‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 58 sur 500 · JosÈPHE, Contre Appion, liv. 11, cli. n · texte numérisé non relu

JosÈPHE, Contre Appion, liv. 11, cli. n

/il.'

culte des études philosophiques et morales, s'il pouvait être dangereux pour leurs croyances paternelles en y mêlant les doctrines de la philosophie grecque, était, du moins, de nature à élever leurs âmes et à raffermir leur moralité. Ils y trouvèrent ime civilisation légère, corrompue et corruptrice.

Les Grecs qui s'établirent dans le royamne dés Pharaons, inspirés sans doute par la grandeur des souvenirs de ce mystérieux pays, y vécurent aussitôt de la vie de l'intelligence, comme l'atteste la double célébrité de l'école et de la bibliothèque d'Alexandrie. Ceux qui dominèrent en Asie y prirent, au contraire, en peu de temps, les mœurs efféminées et les coutumes fastueuses des anciens despotes orientaux. Là, les fêtes resplendissantes, les passions sensuelles et énervantes, les jeux cruels destinés à procurer aux esprits blasés des émotions plus vives, la poursuite effrénée de toutes les voluptés, étaient la vie de chaque jour.

Les Juifs subirent fatalement la contagion de l'exemple. Mais, comme tous lès imitateurs que leur éducation ou leur naturel n'ont pas suffisamment préparés, ils ne prirent de la société grecque que les défauts. Ces esclaves de la veille n'avaient pu conquérir, dans l'abaissement de leur servitude, le sentiment artistique ni le goût raffiné qui donnaient, avec l'élégance de la forme, un charme inexprimable aux vices des Hellènes. Ils se précipitèrent, en aveugles, dans ces plaisirs

nouveaux pour eux. Si encore ils s'étaient contentés de suivre les mœurs païennes dans les pays éloignés où le hasard les avait conduits ! Mais non ; leurs récits et leurs leçons agirent vivement, à Jérusalem même, sur l'esprit de la jeunesse juive. A l'instar des villes grecques, les novateurs voulurent établir dans laville sainte des gymnases, des cirques, des spectacles publics et des lieux de débauche et d'orgie consacrés au sensualisme le plus abject \ L'Héllénisme, en ce qu'il avait de plus dépravé^ pénétra en Palestine par toutes les issues.

Ce mouvement démoralisateur fut malheureusement secondé par le patriciat et par le sacerdoce juif. Les opulents Sadducéens, habitués déjà en Ghaldée au luxe asiatique, toujours enclins à faire de leur fortune l'instrument de tous leurs caprices, véritables épicuriens du Judaïsme, aimant, au-dessus de tout, leurs aises et leur bien-être, ne pouvaient pas se montrer sévères pour des innovations qui leur apportaient de nouveaux éléments de plaisir. Et puis, dans leurs rapports journaliers avec les fonctionnaires, les diplomates et les guerriers de l'Asie grecque, ils n'étaient pas fâchés, peut-être, de prouver que le peuple juif se façonnait aux mœurs de ses nouveaux suzerains. 11 est même possible qu'ils y vissent un moyen efficace de favoriser les relations de la Judée au dehors. Quoi qu'il

i, JosÈpiiÈ, vlw'/V/. liv. XII, cil. VI ; — II Macchabées, ch. m.

LES PHARISÎEiNS. 95

en soit, calcul ou entraînement, il y eut cei'tainement à cette époque, dans les rangs élevés de la société juive, de graves défaillances morales qui propagèrent en Israël l'influence funeste de rHellénisme. Il faut croire que le mal fut bien général, quand on voit la faniille du percepteur Joseph ben Tobias, petit-fils de Simon le Juste, et, avec elle, des administrateurs du temple et de hauts fonctionnaires publics céder à la séduction de l'esprit nouveau!.

\ Les familles sacerdotales, loin de combattre ces mauvaises tendances, glissèrent, à leur tour, sur la pente fatale. On vit des grands prêtres, eux-mêmeSj par ambition ou par faiblesse, déserter les devoirs dé leur sainte mission et abandonner la célébration du culte divin pour se mêler publiquement au débordement des coutumes grecques '-.

On comprend aisément .quels sentiments de colère ces faits devaient exciter dans l'esprit des Hassidiin, incorruptibles gardiens des traditions religieuses et morales du Judaïsme. La cause de cette nouvelle chute d'Israël était l'Hellénisme. L'Hellénisme devint

Page 1