une façon indestructible, à tous les devoirs de leur mission.

Mais, dans la seconde période, ce particularisme fait, tout à coup, place aux conceptions les plus larges. Alors les prophètes s'attachent beaucoup plus à la seconde partie du système mosaïque qu'à la première. Ce n'est plus sur Israël seul qu'ils veulent agir, c'est sur l'ensemble du genre humain. Du rôle restreint de tribuns du Judaïsme, ils s'élèvent à celui d'apôtres universels. Sans doute, ils ne renoncent pas au droit et au devoir d'être, comme jadis, les censeurs des peuples et des rois, les organes de la morale éternelle; mais, ce n'est désormais, en quelque sorte, que l'œuvre secondaire de leur apostolat.

Dans ce but^ ils formulent en traits saisissants la mission humanitaire et la grandeur future d'Israël. Les chutes, les souffrances du peuple pontife sont considérées comme des épreuves qui l'épurent dans le creuset de fer et le préparent pour ses éclatantes destinées. Alors apparaît, dans les chants prophétiques.

la grande figure d'un libérateur qui, tout en relevant la nation sainte^ réunirales diverses races delà terre en un faisceau fraternel, rétablira la paix et l'harmonie dans le monde entier et assurera le triomphe universel du monothéisme. C'est d'Israël régénéré que jaillira la lumière qui doit éclairer tous les hommes. C'est de Sion que couleront les sources du salut où tous les peuples viendront s'abreuver. En même temps, les dogmes mystérieux et consolateurs de l'autre vie, la croyance en l'immortalité de l'ame^ l'espérance en la résurrection prennent,, dans les inspirations des derniers prophètes, une précision et une ampleur extraordinaires. L'idée spiritualiste y éclate avec une splendeur que riep n'avait égalée auparavant et que rien n'a surpassée depuis. ' /

Les prophètes ont donc été les premiers réformateurs du Judaïsme. C'est à bon droit que la tradition les classe parmi les précurseurs de la réforme définitive qu'à l'époque du second temple, Ezra et les hommes du grand Synode réalisèrent dans l'esprit qui avait toujours inspiré, depuis Moïse, les tribuns religieux d'Israël.

Le mouvement qui, à cette époque,- transforma le Judaïsme, eut aussi -d'autres origines, plus difficiles

peut-être à définir, mais qu'on ne saurait mettre en doute.

Il s'est certainement passé dans l'histoire du peuple hébreu, ce qui s'est passé dans celle de tous les peuples. En dehors du droit écrit, les circonstances,- les besoins des temps, le progrès des idées, les travaux des interprètes et des exécuteurs de la loi ont inévitablement créé, peu à peu, une jurisprudence, des coutumes et des traditions qui ont du élargir successivement les dispositions strictes du texte primitif. Le Conseil des Anciens à qai Moïse avait donné une autorité presque égale à la sienne*, les tribunaux, lès comices populaires qui siégeaient aux portes des villes, tous les pouvoirs qui présidaient à l'administration de la chose publique et auxquels on reconnaissait un droit souverain^ eurent de nombreuses occasions d'introduire dans la loi originaire des interprétations de nature à en étendre les termes ou des modifications en rapport avec les événements. Cette action législative et doctrinale est restée obscure dans le récit biblique; mais, il faudrait nier l'évidence pour croire qu'un peuple ait pu avoir, pendant plus de mille ans,

1. « Ils participeront de ton esprit, dit la Yoix divine à Moïse, en lai » prescrivant d'organiser le Conseil des Anciens, et porteront avec toi » la charge du peuple. « (Nombres, ch. xi, 17.)

2. (c Chaque chef, dit le code traditionnel, a, dans son siècle, autant » d'autorité que Moïse, Aaron et Samuel, en ont eu dans le leur. » ,

TTn:i nns^ , nm priiS^D uni pi , imi viém iniTi Sym^

.inni S><1DÙ^D (Talmud, Roseh-ha Sçhanah.)

une existence aussi agitée, aussi fertile en incidents graves que l'ont eue les Hébreux, sans que de nouvelles lois, de nouvelles pratiques, de nouvelles idées et de nouvelles institutions se soient ajoutées, aux anciennes; Si l'histoire est muette à cet égard, nous avons vu que la chronique est formelle. On ne peut douter, comme elle l'affirme, qu'il existait en Israël un droit traditionnel reposant sur les opinions des sages, sur les sentences des tribunaux, sur les décisions despquvoirs publics et, principalement, sur l'usage \

Ce qui est certain, c'est qu'il se forma, à une date qu'il est difficile de préciser, mais qui est très-antérieure à la captivité de Babylone, une corporation spéciale qui semble avoir eu pour objet de réunir et de conserver tout ce qui concernait la loi proprement dite et son application. C'était l'ordre des Scribes, SoPHÉRiM, ainsi nommés parce qu'ils étaient notamment chargés d'écrire, sur les rouleaux sacrés, le texte du Pentateuque et d'en garantir l'authenticité. Sans cesse occupés de l'étude de la loi, les Scribes devaient, mieux que tous autres, en connaître l'esprit et en suivre les développements. Il est probable qu'ils tenaient note de tout ce qui, dans les régions de l'autorité politique et judiciaire et dans les coutumes populaires, confirmait, expliquait ou changeait lalé-

1. On verra plus loin que l'affirmation de ce fait est la base même du Pharisaïsme.Josèphe est également très-net sur l'existence de ces traditions anciennes. {Antiquités, liv. XIII, ch. xviii.)

gislation existante^ Ils avaient dans l'État une sorte de situation officielle; on les appelait « la maison des T> Scrihes )y Bèth Sophérim.

Sous les Juges et sous les Rois, on voit fréquemment des sophérim investis d'emplois publics. Ils semblent alors avoir joué un certain rôle administratif à côté du grand prêtre, car c'est généralement en parlant des pontifes que les divers textes en font mention. On les désigne comme des espèces de secrétaires ou d'assesseurs sans qu'on puisse bien définir leurs attributions spéciales^. On en trouve aussi qui sont, en même temps, conseillers du souverain, ce qui prouve que les Scribes formaient sans doute alors une association d'hommes instruits et de jurisconsultes savants, capables d'être admis dans les conseils de l'État^

Mais, si l'action et la situation des Scribes, dans cette première période, ne se peuvent déterminer avec

1. La tradition a conservé un grand nombre de coutumes qu'elle désigne sous le nom générique de « Paroles des Scribes » ilD,! D''131D. Leur origine se perd dans la nuit des temps. Plusieurs d'entre elles modifient très-nettement les dispositions de la loi primitive. (Voir notamment Talmud, 5^yn/iedrm, 58, b.)

2. Par exemple : « Tsadok, fils d'Ahitud et Abimelech, fils d'Abiathar » étant pontifes, Séraïa était sopher. » (II Samuel, ch. viii, 17 ; — Conf. ch. XX, 25.) D'autres fois le sopher apparaît comme une sorte d'intendant royal. (II Rois, ch. xii, 10 ; — xix, 2 ; r- xxii, 3.)

3. Ainsi, dans les Chroniques, Jonathan, oncle de Dayid, est 'désigné comme scribe ayant, en même temps, le titre déconseiller, Yoeiz, (I Chroniques, ch. xxvii, 32.)

certitude, il n'est pas douteux que la captivité de Babylone leur donna une importance particulière. La corporation survécut en effet à la destruction du premier temple. Elle constitua, enBabylonie,urie réunion de docteurs Jouissant d'une grande réputation de science et de piété. Leurs études en faisaient naturellement les gardiens de la tradition à la fois nationale et religieuse que l'exil avait brusquement interrompue. Ils devinrent, par la force même des choses, le centre d'un mouvement de doctrine et d'aspirations patriotiques qui groupèrent autour d'eux la masse de la nation. Leurs leçons et leurs paroles entretenaient les sentiments de foi et l'esprit national parmi les exilés de Sion. C'est parmi eux, à coup sùr^ que se forma le noyau originaire de ces Docteurs de la loi qui jouèrent bientôt un rôle si prépondérant dans l'histoire du second temple*.

La vie d'Ezraet la réforme qu'il accomplit en ramenant en Judée les captifs deBabylone^ révèlent en quoi consistaient les travaux des Sophérim sur les bords de l'Euphrate. Comme on l'a vu plus haut, le livre qui porte son nom le désigne comme un des scribes les plus habiles et les plus dévoués de son temps, a C'était » un de ceux, ajoute le texte, qui écrivaient les paroles

1. Le mot dont les Chroniques se servent pour désigner parfois les Scribes est caractéristique/Elles nomment, par exemple, Jonathan, Mébin "J''a,D. Or, au temps d'Ezra, c'est aussi par ce nom qu'on désignait les docteurs de la loi. (Voir plus haut, page 15.)

» de la loi de rÉternel et conservaient ses comman- » demeats^. » Ces mots définissent l'œuvre des Scribes. Ils étaient les gardiens de la loi dont ils fixaient^ le texte par l'écriture et dont ils faisaient connaître l'esprit par la tradition. Le récit biblique, qui nous montre Ezra sans cesse occupé à l'étude de liiThorah afin de pouvoir « en enseigner à Israël les statuts et » les ordonnances^, » nous initie, par cela même, à ce qui se passait dans le collège des scribes. Tous étaient, comme lui, des gens pieux qui consacraient leur temps à écrire le texte légal, à en approfondir les principes, à en préciser l'interprétation et à en répandre la connaissance et la pratique parmi le peuple. En outre, un grand mouvement d'opinion s'était certainement produit pendant la captivité de Babylone parmi les docteurs juifs. Ils réfléchirent sans doute alors profondément sur les causes des fréquents désastres d'Israël et sur les moyens de sauvegarder le monothéisme au milieu des périls qui menaçaient sans cesse la nationalité. En conséquence, ils élaborèrent en silence les éléments d'une forte organisation religieuse et sociale dans l'hypothèse du retour du peuple élu au pays de ses aïeux. Tandis que le prophétisme, entraîné par son enthousiasme vers les vastes sphères de la palingénésle humaine, s'élevait aux sublimes conceptions du messianisme universel,

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