‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 55 sur 500 · Exode, ch. xix · texte numérisé non relu

Exode, ch. xix

3. Le livre des Macchabées nous montre les Scribes et les Hassidim unis et en quelque sorte confondus ensemble dans une circonstance très-caractéristique. (I Mâccuabées, ch. vu, 12 et 13.)

Synode OÙ leurs connaissances spéciales étaient d'un immense secours dans toutes les délibéi'ations.

Docteurs de la loi, chefs de la justice et de l'inàtructiori ptiblique, ils exerçaient une grande influence siir l'esprit du peuple et sur la jeunesse des écoles. Leur popularité était considérable. Leur enseignement austère attirait la foule et inspirait à tous un respect que justifiait la pureté de leurs doctrines et de leur conduite. Mais leur ascétisme, qui faisait de leur vie privée un perpétuel sacerdoce, paralysait leur action dans la vie publique. Les pratiques du culte, auxquelles ils s'astreignaient avec un zèle qui allait jusqu'à la minutie, ne le,ur laissaient ni assez de teinps ni assez de liberté pour s'occuper, à la fois, des intérêts matériels de la Judée. Absorbés par la religion, ils ne voyaient rien de si important que d'en accomplir scrupuleusement les moindres devoirs. Aussi abandonnaient-ils volontiers à d'autres le fardeau des affaires, aimant le calme et la paix et se consacrant, sans partage, en dehors des préoccupations mondaines, à l'étude de la loi divine. '

Du reste, il y avait réciprocité. Si les Hassidim montraient peu de goût pour l'administration propreinent dite, les Tsadoukim en montraient fort peu, à leur tour, pour les travaux purement spéculatifs où se complaisaient les premiers. Ils leur cédaient donc, sans ,v regret et sans réserve, le soin d'enseigner et d'inter- , prêter la loi, sur laquelle la noblesse patricienne,

composée de gens du inonde, n'avait que des notions très-incomplètes. Les deux partis \écurent ainsi assez d'accord à l'origine, se tenant chacun dans une sphère distincte, n'ayant pas beaucoup d'occasions de se rencontrer, ni, par conséquent, de se heurter.

On les trouve indiqués avec un égal respect, dans un document contemporain du grand Synode, qui établit d'ailleurs péremptoirement leur existence et leur individualité à cette époque. Ce témoin précieux des premiers partis juifs, auquel les historiens ne paraissent pas avoir donné une suffisante attention, c'est la nouvelle liturgie qui fut composée au temps d'Ezra. ^

Dans la prière capitale de ce rituel, celle qui est désignée sous le nom des « dix-huit bénédictions » Schémonéh Ezréh^y'û en est une, sorte d'oraison pour les pouvoirs publics et religieux, analogue au Salvum fac moderne, qui appelle les grâces divines sur tous les corps constitués dont se compose la maison d'Israël et, enfin, sur le peuple tout entier. La formule qu'on y lit ne se borne pas à une invocation collective ; elle énumère, par leurs noms spéciaux, les diverses autorités et les classes sociales pour lesquelles on implore la bienveillance et la miséricorde de Dieu. Ce sont les Tsadikim, les Hassidim^ les Zékénim ou anciens, les restes de l'ordre à.e^ Sophérim ou Scribes,

1 . Ce nom vient précisément du nombre de bénédictions spéciales q\îi' v-yf:: composent l'ensemble de cette prière. t^^f

et finalement rensemble du peuple ,Se^em*^ bethïsraël^.

Le sens réel de ces mots n'est pas douteux. C'est une énonciation très-précise des éléments constitutifs delà société juive de cette époque. Dans les Tsadikim du rituel, il est impossible de ne pas reconnaître le grand parti pontifical et aristocratique de ce nom ^, qui, uni à la famille sacerdotale de Tsadok, occupait les plus hautes dignités. Dans les ^«55zc?2m,ir serait également absurde de ne voir, d'après le sens littéral du mot, que « les gens pieux » fidèles aux commandements de la loi. L'expression est trop caractéristique pour ne pas désigner clairement le grand parti religieux de ce nom qui s'était formé à côté des Tsadokites et qui présida à l'enseignement et à la justice pendant toute la durée du second temple. Quant aux Anciens^ aux Scribes et.au reste du peuple, leur désignation si formelle, insusceptible d'équivoque, prouve bien que le passage tout entier s'ap-

1. Voici le texte de cette oraison. « Seigneur, notre Dieu et Dieu « de nos pères, que ta miséricorde protège les Tsadikim, les ffassidim, » et le surplus de la maison d'Israël, ses Zékénim (anciens) et le iteste » de la maison des scvihes {Pélétath-beth-Sophérim). » Le rituel aujourd'hui en usage y ajoute les Prosélytes [Guéré-ka-Tsédeh], mais ce mot a été ajouté plus dé 500 ans plus tard, par les docteurs de l'académie de Yabné, lors de la révision qui se fit alors de la liturgie.

2. Nous répétons ici que le mot Tsadikim en hébreu a la même signification que le mot araméen Tsadoitkim, sous lequel étaient connus les Sadducéens. Le rituel d'Ezra est rédigé en langue hébraïque.

plique à des situations officielles et a en vue les divers pouvoirs ou corporations régulièrement établis au sein de la nation juive.

Il en résulte la preuve évidente que les Tsadikim et les Hassidim existaient dès les premiers temps du retour de la captivité, avec une sorte d'organisation particulière et sous une forme publique qui en faisaient deux partis également influents et respectés, concourant , l'un et l'autre , - chacun à sa façon , à l'administration et à la défense des intérêts du Judaïsme.

De ces deux partis, celui qui fut le plus fidèle représentant de l'œuvre d'Ezra, ce fut certainement celui des Hassidim. Héritiers des principes du grand Synode, ils travaillèrent, avec un zèle infatigable, à répandre l'instruction et à initier le peuple entier au culte spiritualiste qui était le but même de la réforme. Apôtres permanents de la loi orale^ ils façonnèrent peu à peu les mœurs publiques aux coutumes traditionnelles qui en étaient la base essentielle. Les Tsadikim, au contraire, assez indifférents à l'étude et à la pratique de la loi, beaucoup plus occupés de leurs ambitions,

de leurs intérêts et de leurs plaisirs, plus opposés d'ailleurs que favorables aux innovations d'une doctrine dont les tendajices leur semblaient, avec raison, devoir être funestes aux privilèges du sacerdoce et à leur propre suprématie, n'étaient guère disposés à se faire les missionnaires ni les champions de la

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réforme. Sans doute même ils la regardaient d'un œil ' méfiant et inquiet.

Au début de l'organisation nouvelle les Tsadikim et les Hassidim se trouvèrent donc, par la, nature de leurs sentiments, de leurs travaux et de leurs aptitudes, dans des camps distincts. Ils ne devaient pas tarder à se déclarer la guerre. Mais, pour comprendre comment leur hostilité est née et s'est développée suc- i cessivement jusqu'au jour où du Hassidisme contemplatif est sorti, dans Je but de combattre le Sadducéisme, un parti militant qui s'est appelé le parti pharisien, il faut jeter un rapide coup d'œil sur le mouvement des faits qui ont marqué le gouvernement des grands prêtres tsadokites.

Le caractère dominant de cette période trois fois séculaire, c'est, d'un côté, la corruption croissante du pontificat et de raristocratie ; de l'autre, l'état précaire delà Judée, aspirant toujours, mais en vain, à son antique indépendance, jouet des caprices de ses maîtres successifs, tour à tour cédée, vendue, livrée, reprise, suivant le hasard des batailles et des combinaisons diplomatiques dont la Palestine , la Syrie et l'Egypte formaient le terrain agité.

Cependant les deux siècles pendant lesquels dura le

pouvoir des Perses en Judée, ne furent pas plus durs pour cette contrée que pour les cent vingt-sept provinces dont se composait, dit-on, le vaste empire persan^. Elle jouit d'une liberté religieuse complètej et se gouverna selon ses lois. Pourvu qu'elle remplît, à l'égard du souverain, ses devoirs d'obédience et de vassalité et qu'elle payât exactement ses tributs, on ne lui demandait pas davantage.

Lorsque Alexandre le Grand, poursuivant l'étonnante expédition qui devait lui soumettre l'Egypte et lui ouvrir l'Asie jusqu'à l'Indus, eut vaincu Darius, roi de Perse, et établi la domination macédonienne sur les bords de l'Euphrate, la Judée subit, à son tour, la loi du vainqueur^. Mais le grand conquérant se montra plein de bienveillance pour ses nouveaux sujets. Il confirma avec solennité tous les droits qu'ils avaient sous le gouvernement des Perses, les dispensa des impôts aux périodes septennaires et les attira dans ses

i. EsTHER, ch. I. 1; — « Âssuérus, y est-il dit, régnait deppis Hodou » jusques à Cousch sur cent vingt-sept provinces. »

2. Le passage d'Alexandre à Jérusalem est marqué par un événement légendaire que l'histoire et la chronique rapportent en termes à peu près identiques. Après le siège de Tyr et de Gaza, le vainqueur de Darius marcha sur la ville sainte, fort irrité de l'attitude des Juifs pendant la guerre et de la fidélité qu'ils avaient alors montrée pour leur souverain légitime. L'épouvante fut générale à son approche. Le grand prêtre Jaddua, qui portait alors la tiare, ordonna des prières publiques pour implorer le secours divin ; mais il eut en songe nne vision où Dieu lui aurait prescrit de faire joncher de fleurs les rues de la ville, d'en ouvrir les portes et d'aller sans crainte au-devant d'Alexandre, couvert de ses habits pontiBcatix, accompagné des

armées en leur assurant, pendant le temps du service militaire, l'entière pratique dé leur culte. Plus tard, lorsqu'il eut fondé Alexandrie, il y accorda aux Juifs les mêmes droits civils et politiques qu'aux Grecs ; il étendit même ce principe d'égalité à tous ses États.

Après la mort d^Alexandre, la Judée fut cruellement troublée par les guerres que les lieutenants du héros macédonien se livrèrent entre eux pour s'arracher, l'un à l'autre, les royaumes qu'ils s'étaient taillés dans son immense empire. Placée entre l'Asie et l'Afrique, passage fatal des armées qui se jetaient lour à tour de l'Egypte sur la Syrie et de la Syrie sur l'Egypte, toujours théâtre ou victime de ces luttes sanglantes, toujours soumise au joug du vainqueur, elle n'eut, en quelque sorte, pas un moment de trêve durant les cent cinquante années qui séparent la mort d'Alexandre de l'insurrection des Macchabées. Passant des Macédoniens aux Égyptiens^ des Égyptiens aux Syriens, elle fut l'enjeu de toutes les ambitions qui se livraient

prêtres et des lévites vêtus de blanc, et des principaux de la nation. La, splendeur de ce cortège sacerdotal imprèssionna-t-eile le héros grec? Ou bien, comme on le prétend, reconnut-il ,dans le pontife juif, avec sou éphod d'azur et sa tiare où le nom^inelfable était in-; scrit sur une lame d'or, un être mystérieux qui lui était apparu jadis en songe, lui prédisant la conquête de la Perse ? Ce qui est certain, c'est que sa colère s'apaisa comme par enchantement. Il accueillit Jaddua de la façon la plus affectueuse, le salua le premier, l'emLrassa et, prenant place a ses côtés dans le cortège, se rendit au temple de Jérusalem et y offrit des sacrifices. {JosÈmE^' AnUg., lir. XI, ch, vni.) Le Talmud (Toma, 59. a.) rapporte ces faits au pontificat de Simon le Juste ; mais c'est un évident anachronisme.

bataille et triomphaient chez elle et autour d'elle. Néanmoins, au milieu de ces vicissitudes, sa situation morale fut meilleure que sa situation matérielle. Par intérêt ou par esprit de justice, les successeurs d'Alexandre, en Egypte comme en Syrie, suivirent la politique du fils de Philippe. Tous les Ptolémées, pour attirer les Juifs dans l'ancien royaume des Pharaons, affectèrent envers eux un grand esprit de tolérance et de libéralité. Si Ptolémée Soter s'empara de Jérusalem par un acte de trahison, après y être entré pacifiquement sous prétexte d'offrir des sacrifices à l'Éternel, (an 320 av. J.-G.) et si, suivant l'usage de ces temps barbares, il emmena en exil un grand nombre de Juifs, cependant il confirma tous les privilèges sociaux qu'Alexandre avait accordés à la nation en générale

Ptolémée Philadelphe qui lui succéda, affranchit 1^0,000 Juifs captifs dans son empire depuis la prise de Jérusalem par Soter ; il paya lui-même leur rançon aux maîtres dont ils étaient les esclaves. Un événement considérable marqua le règne de ce prince. Il fit traduire en grecle Pentateuque, et la chronique raconte que le grand -prêtre Eléazar lui envoya, dans ce but, sur sa demande, soixante dix savants de Judée choisis parmi toutes lestribus^ Philadelphe avait alors auprès

A. SosÈvKE, Antiquités, Uv.Xïï, ch.i.

2. Ibid. liv. XII, ch. u, — Malgré le récit ai détaillé de cet historien et celui d'Aristéas, qui aurait été lui-mêpie l'intermédiaire de la dé-

de lui un juif éminent, Aristéas, qui a écrit l'histoire plus ou moins véridique de cette traduction fameuse. G'estlui qui., d'accdrd avecDémétrius de Phalère,iin dés plus hauts fonctionnaires delà cour, concilia au peuplé juif l'esprit du monarque égyptien. Quelle que soit l'origine de la traduction des Septante, il est certain que les livres où se lisaient les lois des Hébreux furent placés avec honneur dans la bibliothèque célèbre que Ptolémée fonda à Alexandrie, Là, consultés par tous les savants de l'époque, ils firent connaître et propagèrent dans le monde intellectuel les grands principes du Judaïsme. '

Tous les Lagides montrèrent envers les Juifs une égale sympathie. Évergètes leur fut particulièrement favorable grâce à l'influence de Joseph ben Tobias percepteur des tributs de Judée, neveu d'Onias le grand prêtre^' Philométor permit à un grand prêtre juif,

marche faite au nom du roi auprès du pontife juif, la critique moderne a élevé des doutes sérieux sur l'authenticité de. ces faits. Elle pense que la traduction des Septante a été une œuvre spontanée des Juifs Alexandrins. C'est très-possible en effet, mais les deux hypothèses, quelle que soit la vraie, n'enlèvent rien à l'importance de l'événement.

1. Ce Joseph ben Tobias, dont l'histoire est assez romainesque (Voir JosÈPHE, Antiq. liv. XII, ch. iv,) était devenu adjudicataire des tributs de toutes les provinces qui avaient formé la dot de Cléopâtre, fille d'Antiochus le Grand, roi de Syrie, mariéeavec Ptolémée Philadelphe. {Ibid. liv. XII, ch. in.) Il était arrivé ainsi à une fortune colossale qui lui donnait un très-grand prestige à la cour d'Egypte et une trèsgrande puissance en Judée. On le voit souvent envoyer à Ptolémée et à Cléopâtre des présents magnifiques qui n'étaient sans doute pas

un autre Onias, fils lui-même du pontife de ce nom, de bâtir à Léontopolis, dans le district d'Héliopolis,un temple semblable à celui de Jérusalem et d'y instituer des sacrificateurs et des lévites^ . A cette même époque, Aristobule, un remarquable philosophe juif de ce temps, était gouverneur d'un des jeunes Ptolémees^. Deux autres Juifs , vaillants hommes de guerre , Onias et Dosithée , étaient généraux dans l'armée égyptienne ^

Les Rois d'Asie, pendant la période que nous venons de parcourir rapidement, traitèrent également les Juifs avec beaucoup de bienveillance. Séleucus Nicanor leur accorda le droit de cité, à l'égal des Macédoniens et des Grecs, dans toutes les villes qu'il bâtit, notamment dans Antioche sa capitale*. Le règne d'Antio-

sans influence sur les bonnes dispositions du monarque en faveur des Juifs.

1. Le but d' Onias parait avoir été de maintenir une certaine unité dans le culte des Juifs égyptiens. Ceux-ci, en effet, avaient un assez grand nombre de maisons de prières où ne présidait aucune règle uniforme. Ce n'en fut pas moins une entreprise contraire au principe mosaïque qui ne permettait les sacrifices que dans le sanctuaire établi au centre même de la nationalité. Onias s'appuyait sur une prédiction d'Isaïe annonçant « qu'il y aurait en Egypte un lieu con- » sacré à l'Éternel. » (Isaie, ch. xix, 19 et s.) Le temple de Léontopolis subsista jusqu'à l'époque de Vespasien, qui le fit fermer après la destruction de Jérusalem.

2. Le second livre des Maccbabées est adressé à cet Aristobule. (Lettre préliminaire.)

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