‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 12 sur 343 · Otlyfs., XVI · texte numérisé non relu

Otlyfs., XVI

Arabes du mont Carmei, qui sont pourtant les alliés et môme les sujets nominaux du Grand Seigneur. Notre Turc est de parole : ayant mené les corsaires en bon endroit, il les aide dans leur besogne. Quand on débarque, « il ne songea point à se sauver, tant parce qu'il se fioit au serment" du corsaire, que parce que peut-être il avoit peur de trouver en ces terres la récompense de sa trahison. »

Les corsaires, continue Thévenot, prirent si bien leurs mesures qu'ils ne furent point apperçus et, ayant aussitost mis pied à terre, ils allèrent sans bruit jusqu*à l'habitation, où estant ils commencèrent à se faire entendre, emmenant tout ce qui estoil de créatures vivantes, hommes, femmes et petits enfants, et ceux qui se foisoient tirer, ils les tuoient sans avoir égard au sexe ni à l'âge, et des soldats me dii-ent qu'ils y tuèrent des filles, lesquelles, quoiqu'elles en vissent tuer d'autres, seulement à cause de ce qu'elles ne vouloient point suivre, aimèrent mieux se laisser égorger que d'être esclaves. Il y eut un officier parmi eux qu'ils me montrèrent, auquel un des soldats apporta un enfant de quatre mois et lui dit : « Voilà un esclave que je vous donne ». Mais ce barbare prenant ce pauvre innocent par un pied et disant : « Que veux-tu que je fasse de cela? » le jelta tant loin qu'il put dans la campagne, comme si c'eust été une pierre. Ils firent en cette occasion plus de cinquante esclaves tant honunes que femmes et enfants. Ils en tuèrent plus qu'ils n'en prirent et ne laissèrent pas une créature vivante en ce lieu. C'est pourquoi l'alarme fut si grande par toute la côte.

De la côte, l'alarme se répand dans tout le pays, grâce aux tours de guette, aux signaux de cris ou de feux :

Au coucher du soleil, — racontait le même Thévenot avant d'être prisonnier des corsaires, — nous passâmes devant une tour, d'où il y a environ douze milles jusqu'à Jaffa. Comme nous fusmes proche de cette tour, on nous tira quelques coups de fauconneaux et de mousquets. Alors notre Rais (capitaine) se mit sur la proue et cria de toutes ses forces qu'il estoit un tel, appelant des gens qu'il connoissoit à Jaffa. Mais on ne nous répondit autre chose que : Alarga, c'estoit à dire que nous nous retirassions, et cela estoit suivi d'une descharge de plusieurs fauconneaux et mousquets. Après que cette nmsique eust duré environ une heure,... notre fiais criant de toute sa force se fit enfin entendre et reconnoistre par des Grecs qui estoient à Jaffa. Alors au lieu de Alarga, on nous cria : Taala, c'estoit à dire que nous vinssions.... Nous trouvasmes tout le monde en armes prêts à fuir. Les femmes et les enfants s'estoient déjà sauvés de Jaffa ^...

Contre le corsaire signalé, gens de pied et cavaliers accourent de toutes parts et bordent la plage. De tour en tour, les signaux vont jusqu'aux montagnes de l'intérieur. Les montagnards sont toujours prêts à une descente sur le plat pays. La présence d'un coi^saire leur est un trop beau prétexte :

La terre estoit bordée d'Arabes qui nous appeloient, et nous estions si proche que nous enlendisnies facilement qu'ils nous crioienten arabe : « Taala, corsar min Malta! Venez, c'est un corsaire de Malte ! o Ces mêmes Arabes tiroient force coups de mous-

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