‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 112 sur 343 · V. BéRARD. — II · texte numérisé non relu

V. BéRARD. — II

lit) LES PlIÉNrCIENS ET L'ODYSSÉE.

plaine intérieure de TAgnano avec la plaine maritime de Bagiioli; c'est par là que les eaux du cirque sont conduites à la mer. Ce Kyklope est donc aveugle aujourd'hui : les hommes en ont crevé la pupille. L'antiquité connaissait déjà un « œil » vide, Gaurus inanis, dit Juvénal. Le Gaurus ou Gauros des Anciens est le Monte Gaudo ou Barbaro des modernes. Son pic évidé domine tous ses frères du plateau. Il sert de guide aux marins du golfe et de la haute mer : le seul monastère des Camaldules est plus élevé. Par une grande brèche, le Gauros a toujours pu déverser les eaux de sa plaine intérieure : ce nom même (le Gauros prouve, je crois, qu'il en était ainsi dès la première antiquité. Car ce mot gauros, yaiïpo;, offrirait un sens en grec : c'est le pic hautain, orgueilh'ux, le Kyklope arrogant du poète, KuxXwttwv 'jTwep'f.àXwv, •jTrsor.vopeovTwv. Mais je rapporterais plus volontiers ce nom de lieu k la môme couche onomastique (|ue Oinotrie, Kume^ etc. : les premiers navigateurs avaient du dénommer ce j)ic, qui de loin leur servait de repère. Or, toutes les langues sémitiques ont hi racine nv, g. ou. r, qui signifie creuser, crever, et, en particulier, crever VœiL aveugler: Hébreux, Arabes, Araméens et Éthiopiens ont tiré de cette racine leur mot aveugle, T5r, gaouer ou giouer. Je crois que Gauros n'est que la transcription grecque de ce nom sémitique : le Gauros était l'œil aveuglé, l'œil vide, Gaurus inanis. Ulysse nous raconte longuement de quelle façon Ton doit s'y prendre pour aveugler un Kyklope.

Par la brèche du sourcil, les eaux de TAgnano s'en vont à la mer, à travers la plaine de Bagnoli. Cette plaine d'alluvions, qui borde la plage entre les (collines de l'Astroni et les collines du Pausilippe, est un ancien golfe comblé, plaine humide et profonde, grande prairie aboutissant à la grève et à l'écume de la mer :

èv [xàv yàp Xsiijiwve; àXo; ttoâ'.o lo Tiap' oy9a^ •jopTiXol [xaXaxoL

Au bord de cette plaine et continuant en mer la falaise du Pausilippe, voici « ni trop loin ni trop près de la terre des Kykiopcs, au-devant de leur port, l'Ile Petite », où vint débarquer Ulysse.

Un peu en dehors du port, ni tout près ni très loin de la terre des Kyklopes, se présente l'Ile Petite, couverte de bois, peuplée de chèvres sauvages, vide d'hommes el de traces humaines.... Elle a un port avec de bons mouillages, où l'on n'a besoin d'aucune attache; sans jeter les ancres, sans mettre d'amarres à terre, on peut rester là tout à loisir; quand une fois on a abordé, l'on peut séjourner tant qu'il ne plaît pas de s'en aller ou tant que les vents ne sont pas favorables*.

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