LA LUTTE DU PHARISAISME ET DU SADDUCÉISME
Il n'est pas facile de bien préciser en quoi ont consisté alors les divergences qui mirent aux prises les deux partis. Lorsque le Talmud, qui nous a conservé quelques souvenirs intéressants de cette époque, fut rédigé et résuma les traditions antérieures, le Sadducéisme avait depuis longtemps disparu et le Pharisaïsme, définitivement vainqueur, n'attachait plus qu'un intérêt secondaire à ce grand débat rétrospectif. Cependant la lutte fut trop vive, trop passionnée, de part et d'autre, pour n'avoir pas laissé de traces dans les monuments historiques. L"e recueil talmudique a enregistré divers faits qui, s'ils ne permettent pas de suivre le mouvement dans tous ses détails, sont néanmoins très-caractéristiques en ce qu'ils se rapportent à des événements qui ont marqué la victoire ou la défaite de l'un des deux partis. La liste des fêtes nationales et rehgieuses inscrite dans la Mégiiillath Taanith précise notamment chaque triomphe
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du Pharisaïsme, toujours consacré par une commémoration périodique ; mais ce ne sont que des témoignages incomplets avec lesquels on a peine à recomposer Tensemble.
Josèphe, trop préoccupé des vicissitudes nationales pour creuser profondément la philosophie de l'histoire, est lui-même, sur ce point, d'un laconisme désespérant. Pour lui, d'ailleurs, qui vivait aux derniers temps de la nationalité, lorsque le Pharisaïsme et le Sadducéisme avaient cessé leur longue guerre, ce ne sont plus, ainsi que TEssénisme, que des sectes religieuses et même de simples écoles philosophiques. Il ne parle pas^ peut-être ne se souvient-on plus autour de lui des origines de ces grands partis entre lesquels le débat fut si acharné et, au fond, plus politique encor que dogmatique. D'ailleurs, dans ses écrits, comme dans les livres traditionnels, quand il définit leurs doctrines, tout se mêle et se confond, les époques où elles se sont produites et les événements qui les ont déterminées. Heureusement, dans cette obscurité, il nous reste deux documents contemporains auxquels on a peu songé jusqu'à présent et qui, sainement appréciés, peuvent nous donner le mot de ce problème historique. Ce sont les deux livres des Macchabées.
Il suffit de parcourir ce double récit du soulèvement héroïque de la Judée, pour se convaincre que ceux qui en furent les auteurs y ont apporté des points de vue très-contradictoires et l'ont empreint d'un esprit de parti très-opposé ^ . La rédaction s'en est faite d'ailleurs à des dates assez éloignées l'une de l'autre. Le premier livre se termine à la mort de Simon^ au commencement du règne d'Hyrcan, son fils. Le second, au contraire, ne contient que l'histoire épique de Juda Macchabée et s'arrête à la grande victoire qu'il remporta sur Nicanor. Ce dernier a, dès lors, une importance particulière comme étant tout à fait contemporain de l'insurrection et exprimant, d'une façon trèscaractérisée, l'état des partis.
L'écrivain^ en effet, a été mêlé à tous les événements de cette première période. La lettre qui précède le récit et y sert d'introduction,- est adressée aux communautés juives de rÉgypte et particulièrement à Aristobule, précepteur du roi Ptolémée, pour leur faire con-
1. M. Geiger, dans son remarquable ouvrage Urschrift und Uberselzunge'n der Bibel, (ch. iv, p. 205) démontre , par de très-intéressantes observations critiques, les différences de rédaction et de doctrine qui font des deux livres des Macchabées deux manifestes de partis ojjposés. Ce beau travail exégétique nous a beaucoup servi pour la plupart des considérations qui suivent.
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naître que « Dieu a délivré leurs frères de Judée de » grands périls » et les engager à s'associer à la fète^ qu'ils comptaient célébrer le 25 du mois de kislew, dans le but de solenniser « la purification du Temple. » Bien que ladaj;e donnée à cette lettre semble en reporter la rédaction à une époque assez postérieure^ , ces premiers détails fixent le moment où elle l'ut écrite. La purification du Temple n'avait pas encore eu lieu; l'écrivain dit formellement qu'on la fera le 25 kislew alors prochain ^. La lettre est écrite au nom de Juda lui-même, du Sénat et du peuple '\ En effet Juda devait être encore vivant lorsqu'elle a été rédigée, car la défaite de Nicanor et l'institution de la solennité religieuse qui en fut la conséquence senties derniers actes du drame national qui y est exposé. Un événement aussi considérable que la mort tragique du héros juif n'aurait pu être passé sous silence. Le second livre des Macchabées est donc, certainement, une chronique contemporaine où l'esprit des temps se
1. La lettre porte eu effet la date de l'an 188; mais cette date ne concorde avec aucune des énonciations et des faits qui y sont mentionnés. — La purification du temple, indiquée alors comme future, se fit en l'an 148. — La chronologie adoptée par l'écrivain n'était évidemment pas la chronologie usuelle,, car il dit, plus haut, avoir écrit également en l'an 169 pour annoncer la trahison du grand prêire Jason, événement qui eut lieu à une date bien antérieure. Il faut donc écarter absolument cette date manifestement inexacte.
2. H Voulant faire la purification du temple, le vingt-cinquième jour » de kisleW) nous avons cru nécessaire de vous le faire connaître » afin que vous le célébriez aussi. » (Ch. i, lU et 18.)