I MACCii.-ch. IX
En même temps le pays se couvrit de forteresses, munies de troupes aguerries, avec mission de maintenir la paix et de réprimer aussitôt toute nouvelle tentative de soulèvement. A Jérusalem même, on bâtit, en face du Temple, une citadelle formidable, l'Akra, qui dominait et contenait la ville entière. Jéricho et Beth-el, à l'ouest, Emmaîim, Beth-Horon et Thamnatha, à l'est, Pharaton et Thépho, au sud, enfin Beth-Sura et Gazara, dans l'intérieur, formèrent, par de grands travaux de défense, tout un réseau de fortifications puissantes qui tenait la Judée entière dans l'obéissance.
Gomme on le voit , la révolution hasmonéenne conservait toujours son caractère primitif. Les luttes de parti à l'intérieur y jouaient un rôle plus important encore que les luttes de nationalité à l'extérieur. Il est même évident que la guerre étrangère et la persécution syrienne n'avaient été, en cette circonstance, que les auxiliaires des ambitions qui s'agitaient en Judée pour faire vivre, malgré le cri de l'indignation publique, un pouvoir profondément antipathique à la masse dé la nation.
Dans de telles conditioiis, la restauration sacerdotale, auprofîtd'Alkimos, ne pouvait être qu'une halte dans le mouvement révolutionnaire, et la paix qu'une trêve éphémère. Le peuple juif avait appris, sous Juda Macchabée, ce que peut le patriotisme uni à la foi. L'oppression qui pesait sur la Judée exaspéra de nou-
veau le sentiment national, bien qu'elle blessât moins qu'autrefois le sentiment religieux. A l'appel des patriotes juifs, Jonathan et ses frères qui, depuis la mort de Juda, vivaient à l'écart et cachés, sortirent de leur retraite et se mirent à la tête du mouvement insurrectionnel. Jonathan fut le chef de ce nouveau soulèvement. Pour se préparer à la lutte, il se réfugia au désert de Thékoa, non loin de Jérusalem où tous les conjurés vinrent successivement le rejoindre. C'est de là qu'il commença la seconde expédition qui, cette fois, devait se terminer par l'affranchissement complet de la Judée.
Jusques alors, en effet, la guerre des Macchabées n'avait été qu'une guerre de partisans assez semblable à ce qui se passe encore aujourd'hui en Algérie, où les chefs des tribus du Tell, du Sahara ou de la Kabylie se mettent à la tête de petites troupes, puis, se précipitant tantôt à droite, tantôt à gauche, fatiguent les maîtres du pays et exécutent des coups de main audacieux, sans s'astreindre à une stratégie savante. Ce n'est pas la grande guerre; c'est la guérilla avec Tappui du désert et des montagnes. Tantôt vainqueurs, on célèbre leurs exploits, comme si l'œuvré delà délivrance était accomplie ; tantôt vaincus, ils rentrent dans le silence et l'ombre et se réfugient dans des lieux arides où des armées régulières ne peuvent les poursuivre. "
Les Hasmonéens, malgré des prodiges de valeur
qui ont rendu leur nom immortel , ressemblaient beaucoup à ces hardis partisans. Ils avaient remporté des succès merveilleux ; mais la Judée était toujours asservie. Les despotes syriens la sentaient frémir sous leur autorité, mais ils la tenaient et la serraient puissamment. C'est en vain que coulait le sang des héros et des martyrs ; la Grèce régnait toujours en Palestine.
Ce que le courage n'avait pu faire, la diplomatie parvint à l'accomplir.
Jonathan et son frère Simon obtinrent d'abord sur les rives du lac d'Asphar, ensuite à Beth Bes&é, quelques avantages sur l'armée syrienne. Dans l'intervalle, Alkimos mourut d'une attaque de paralysie*, et le pontificat devint vacant sans qu'aucun prétendant sacerdotal osât s'emparer de cette succession difficile ^ Bacchides ne se crut pas en mesure d'y pourvoir. Il retourna auprès de Démétrius et la guerre cessa pendant deux ans ^
1. Alkimos mourut au momeat où il faisait démolir un mur de bois servant de barrière poiir les païens qui entraient dans le temple de Jérusalem. Ils restaient ainsi séparés du peuple à cause de leur impureté originelle. La construction de ce mur était attribuée par la tradition aux prophètes eux-mêmes. On l'appelait aussi u l'ouyrage » des prophètes. » (Macch. I, ch. ix, 54.) Son nom vulgaire était Soreg ou Soréga en chaldéen. (Mischnah, Kétim I, § 2. — Midoth II, § 3.)
2. Le pontificat resta vacant pendant sept années. (Josèphe, Arit. iÏY. XX, ch. vni.) C'est vraisemblablement à cette époque et à cette cause que se rattacltie l'institution du grand-prêtre suppléant, Ségan, dont il est question dans la Mischnah. {Yoma, VII, § 1.)
3. La mort d'Alkimos (159 av. J.-G.) et le départ de Bacchides sont
Ces deux années de paix extérieure furent deux années d'anarchie. Plus d'autorité légale ; plus de pouvoir régulier; plus de grandprêtre; plus de beth-din; plus d'école. Les partis avaient beaujeu pour se combattre. Les Hellénistes ourdirent un complot dans le but de saisir par ruse Jonathan et son frère Simon et de les livrer au roi de Syrie. Les deux Macchabées, avertis en temps utile, purent échapper à ce guet-apens \
Bacchides revint en hâte et la lutte armée recommença. Mais le général syrien était. las de ces efforts stériles. Il comprit que la faction sur laquelle s'appuyait à Jérusalem la domination syrienne était profondément antipathique à la nation et qu'on n'aurait jamais de repos tant qu'on s'obstinerait à la soutenir contre le vœu unanime de l'opinion. Aussi, rompant résolument avec ses compromettants alliés de Tancien sacerdoce, il manifesta hautement des dispositions pacifiques.
Jonathan, en l'apprenant, s'empressa d'envoyer vers lui pour traiter de la paix. Des deux côtés on fut bientôt d'accord. Les prisonniers furent rendus et, suivant le mot du récit sacré, « Tépée cessa en » Israël. »
Ce n'était pas encore le dénouement de la crise, mais on en approchait à grands pas. Jonathan, sans
restés au calendrier juif comme une fête nationale. (23 Mahrsche- ■wan, novembre.) — (Mégitillath Taanith.) 1. I Macchabées, ch. ix, 62. ~ Josèphe, Ant. liv. XIII, ch. i.
avoir le pouvoir suprême, s'établit à Machmar où il exerça une autorité analogue à celle des Juges après Josué, « jugeant le peuple, porte le texte, et extermi- » nant les méchants d'Israël * » et, ce qui est plus important, d'après le récit de Josèphe, « n'oubliant rien » pour réformer les mœurs de la nation ^ »
Néanmoins l'œuvre ne pouvait être complète que le jour où le pacificateur de la Judée serait maître de Jérusalem. Or, la guerre civile n'avait pas encore dit 5on dernier mot et la faction helléniste, en possession de la forteresse de l'Akra, ayant entre ses mains des otages, tenait la ville et le temple à sa discrétion.
. Au lieu d'agir par violence, Jonathan eut recours à une habile diplomatie. Il profita, avec intelligence, des guerres intestines qui éclatèrent en Syrie où divers prétendants au trône réclamèrent successivement son concours. A la suite d'un mouvement mihtaire, Démétrius, en lutte avec Alexandre Bala ou Balez, un des fils d'Antiochus Épiphane, fît remettre au chef juif les otages retenus dans l'Akra et lui permit de rentrer à Jérusalem et d'en réparer les remparts. De son côté, Balez lui écrivait des lettres d'une amitié expànsive où il l'appelait «mon frère. » Il lui offrait, en cas de succès, une alliance sans réserve et le nommait grand prêtre, lui envoyant, en cadeau, la robe de