Odyss., ïlï, 297-2in
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Dans le golfe, Nisida se dresse au-devant de la côte italienne, à un millier de mètres de la rive :
C est le sommet émergé d'un volcan, dans le cratère duquel la mer a pénétré par une étroite brèche. L'Ile n'est qu'un anneau de terre ou plutôt un croissant presque fermé, qui contient un bassin, un « œil » de mer, tout semblable aux Yeux Ronds de la côte voisine. Les marins d'aujourd'hui donnent à ce bassin le nom de Porto Pavone ou Paone. Si Ton regarde la forme même de cet œil rond, on verra que le « Port du Paon » est une traduction aussi imagée que le < Port du Kykiope ». Cerclé de terres blanches et de verdures, cet œil de mer brille comme les yeux du paon sur la queue diaprée de l'oiseau. On ne pénètre en ce bassin que par un goulet large de cinquante mètres à peine. Encore l'entrée est-elle obstruée d'une roche. Est-il nécessaire de commenter davantage le vers odysséen : « A l'intérieur de cette ile, il y a un port bien poui'vu de mouillages, où Ton n'a besoin ni d'ancres, ni d'amarres »?
Sans peine, on imagine l'arrivée d'Ulysse, piloté par un dieu à travers le goulet; il fallait ici le pilotage d'un dieu pour entrer sans encombre :
IvQa xa':£7îX£0[JL£v xai ti^ Oeo^ Y,y£[x6v£'j£v.
Car la nuit était sombre, la lune couverte de nuages et le port tout rempli de ténèbres profondes :
viixTa oi' ôp'^va'l'/iv oOoà 7wpo©aiv£T' loéo-Ôa^ • àr^p yap 7:£pl vr/jo-i fia^El' r^v, O'Jûè «Xy^vt, O'jpaVOÔEV 7ÎOO'JC5a!.V£, XaT£'l7£T0 ùï v£©££a-<nv.
Dans ce trou noir, que cerclent tout autour les pentes étroites du cratère, on ne pouvait rien voir de l'ile que ce mur circulaire, assombri de forêts :
£v6' O'J Tl^ TTjV r/I^OV £V£OpaX£V 0©6aA[X0tTlV.
Et ce mur interceptant aussi la vue et les bruits du large, l'on ne voyait ni Ton n'entendait les brisants de la houle :
out' O'jv x'jaaTa jxaxpà x'j)j.vo6[Ji£va 7:poTl y ipo-ov eItiooiaev.
Admirable station pour les marines primitives! Mouillage, source, bois, gibier, l'on trouvait tout ici. Les pentes intérieures et extérieures de ce cratère étaient
couvertes de bois, 'jAr^ea-a-a, comme le sont les pentes de TAstroni. Les Itomains ont encore vu « la forôt qui couronne Nisida au milieu des flots »,
silvaque quœ fixam pelago yesida coronal*.
« L'île de Nisita, dit le Portulan de Michelol, est fort haute et remplie d'arbres. Du coté S.-O., il y a une petite anse en forme de croissant : à la pointe <le gauche en entrant, il y a un gros écueil où l'on voit au-dessus de cette calenque une grande maison très ancienne*. »
Sur ces pentes volcaniques, fertiles et faciles à travailler, tout pousserait à merveille et les vignes surtout y viendraient à profusion, car la terre est profonde, meuble, et le sous-sol humide. Ce n'est pas une mauvaise roche infertile : « Rien ne vaut les asperges qui poussent sans culture dans l'île de Nisida ». dit Pline, quod in yeside Campaniœ inmtla sponte nascitur, longe optimum ('xi.stimatur'\ Nos dictionnaires de géographie vantent encore les raisins, les oliviers et les légumes de Nisida*.
Avec son mouillage admirable, cette île oflre aux premiers navigateurs le site d'un grand emporium, du type de ceux que nous avons étudiés pour la période préhellénique. Quelle Tyr ou quelle Milet, quelle Syracuse ou quelle Marseille on pourrait fonder là! quelle « ville bien bâtie » les navigateurs feraient de cet îlotî
Ot XÊ 0"Cp».V Xal vfjTOV èuXT'.|JL£V7,V ExàaovTO.
Mais les indigènes ne semblent pas apprécier les avantages de cette position : en tout temps ils Font négligée. Aux temps odysséens, Tile est déserte, abandonnée aux bois et aux chèvres sauvages :
àvptat.
Ce n'est qu'une Ile aux Chèvres : une autre Ile de ce môme golfe napolitain garda, jusqu'à nos jours, parmi les marins et les indigènes le nom de Capraia, KaTipia, Capri. Ces lies aux Chèvres sont pareilles à celte île des côtes sardes que nous décrivent les voyageurs contemporains : « L'île de Tavolara n'est qu'un bloc immense de chaux carbonate. Son nom vient de sa forme : ses flancs s(mt coupés à pic, ce qui rend cette île inaccessible sur la plus grande partie de sa circonférence. Elle n'est habitée que par des chèvres sauvages ou, pour mieux dire, devenues sauvages, qu'on y va chasser quelquefois, non sans courir de grands dangers, à cause des précipices qu'on y rencontre à chaque pas.... Ces chèvres ne sont nullement une espèce difl'érenle de celles qui vivent en domesticité. Ayant fait deux voyages consécutifs dans cette petite île pour examiner ces animaux de piès, je suis parvenu, non sans beaucoup de peine et de périls,