Diod. Sic, V, lô
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de Caiiipanie est à quelques cents mètres du pays des Yeux Ronds. Le Pays des Yeux s'étend de Kume à Naples, sur tout le plateau phlégréen. Car ce plateau ifest, à l'intérieur, qu'un damier de cratères ou d'effondrements volcaniques. Houches anciennes d'éruption ou cirques d'affaissement, tous ces « yeux » se ressemblent. Sur une carte en relief (fig. H), on peut voir nettement le haut bourrelet qui enclôt cbacun d'eux, le trou noir qui le remplit et, parfois, la pupille médiane qui surgit du fond de ce trou. Ainsi se présentent, dans toutes les régions volcaniques, les cuvettes circulaires qui furent jadis, soit des émissaires actifs, de véritables cratères, soit de simples zones d'affaissement, « eau-
FiG. 12. — Le Pavs des Yeux Ronds*.
sées par la chute de l'enveloppe extérieure après la sortie des laves, sans hî moindre signe d'activité indépendante* ».
Pour notre région phlégréenne, je donne (lig. 12) la reproduction photographique d'une carte en relief éclairée obliquement : je dois cette photographie à M. Yélain, professeur de géographie physique à l'Université de Paris. Entre la mer kuméenne, qui est à la gauche du spectateur, et le grand œil du Vésuve (|ui occupe la droite, on peut discerner les quinze ou vingt cirques disséminés sur le continent et dans la mer (le port de Nisida et les mouillages du Misène ne sont que des cirques envahis par le flot). Chacun dressant à l'écart l'anneau de ses « sourcils », comme disaient les Anciens, ces Yeux sont tous indépen-
1. Pholojrraphic d'un plan en relief appartenant au laboratoire de géographie physique de la Sorhonnc.
2. E. Suess, la Face de la Terre, trad. de Margerie, H, p. 011. Je ferai de nombreux emprunts à cet ou\Tage, où l'on trouvera toute la bibliographie géographique du sujet.
daiits (lu voisin. Sur le socle du plateau, ees ronds de sourcils font autant de pics isolés, de |)itons évidés, de « monts creux » : Monte (ktvo, disent les Italiens en parlant d'une autre ré^fion, toute semblable h celle-ci, la ré^ncui des Monts Albains. « Le mont Albain, dit Strabon, domine rArtémision de Néini et les sourcils de montajrnes (pii enclosent le lac; ces smircils eux-mômes sont déjà fort élevés et droits, yTrspxû-TOv Toy 'AoTsutTioy xa». twv iztpl ajTo o'^pjojv, xaiiTEp û'irjAwv oùo-wv xal opôiwv Ixavw;.... Le lac de Némi, grand comme une mer, est cerclé d'un souiril monta{(neux, qui, de son rebord très haut el continu, enferme dans un creux profond le sanctuaire et la nappe d'eau : m peut voir les sources qui entretiennent ce lac, A'iuivr, TrsXayl^ojTa, xùtÙm ooz-'.y}, T'jvsyYj^ 0'fp\j^ TTsp'lxs'^Tai xal Atav 'J'^r.Ar, xal to Uoov xal to Goojo àiroAajjiêàvoyTa £v xo().(o TOTTw xal poL^sl' Ta; [xèv oiv Trr.và; osiv êttiv s; (îiv r, A'IjjLvr, T:Ar,pO'jTa'.'. » Le môme Strabon va repi-endre le mot nourcils pour nous décrire les yeux pblégréens : rien en vérité n'est plus semblable à un œil (|ue ces cavités circulaires au fond d(is(|uelles miroite souvent un lac, Averne ou Némi. Ces lacs et leui-s sources, chaudes ou froides, ont toujours été un objet de culte pour les indigènes, d'admiration et d'étonnement pour les étrangers. Les premiers navigateurs de Sidon durent imaginer d'autant plus facilement le nom de (JEU (lu Cercle, Oin-otray que, dans les idiomes sémiticpies, c'est le même mol (tin, l^y, qui désigne tout à la fois lœil et la sourccn le trou (Veau.
En regard de notre carte en relief, il est des vers de VOdyssêe qui preimenl leur signification véritable :
« Le Kykiope ne ressemblait pas à un homme mangeur de blé, mais à un pic chevelu des hautes montagnes, qui apparaît seul i\ l'écart des autres ».
... oOoà £(ôxeiv àvopi ys o"tTO»av(j), àXXà piw 'jÀr^svT». •j'irjAwv opscov o te cpaivsTai oïov à::' aAAtov*.
Je ne crois pas (jue l'on puisse doruier une définition plus scientifiquement exacte des buttes volcaniques, qui couvrent le plateau phlégréen. De son point culminant, du monastère des Camaldules (notre lig. 15 reproduit la vue prise de cet endroit par sir William llamilton pour son grand ouvrage Cmnpi Phlegraei: j'emprunte cette gravure à la traduction fran^'aise de E. Suess, la Face de la Terre, II, fig. 110), ce plateau apparaît tout hérissé de Monts Creux. Sur le «•ontinent ou dans la mer, c'est un semis de pitons isolés, de « pustules crevées », disent les géologues. Il est probable qu'un gigantesque cratère fait le soubassement caché de toute cette région; siu* le plateau ou dans le golfe, ces pics ne sont peut-être (|ue les rejetons d'une seule et même souche, enfouie sous le tuf et sous les eaux. Mais tous ces « yeux » ont surgi cote à cote, et l'on ne voit pas comment ils tiennent l'un à l'autre. Chacun est indépendant