Ibid. cl), xfv, n
Cette observation suffît ponr les classer l'un et l'autre. Dans le second livre nous avons évidemment affaire à un tribun religieux ayant l'ardeur des aspirations populaires ; dans le premier, à un courtisan ayant l'ambition des faveurs princières.
Le style lui-même confirme cette conviction. Le premier livre est froid, sérieux, sobre d'images. C'est le langage de l'histoire. La légende en est soigneusement bannie. Les faits y sont présentés sous une l'orme sévère avec les documents qui les appuient. On y sent la plume d'un auteur qui envisage surtout les événements sous leur aspect politique' et humain. Or c'est là ce qui caractérise essentiellement le parti sadducéen. Il est impossible de ne pas reconnaître son empreinte dans le récit du premier livre.
Il n'en est pas ainsi du second. Ici se retrouvent, en grand nombre^ les apparitions miraculeuses, les visions, les anges, messagers du Dieu sauveur et vengeur. Tout y porte la marque de ce mysticisme hassidéen, dont les Esséniens héritèrent sans réserve, et dont, heureusement, l'esprit pratique des Pharisiens ne tarda pas à s'affranchir.
C'est un politique qui a rédigé le premier livre ; c'est un croyant qui a réàigé le second. Dès lors, dans quel parti ranger celui-là sinon dansleSadducéisme? Dans quel parti classer l'autre, sinon parmi les anciens Hassidim ou les nouveaux Pharisiens ?
17i LES PHARISIENS.
Les passions que ces deux écrits reflètent attestent également la diversité de leur origine.
Le second livre des Macchabées est l'acte d'accusation du pontificat juif. Les fautes, les impiétés et les trahisons des derniers grands prêtres tsadokites y sont dénoncées à la conscience publique en des termes où apparaît clairement la pensée d'affaiblir l'institution même dans l'indignité de ses plus hauts représentants. La participation des familles sacerdotales aux mesures antinationales et antireligieuses qui, au temps d'Antiochus Épiphane, introduisirent les mœurs grecques dans la vie juive, y est énergiquement affirmée et flétrie. On y raconte longuement les intrigues, les exactions, les vols et les crimes de Jason et de Ménélaos, ces prêtres parjures qui achetèrent à prix d'or la dignité de pontife. On s'y montre cependant un peu moins sévère pour Alkimos, bien qu'on lui reproche « de s'être souillé à l'époque du mélange » avec les païens ; » mais cette indulgence vient probablement de ce que, ainsi qu'il a été dit plus haut, s'il agit contre les Macchabées pour ressaisir le pouvoir, il respecta cependant la reUgion, chose principale aux yeux des Hassidim.
C'étaient là des faits et des accusations très-graves. Kh bien! le premier livre des Macchahées n'en dit pas un mot. Lorsqu'il apprécie les causes de la corruption d'Israël et de l'oppression syrienne , 11 les attribue à l'influence fatale de quelques hommes per-
vers*, et nullement aux prévarications des grands prêtres. Quant à Jason, Ménélaos et ce Simon qui voulut livrer le trésor du temple à Héliodore, il n'y est pas même fait allusion. A coup sûr, l'auteur a tenu à jeter im voile sur les fautes du pontificat au moment où il s'efforçait de solidariser le nouveau sacerdoce avec l'ancien ^
En revanche, il se montre sévère pour Alkimos %• mais celui-ci était un compétiteur des Hasmonéens. On s'explique pourquoi l'historiographe de la dynastie triomphante l'a traité plus durement que ne l'a fait l'écrivain pharisien plus attentif à la question rehgieuse qu'à l'intérêt dynastique. ,
Il y a plus; il cherche à compromettre les Hassidim en mettant dans leur bouche des paroles de singuhère confiance à l'égard d'Alkimos *, paroles dont on ne retrouve aucune trace dans le second livre. En tout cas, il met un soin malicieux à donner une triste idée de la perspicacité de ces pieux docteurs qu'il fait tomber maladroitement dans le piège grossier tendu à leur bonne foi. Or, il est remarquable que le second
1. « En ce jour là quelques enfants perdus d'Israël excitèrent plu- » sieurs en disant : « Allons et joignons-nous aux nations qui sont au- 1) tour de nous. »Et ce conseil fut approuvé. » I, Macchabées, ch. i, 12.
2. Il est vrai que, lorsque Juda purifia les lieux saints, le premier livre dit « qu'il choisit des prêtres irréprochables; » (ch. iv, 42), ce qui indiquerait qu'il y en avait d'autres qui l'étaient moins. Mais cet argument a contrario n'affaiblit eu rien les observations qui précèdent,