‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 119 sur 343 · V. BéRARD. — II · texte numérisé non relu

V. BéRARD. — II

FiG. 24. — L'Ai^ilIe et le Pausilippe.

Derrière : le poète, imaginant à sa mode ordinaire un incident pour mettre en œuvre cette donnée, ne fit que traduire avec une exactitude minutieuse né-rpr, IIpoTràpoiOs, néTpvï MeTOTTiTÔe. En un autre passage, il nous montrera qu'il comprenait pourtant le sens véritable des mots sémitiques devant et derrière. Quand Ulysse cherche à s'orienter, il veut savoir « quels sont les hommes qui habitent du côté de l'aurore et du soleil, et quels sont ceux qui habitent derrière, vers le couchant ténébreux »,

7,5' ôWoi [jlstotîitOs ttotI Ço'^ov TjSpOSVTa'.

Il est possible que le poète n'ait môme pas eu à inventer les jets de pierre du Kyklope : il les a trouvés déjà dans le texte de son périple. Les « Yeux » sont, par nature, des lanceurs de pierres : je crois que, dans leur Oinotrie, les premiers thalassocrates avaient déjà des lies « projetées », des roches tombées ou lancées du continent voisin. La géographie classique connut plusieurs de ces îles arracliées de la terre ferme et projetées dans Tocéan par quelque géant ou par quelque dieu. Une île de l'Archipel, Nisyros, est un volcan en aclivité : les Anciens n'y voyaient qu'un morceau de l'île voisine, Kos, t7,v Nio-jpov àTroÔpaya-p eîvai TTj^ Kw, que Poséidon avait lancé sur le géant Polybotès pour l'ensevelir*. A rentrée du golfe de Naples, en face du cap Misène, l'île « Proversée ». U^O'/ÙTr^ (aujourd'hui Procida), passait aussi pour n'être qu'un fragment des Iles Pilhécuses, c'est-à-dire d'Ischia, toO MiTr^voû izpôxei'zoLv vridoî t, Upayùrr^, ni9rjXowa'(To>v à7ro<r7raa-|jLa, ou du cap Misène lui-môme : Strabon nous donne les deux versions qui ne sont pas contradictoires, car les Pithécuses elles-mêmes n'étaient, au gré des Anciens, qu'un fragment du cap Misène, comme Capri, les Sirènes et les Œnotrides étaient des fragments de la terre sorrentine, xalyip t, ripo-y^ur/i xal ÏIiÔTiXO'JTTai oltzottzt.t^lol'zol tt,; r^iztlpou xai al KaTiptai xai Tj Asuxcuaia xal Sstpfjves xal alOlvwTplôs;'- Pour Prochytaet Ischia, cette légende devait remonter très haut. Elle était sans doute antérieure aux Grecs. Du moins l'onomastique de ces îles mérite notre attention. Elle se présente à nous sous forme de doublets : elle a des noms sûrement grecs, ÏIpoy'jTr,, la Proversée, la Projetée ^ UiMr^y.oZ'stsTx, nie des Singes (mQ/jXo;) ou des Tonneaux (TtiSo^)*; elle a d'autres noms aussi qui n'ont aucun sens en grec, jEnaria, hiarimèy et qui ne devaient pas offrir un sens plus clair aux oreilles des indigènes. L'un de ces noms fut même inventé par eux à seule fin d'expliquer l'autre. Car Ainaria est bien un nom géographique, un nom réel ; mais Inarimè est une invention des gens de lettres :

Inarimen Prochytamque legit sterilique locatas

colle Pithecusas, habilantium nomine dictas^.

1. Orfyw., Xni, 240-241. Cf. EbcUng, Lexic. Homer., s. v. |x8toi:i(j6€.

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