CHAPITRE PREMIER
l'insurrection des macchabées
En appréciant les causes et les résultats de la glorieuse insurrection dont les Macchabées furent les chefs, on s'est presque toujours borné à considérer la pensée nationale qui arma les opprimés de la Judée. On a négligé d'y suivre, en même temps, la lutte des partis intérieurs qui y a joué cependant un rôle tout aussi considérable que l'élan du patriotisme. C'est cette lutte que nous voulons, au contraire, mettre particulièrement en relief, car elle a fortement caractérisé le mouvement pharisien à cette époque, en engageant résolument le combat de la démocratie juive contre l'aristocratie sacerdotale et patricienne.
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Dès ce jour, en effet, le Pharisaïsme et le Sadducéisme se sont ouvertement déclaré la guerre. Leur hostilité a pris naturellement des formes originales appropriées aux mœurs et à Tesprit du Judaïsme contemporain ; elle a éclaté tour à tour en grandes discussions doctrinales et en violences matérielles, faisant servir aux intérêts des deux partis toutes les forces de la politique d'une part, de l'autre tous les arguments et toutes les arguties de la théologie, et cherchant, dans les textes mêmes des livres saints, étrangement interprétés, des complices pour leurs ambitions respectives. La singularité de cette polémique n'est pas le fait le moins curieux de l'histoire de ce temps. Mais, quels qu'aient été les moyens employés, le résultat fut certainement la victoire de la démocratie pharisienne sur l'aristocratie sadducéenne et la consécration définitive de la réforme dont les hommes du grand Synode avaient posé les fondements.
Ce qui est non moins certain, c'est que la révolution hasmonéenne renversa du pouvoir la famille pontificale qui en était alors en possession, en faisant passer l'autorité souveraine de la branche aînée à la branche cadette de la race d'Aaron. En même temps, elle donna à la classe moyenne, représentée par le parti pharisien, une part prépondérante dans le gouvernement de la chose publique, au détriment de la noblesse sadducéenne. Deux faits d'une grande portée sortirent ainsi de ce mouvement populaire. La légi*
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timité pontificale fut détrônée et le principe électif succéda au principe de l'hérédité de droit divin. Ce fut le premier coup porté à l'ordre ancien. Il frappa mortellement l'institution sacerdotale et la suprématie patricienne, c'est-à-dire le Sadducéisme tout entier, et prépara l'avènement des idées démocratiques dont le Pharisaïsme était l'expression.
Si l'on voulait appliquer à ces événements la phraséologie de nos jours, on pourrait dire qu'il se passa alors en Judée, sauf les péripéties émouvantes de la guerre étrangère dont le soulèvement hasmonéeu s'est compliqué, quelque chose d'analogue à notre révolution de 1830. Or, un pareil fait, à une telle époque et dans un tel milieu, vaut la peine qu'on s'y arrête. Il éclaire d'un jour nouveau les origines de l'école pharisienne et en fait comprendre les progrès successifs.
Nous avons dit que le pontificat s'était profondément déconsidéré par les scandaleuses compétitions et les défaillances coupables de la race tsadokite. Mais jamais ces scandales ne prirent un caractère plus grave que lorsque AntiochusÉpiphane, succédant à Séleucu s, son frère, monta sur le trône de Syrie.
La tiare, arbitrairement donnée par le monarque à
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ses créatures, devint l'objet des plus honteuses spéculations. Le pouvoir sacerdotal était comme une marchandise à l'encan dont on restait adjudicataire en surenchérissant à propos. Ceux qui pouvaient le mieux payer la dignité en recevaient le titre. Jeschoua, surnommé Jason, frère d'Onias, offrait à Antiochus, pour être nommé grand prêtre, 360 talents d'argent et 80 talents de revenus divers, outre 450 talents destinés à payer l'autorisation d'établir un gymnase à Jérusalem*; mais, peu de temps après, il était dépossédé de ces hautes fonctions au profit d'un autre Onias, connu sous le nom grec de Ménélaos, son jeune frère % lequel, pour capter la bienveillance du despote syrien, avait donné 300 talents de plus que Jason ^.
Pour subvenir à ces énormes dépenses et conserver, par de perpétuels cadeaux, la faveur toujours chancelante du monarque, ces pontifes prévaricateurs, une fois investis de l'autorité sacerdotale qui leur donnait la souveraineté effective avec le titre de Nassi et le droit de percevoir les impôts *, accablaient le peuple d'exactions. Mais cela ne suffisait pas. Ménélaos y
i. II Macchabées, cli. iv, 7, et s.
2. JosÈPHE, Antiquités, liv. XII ch. vi. — Ce Ménélaos était le fils d'un certain Simon, trésorier du temple, que le second livre des Macchabées (ch. III, 4) accuse d'avoir dénoncé à la cupidité des gouverneurs syriens les trésors renfermés dans, le sanctuaire.