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A. de Lappaiviit, Traité de Géologie. \. p

;iinas de lerre commença à vomii- avec gi^and fracas, comme d'une gueule béante, de grandes masses de feu, de ponces, de pierres et de cendres, si bien que tout le pays à la ronde s'en trouva couvert.... Des nuages d'un noir opaque et d'autres d'une blancbenr aveuglante furent exhales du cratère. La mer, couverte de ponces, ressemblait à un champ labouré; il y eut des cendres portées jusqu'en Calabre'. »

Vésuve ou cratère phlégréen, les mouvements de ces régions volcaniques ont toujours pour corollaires des flux ou des reflux du golfe : les poèmes homériques déjà considèrent le dieu des flots, Poséidon, comme le grand agitateur des continents, le secoueur de terie ferme, et les Kyklopes sont les fils de Poséidon. Il est probable qu'aux temps odysséens l'histoire ou la tradition se rappelaient iMicore l'éruption dequel- <|ue Monte Nuovo et les fureurs de l'un des Kyklopes que nous voyons assoupis maintenant. Peutêtre la Solfatare était-elle en pleine activité.

En quittant la Solfatare, nousallons visiter encore deux autres grands « yeux », Astroni et Agnano. Le parc royal d'Astroni est le plus grand <irque du pays phlégréen. « C'est, disent les guides, un cratère de soulèvement qui a plus d'une lieue de tour et dans lequel a cru un bois épais de chênes verts et de peupliers. 11 renferme un petit lac et une éminence composée de lave tra- 4'hytique^. » Kn 1452, Alphonse le Magnanime donna dans ce cratère une grande fête en l'honneur du mariage de sa nièce Kléonore d'Aragon avec l'empereur Fiédéric 111 : plus de trente mille personnes y purent assister. Ce cratère d'Astroni est aujourd'hui une chasse royale : un mur de clôture couronne l'anneau du sourcil. A l'extérieur, les pentes de terres blanches sont défrichées, couvertes de vignes et de cultures. Ces terres admirables produisent tout ce que l'homme leur demande, dès qu'il leur fournit un peu d'eau. Les guirlandes de vignes nouées aux ormeaux, les figuiers et les châtaigniers bordent les grands carrés ^l'échalas, de moissons ou de légumes. Tout vient sur « celte terre à blé », va nous dire le poète odysséen.

¥a\ ce mois d'avril finissant, les blés déjà sont à hauteur d'homme. Les

I. E. Suess, la Face de la Terre, trad. di^ Mai-gerie, H, p. 62'2-S2ô.

tJ. Pholofn*aphie de M"* V. Bêrard.

.'. Bacdekcr, Italie méridionale, p. 81).

Fiii. 17. — Astroni*.

ÏM LKS PHÉNICIENS ET l/ODYSSÉE.

fèves, les petits pois en fleurs, les jardinets d'oignons, de poireaux et de salades entourent chacune des fermes perchées à flanc (h» coteau. Tous les arbres cultivés ou sauvages, noisetiers, pommiers, poiriers, mangers, citronniers, néfliers du Japon, mêlent leurs fruits européens et exotiques : « La terre des Kyklopes est loin d'être mauvaise ; cultivée, elle porterait à chaque saison toutes les récoltes; elle a, sur le bord de la mer écumante, des prairies humides et molles; la vigne surtout y pousserait avec vigueur; le labourage serait facile el la récolte serait drue en la saison, car le sous-sol est excellent.... Les Kyklopes ne plantent ni ne labourent : tout pourtant leur vient sans semailles et sans labour, blés ou orges, et les vignes leur donnent un vin de grosses grappes, el c'est la pluie de Zens qui fait pousser tout cela. » — « Les champs de Campanie. dit Strabon, ont toujours été disputés entre les peu|des, à cause de leur fertilité. Le meilleur indice de cette fertilité est la (jualité de leur froment qui remporte sur toutes les céréales du monde. On prétend (pie certaines terres campaniennes sont ensemencées toute Tannée, deux fois en blé, une fois en millet; U»s légumes preiment le reste du temps. La vigne et Tolivier couvrent les pentes des coteaux; Rome tire d'ici ses meilleurs vins'. » — « A quelle terre de froment irriguée, non par des inondations fluviales, mais par les eaux du ciel, la Campanie est-elle inférieure? demande Denys d'Halicarnasse. J'y ai vu faire trois récoltes par an, la semence d'hiver remplacée aussitôt par la semence d'été, à laquelle succédait la semence d'automne*. » En ce texte de Denys, il faut bien noter le premier rang que les géographes donnent à la Campanie. non parmi les terres inondées, niais parmi les terres ariosées, (X'.to'^oooj [jlyj iroTajjLo^. %k\k Toï; o'jpaviot.; OoaTiv àpoousvr,;. Les géographes classiques savent en effet (|ue rien n'égale la fertilité des deltas et des plaines h inondations : ils connaissent l'Egypte et la Mésopotamie. Le périple primitif, où dut puiser noliv poète odysséen, semble avoir eu déjà les mêmes connaissances : il ne mettuil pas la Kykiopie sur le même rang (|ue la merveilleuse Egypte; mais, les deltas exceptés, il no connaissait pas meilleur terrain à céréales ou a vignes parmi les terres qu'arrose la pluie :

xal veto K'j'Kkfjyiztv^i çipet IJâ'lotopo; àpo'jpa

Nous déjeunons dans Tune des fermes qui suspendent leurs |)etites terrasses aux flancs extérieurs de l'Aslroni, presque au sommet de raimeau. Sous Tauvent i\(\ roseaux que supportent quatre fûts de colonnes, une grande marmite de lait cuit sur un feu de branches sèches. Le ciel voilé de brume; les vignes rassasiées de chaleur; la mer qui devant nous s'étend sans une houle jusqu'aux lointaines montagnes de Sorrente; derrière nous, la foret de TAstroni débordant la crête de son mur : tout en ce malin fleuri semble cuver la joie du

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