TI Macchabées, ch. n
2. On a vu en effet qu'il y est dit que « Simon est le chef et l« » prince de la nation des Juifs, au-dessus de tous. »
seul l'initiative et l'honneur dés mesures de pacification et de préservation qui assurèrent alors la prospérité du nouvel état * . Les actes diplomatiques eux-mêmes ne font plus mention que du Nassi et du peuple juif en général % sans parler d'aucun autre pouvoir officiel.
Le Synhédrin, où le parti des docteurè avait joué un rôle si prépondérant sous l'ancien gouvernement tsadoliite et aux premiers temps de l'insurrection, avait disparu complètement dès l'époque de Jonathan. Depuis la mort tragique de José ben Yoézer et la rupture entre José ben Yochanan et Juda Macchabée, cette grande assemblée semble avoir été supprimée ou avoir interrompu ses séances. Ce qui est certain, c'est qu'il n'en est plus question. Simon, à son tour, ne songea nullement à la rétablir, car il faut arriver à Hyrcan, son successeur^ pour la voir fonctionner de nouveau et se réorganiser sur des bases puissantes.
i. I Macchabées, ch. xiv et xv passlm.
2. Notamment dans la lettre adressée à Siitidia par le roi Autiôchus : « Le roi Antiochus à Simon, grand prêtre et à la nation des » Juifs » (I Macch, ch. XV, 2.) — Il n'est plus question du Sénat, ni des Anciens.
lo8 LES PHARISIENS.
Le parti pharisien resta donc ou fut tenu en dehors du gouvernement, n* ayant plus le Synhédrin où il put faire entrer ses représentants et prévaloir ses idées ; mais, en revanche, le parti sadducéen prit, sous le nouveau régime, une influence aussi grande que sous Tancien.
Les Sadducéens se souciaient assez médiocrement que le sacerdoce fût aux mains de la famille de Tsadok ou de celle de Yéhoyarib, pourvu qu'ils en fussent toujours les conseillers. Ce qu'ils désiraient avant tout c'est le pouvoir ; leurs sympathies personnelles ne venaient qu'en seconde ligne. Quand ils avaient vu la victoire fixée sous les drapeaux de Juda Macchabée, ils s'étaient rapprochés de lui sans scrupule ; lorsque la dynastie nouvelle fut proclamée, ils s'y rallièrent généralement, espérant bien y trouver avantage.
Ils ne se trompaient pas, en effet. Gomme tous les gouvernements nés d'une révolution, les princes hasmonéens ne trouvaient pas, parmi leurs partisans, un personnel capable d'organiser et d'administrer la chose publique. Le parti qui réellement triomphait avec eux et par eux, était une réunion de pieux croyants et de savants abstraits, ou de jeunes hommes sans expé-
rience, tous fort peu au courant des combinaisons compliquées de la politique. — Ces hommes de foi n'avaient vu qu'une chose : c'est que le Judaïsme, tel qu'ils le rêvaient, était en péril; c'est que le monothéisme était menacé; c'est que cette situation redoutable avait été amenée par les fautes et les crimes du sacerdoce et du patriciat. Leur patriotisme religieux s'était ému plus encore que leur patriotisme politique. Pendant la lutte, ils avaient été d'un secours précieux en surexcitant, par leurs prédications, l'enthousiasme populaire; après la victoire, ils ne pouvaient être d'aucune utilité pratique pour la consolidation du nouveau gouvernement.
Du reste on a vu comment ils s'étaient séparés de Juda dans un moment extrêmement critique. Les liasmonéens avaient sans doute intérêt à les ménager à cause de leur immense popularité, mais cet exemple devait les mettre en défiance contre de tels alliés. — Ils accueillirent donc avec faveur ceux des Sadducéens qui parurent vouloir appuyer le nouvel ordre des choses. La façon habile dont les affaires de Judée furent conduites sous Jonathan et sous Simon, y révèle hautement la main, l'intelligence et les idées des hommes d'État du Sadducéisme. Si l'action de ce parti n'est pas très-ostensible, sans doute par prudence, à l'époque où le principat juif fut conféré au dernier survivant des fils dé Mattathias, elle est si publique et si influente sous son successeur, IIyrcanI^% qu'on
ne saurait douter qu'elle ne se soit exercée auparavant avec autant d'habileté que d'énergie.
On se rappelle que c'est aussi à l'époque de Jonathan que Josèphe montre les Pharisiens à l'état de parti actif et organisé pour la lutte des opinions. Les Hassidim avaient alors disparu de la scène. Mais le Pharisaïsme avait une origine trop récente encore pour jouer un rôle politique important. On ne cite aucun de ses membres dans les régions du pouvoir ni sous ce chef ni sous le gouvernement de son frère Simon.
Cette situation , qui écarta les 'docteurs , sans doute malgré eux, du mouvement politique, en fit naturellement un parti d'opposition, et le dépit de voir l'influence de leurs adversaires se maintenir et grandir même sous lé nouveau régime, donna à leur antagonisme contre les Sadducéens l'impulsion de l'ambition déçue. Ne pouvant accentuer leurs dissentiments dans les conseils de l'État ni dans les délibérations législatives, comme à l'époque du grand Synode et du Synhédrin, ils mirent au service de leurs rancunes le seul moyen d'action dont ils disposaient : l'enseignement populaire.
C'est de ce moment que date la grande querelle du Pharisaïsme et du Sadducéisme qui ne dura pas moins de deux siècles et qui fit couler des flots de sang. Désormais, dans les écoles, dans les synagogues, dans l'interprétation des livres saints, dans l'exposi-
tion des principes de la loi, les maîtres pharisiens s'étudièrent àmettre en lumière les divergences d'opinion qui les séparaient des Sadducéens. ils les rendirent suspects au peuple ; ils les signalèrent comme les adversaires implacables des croyances auxquelles les masses tenaient le plus; il les forcèrent à s^expli-^ quer sur des poiiits de doctrine avec lesquels ces généraux et ces diplomates étaient nécessairement peu familiarisés et les faisaient tomber en confusion, publiquement, par la démonstration de leur ignorance. Si les Sadducéens l'emportaient dans le gouvernement et groupaient autour d'eux les hautes classes, les Pharisiens cherchaient et trouvaient leur revanche dans l'opinion et se vengeaient d'être écartés du pouvoir en liant fortement à leur cause les sympathies populaires \
Pendant le gouvernement de Simon, le débat entre les deux partis n'eut pas le caractère violent qu'il prit sous ses successeurs. La discussion fut sans doute très-vive, aussi bien dans l'ordre politique et social que dans l'ordre moral et religieux , et nous dirons bientôt combien étaient graves les points sur lesquels portait la controverse ; mais, malgré l'importance qu'y attachaient l'es adversaires, elle ne sortit pas des bornes d'une polémique doctrinale.
1. « Les personnes de condition, dit Josèphe, embrassèrent le parti » des Sadducéens, et le peuple se rangea du côté des Pharisiens. » Antiquités^ liv. XIII, ch. xvin.
Le nouveau Nassi avait trop de prestige et d'autoi rite pour ne pas contenir les partis et empêcher leurs disputes de troubler la paix publique. Les Sadducéens étaient d'ailleurs titulaires des grands emplois, en mesure, dès lors, de réduire, au besoin, leurs ennemis à l'impuissance.
Toutefois, pour être gênée dans ses manifestations, l'action latente du parti pharisien n'en fut pas moins redoutable. Les écoles et les maisons de prières devinrent rapidement de véritables tribunes d'où les docteurs discréditaient le parti adverse, signalaient sourdement les princes hasmonéens comme livrés ù l'influence fatale de l'aristocratie et reprenaient contre le nouveau sacerdoce l'hostilité que les Hassidim avaient montrée contre le pontificat tsadokite.
Leur opposition était malheureusement justifiée par ce qui se passait dans les régions du pouvoir.
Avec une cour princière avaient recommencé les intrigues de palais et les ambitions criminelles où s'étaient déshonorés lesTsadokites.Un complot s'ourdit contre Simon dans sa propre famille. Son gendre, Ptolémée ben Chabub, à qui il avait donné l'administration du district de Jéricho, s'étant enrichi dans sa charge, aspirait au rang suprême. Simon étant allé
lui faire visite, accompagné do deux de ses fils, Mattathias et Juda, Ben Chabub leur donna un brillant festin, et, les ayant fait boire jusqu'à l'ivresse, les fit traîtreusement assassinera II chercha alors à s'entendre avec Antiochus Soter, roi de Syrie, pour livrer de nouveau la Judée aux Syriens et en avoir luimême le gouvernement sous leur autorité. Mais Jean Hyrcan, le troisième fils de Simon, qui était à Gazara lorsqu'il apprit le meurtre de son père et de ses frères, se rendit en toute hâte à Jérusalem où il put arriver avant les troupes que Ben Chabub envoyait pour occuper la ville. Ilréunit autour de lui les forces-fidèles à la famille des Hasmonéens. Le peuple tout entier était indigné de l'abominable guet-apens où avaient péri Simon et ses fils. Aussi, quand le meurtrier se présenta avec ses soldats devant les murs de la cité sainte, il fut énergiquement repoussé. N'ayant pas de troupes suffisantes pour prendre de force Jérusalem, il dut faire retraite et alla s'enfermer dans la forteresse de Dagon près de Jéricho, emmenant comme otage sa belle-mère qu'il avait retenue captive après l'assassinat de Simon ^.
Hyrcan fut proclamé, sans difficulté, successeur de son père avec les pouvoirs de grand prêtre et de Nassi. Son premier acte fut de faire le siège de la forteresse
1. I Macchabées, ch. xvi, 16. La mort de Simon eut lieu Tan 135 av. J.-G. au mois de février.