‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 116 sur 343 · Vivien tic Saiiil-Marliii. Dût. Géog., s. v. Visita · texte numérisé non relu

Vivien tic Saiiil-Marliii. Dût. Géog., s. v. Visita

à eu tirer quelques-uns. Alors je me suis convaincu qu'elles sont de la mémo espèce que les chèvres domestiques. Il y en a de toutes blanches, de noires, de brunes, de rousses, de pies, etc. La variété et la nature du poil ne laissent aucun doute sur la véritable origine de ces chèvres, qui descendent d'animaux domestiques, abandonnés jadis sur cette petite ile. Elles sont remarquables par la longueur démesurée de leurs cornes*. » La chasse d'Ulysse dans Tlle Petite est beaucoup moins difficile. Un dieu lui donne aussitôt une abondante proie : en une journée, les équipages tuent quatre-vingt-neuf chèvres, et Ton fait ensuite l'un de ces pantagruéliques repas, que les voyageurs francs nous ont appris à bien connaître*.

Durant l'antiquité classique, Nisida n'est encore qu'un terrain de chasses, un coin de villégiature, où quelques riches Romains ont leurs maisons de campagne, un lieu de retraite et de mystère. Brutus, le meurtrier de César, y possède une villa, — fui apud Bruium multas horas in Neside, écrit Cicéron, ... Brutus erat in Neside, ... In Neside VIII idus, ibi Brutus^. C'est là que fut résolu le meurtre de César. C'est là que Porcia vint se tuer à la nouvelle de Philippes*. Aux siècles derniers, notre Ile des Chèvres était devenue une Ile aux Lapins : ils s'en étaient emparés et en avaient banni toute culture. Aujourd'hui, un autre gibier a pris leur place : File est devenue un lazaret, puis une prison. Le Porto Pavone est toujours désert. Les navigateurs étrangers n'y viennent plus. Les indigènes du golfe n'ont pas encore su ou plutôt ils ne veulent pas en faire une « ville bien bâtie ». Ce n'est pas qu'aujourd'hui les Opiques ignorent encore les choses de la mer et qu'ils n'aient, comme aux temps odysséens, ni rameurs ni bateaux peints :

où yàp KuxXwTwcTŒi vss; Tràpa iki'krzoTzipr^oi.

Mais ce Port de Nisida ne saurait leur être d'aucun service : il ne s'ouvre qu'aux arrivages de la grande mer; il tourne le dos aux grèves du continent. Nisida est encore un bel exemple de ces îles que nous connaissons bien et qui, orientées pour le service des étrangers, sont fermées aux approches des indigènes. Aujourd'hui, les étrangers n'ont que faire de cette station : Kume, Pouzzoles ou Naples leur offrent des entrepôts plus commodes et des marchés mieux achalandés. Quand la pêche ou le petit cabotage amène vers Nisida les barques du voisinage, les marins indigènes ne vont pas contourner les bras du croissant pour atteindre l'étroit goulet du port intérieur. Ils se contentent d'un mouillage temporaire sur n'importe quel promontoire, en face de la grande terre. Pour le service de la prison et du lazaret, on a un va-et-vient de petits bateaux qui approvisionnent l'île et la peuplent. Ces bateaux viennent accoster au point le plus proche en face du continent, sur la côte N.-E. de l'île : là, négligeant le

1. A. de la Marmora, Voyage en Sardaigne, I, p. 10-4-105 et 174-175.

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